‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 384 sur 586 · LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

LA MATIÈRE

pas adopté leur avis. Sa connaissance de Thisloire de la langue l'en empêchait. Une page d'un auteur moderne suffît pour montrer l'usage d*aujourd'hui sur ce point : Monsieur le Sous-Préfet a mis,., sa culotte collante à bandes d'argent et son épée de gala à poignée len nacre... ; sur ses genoux sa serviette en chagrin gaufré.. . Tout ce petit monde là... se demande... quel est ce beau seigneur... en culotte d'argent... il ouvre sur ses genoux sa grande serviette en chagrin gaufré... Ce n'est pas un artiste, puisqu'il a une culotte en argent (a. daud., Cont., S.-préf. aux ch.). Les exemples de en sont si fréquents que la question ne mérite pas discussion : C'était là que les Anciens déposaient leurs bâtons en corne de narval (flaub., P. chois., 184, Sal.) ; — les murs en plfttre fendillé (balz., Env. de l'h. cont., 140) ; — ces lignes naturelles, qui étaient pleines et douces comme celles des statues en marbre (loti, Pêch., v, 58). Il y a chose jugée.

Sans doute on peut noter des caprices d'usage. Il semble que jupon de soie soit plus fréquent que juponen soie; dans beaucoup de cas on hésite: assiette en porcelaine, assiette de porcelaine. On dit des chevaux de bois, sans doute, c'est même là une expression consacrée. En revanche, je dirai très bien d'un cavalier qui a un mauvais cheval : // a un cheval en bois.

En résumé, ce qui est hors de doute, c'est que, dans la langue courante, lorsque le complément de matière est attribut et non épithète, on préfère se servir de en : sa montre est en or, son corsage est en soie, plutôt que : .sa montre est d'or, son corsage est de soie, phrases qui ont un air archaïque.

Avec. — Il arrive souvent que l'idée de matière composante se rencontre avec celle de moyen et de manière : faire du riz au lait. On comprend dès lors qu'avec, qui introduit les compléments de moyen, finisse par introduire aussi en certains cas un complément de matière: On fabrique le papier avec de la pftte de bois ; — il a été interdit pendant la guerre de faire de la pâtisserie avec les farines paniflables.

Le peuple dit : j'ai déjeuné avec un poulet ; — on dînait sept avec trois harengs (cl. tillier, Benj., i, 1 1) ; — je déjeune avec une tasse de lait (lab., Viv. Tic, I, 5). Cet emploi est du reste blâmé par les grammairiens. La phrase suivante de M'«<î Roland {Let. à Bosc, 2 Oct. 1785) : on déjeune avec du vin blanc, montre qu'il n'est pas nouveau (1).

Quand une matière est simplement associée à la composition d'un produit, on peut se servir de compléments introduits par à : Un gâteau au miel (qui n'est pas un gâteau de miel) ; — de la pâte aux amandes. C\. la cuisine au beurre, à l'huile, des dindons aux truffes.

Il est à noter que des compléments sans préposition ont apparu : confitures pur sucre, drap pure laine, toile coton, flanelle coton. Ils sont même communs dans la langue commerciale, d'où ils pénètrent la langue générale.

(1) Il faut reconnattre toutefois que l'emploi de auec n'est pas identique à l'emploi incriminé. On peut considérer que le déjeuner est arrosé de, accompagné de vin blanc ; le vin n'en constitue pas la matière.

ULS PniXCIPALES CARACTÉRISTIQUES. LEUR USAGE

Pour marquer un mélange, on se sert soit du mot mélangé, soit de mois techniques, tels que (ramé : un tissu tramé COton. Cf. du lait COUpé d'eau. Ces mots servent à marquer la proportion des éléments.

Depuis une loi récente, le mot fantaisie est obligatoire pour signifier que l'indication de la matière est factice, et que le produit offert n'en est pas composé : du sirop de grenadine, de framboises fantaisie, de l'huile de noix fantaisie, sont des produits qui portent un nom usurpé, où peut n'entrer aucune parcelle de grenade, de framboise ou de noix. Il est bon de faire connaître partout cet euphémisme officiel, imaginé contre les fraudeurs et falsificateurs, et qui en réalité les couvre, parce qu'il n'est guère compris.

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