CHAPITRE V LES HAUTS DEGRÉS
Pour marquer les hauts degrés, les procédés sont extrêmement nombreux, et se classent en deux grandes catégories.
A. Moyens intrinsèques. — 1^ Le ton. — L'importance du ton est extrême : // était bon peut être une simple constatation, mais aussi une extase, suivant le ton. Le ton suffît même pour remplacer un adjectif : Vous ne trouvez pas qu'il fait une chaleur ici ? (don., La Patr., i, 1); — Cf. // fait un soleil! une poussière! (l) — un homme d'une érudition ! — ils se peignaient, fallait voir ! (a. daud., Saph.y 59).
Il arrive qu'on prenne le tour interrogatif : Sont-ils naïfs ! Mais ce n'est là qu'une apparence, le ton n'est pas celui d'une question.
2° Le choix des mots. — Nous avons cité plus haut quelques adjectifs, tels que suprême, qui expriment par eux-mêmes un haut degré.
On peut ajouter excellent. Au début, cet adjectif marquait une idée de supériorité : Sor toz les autres excellenz (beneeit, Ducs de Norman., 9150). Puis il est arrivé à exprimer simplement l'idée superlative : Se consoler du grand et de l'excellent par le médiocre (la br., Car,, Grands, 11).
Supérieur tend à suivre une voie analogue : Chocolat supérieur. Civilisation supérieure veut dire souvent : très avancée.
Certains adjectifs négatifs peuvent être rapprochés des précédents : un bonheur incomparable ; — // aurait trouvé dans ce travail... la paix de F esprit et /'inestimable tranquillité de l'âme (a. frange. Mannequin, 3).
Dernier a été plus employé qu'il ne l'est : se livrer aux derniers excès. Dans la langue classique, cette expression était très répandue : Elle est à bien prier exacte au dernier point (mol.. Mis., 939) ; — des affaires de la dernière conséquence (id., D. Juan, i, 3).
30 Formes spéciales. Le superlatif synthétique. — L'ancien français conservait quelques traces des superlatifs synthétiques latins, ex. : pesme, et quelques autres en isme : grandisme. Ils ont vécu péniblement, peu de temps. Il y a eu au XV I« s., un essai pour faire renaître ces suffixes latino-italiens en issime. L'essai paraît avoir été peu sérieux. Néanmoins il s'est introduit un certain nombre de formes italiennes. Oudin constate l'existence de cfoc/issime, excellen^ssime, (/ra/icAssime, révérenc^ssïmef sa/ic/issime, sérénissime. Aujourd'hui plusieurs de ces superlatifs sont
(1 ) Avec du soleil la phrase peut être une simple énonciation : i7 fait du soleil.
MODIFICATIONS AUX CAHACTÏ^RISATIONS
entrés dans Tusage général : r/c/âssime, rarissime, grandissime ; ils sont quelquefois employés par plaisaiilc^iie, mais pas toujours : un Iwrt rarissime; en grandissime daiU mai (a. d\l:d., Imm,, 19). Il n'y a point rl'adveri>es correspondants.
40 Pkéfixes. ^ Si le franvais n'a plus de sultixe .superlatif en revanche H use, et depuis longtemps, de préfixes. Autrefois, v'éidiioiUre et sz/r. Us ont été remplacés par d'autres préfixes lapins ou grecs, qui ont fini par entrer dans la langue courante. Ce sont : extra, extra-/?n, exitz-fort. une somnambaie extraJucide: ~ Bien qu'il eût des boftrs extra-vernies (r laus,, Édue., u 277). Elira a fini par devenir adjectif : Cette crime est ertra (1).
uiira : ultra royaliste (2) ;
saper : vhocolai super fin (3) ;
iUfper : hypen/ï/or/i/f/^' ;
an ht : Mchicombie. areUfou^ archiôé/e. On vend un chapeau arcWptume : — ils seraient arcblfous ( aug., E/^r., m, 9).
Os suffixes se comhiiiiut ; ou trouve dans le eonimwce des arlides annoncés coninie extrasuper// r^s /
n. Moyens extrinsèques de porter une caractéristique à un haut degrré. - V^ l-nuMiLKs. -- il arrive qu'on souligne la earacténsatiou par des formules qui demandi^nt l'assentiment ou qui le ecMnniandenl : Elle est f}tlh\ n'est-ce |KkS? ma robt ! — Vn rmlf gredin. va I
Pour souligner ainsi, on se sert souvent de : s'il mus plaii : FMe était rn tmittire et une chic miture, s'il vous plaît ; — LtK qui finit par ne sifenifier aucun lieu, insiste aussi sur Ir de^-e : Unr jolif* fille, mais là, ce qui s'appeltt une foitr filir !
Souvent, ne sacliaut pluii comment enchérir, ou lâche um« phrase martpiant quoji esl au boni : je ne nous dis qa\a : Elle éiail misr * Je ne VOUS dis qn'ça.
20 r^ÊPÉTiTioN DK LA CAHAGTÉHISTIQUE, — Cette répétition fait un effet de suiierlalif : suppose que moi qui suis un bon garçon, pas Joli, joH, mais enfin aeeeptabte, je me permette une peccadille : -^ î'tus entre ce bonheur dedans tout mon malheur que la nu ici sunnnl noire, noire, car sans cela l«i joule de la populace... nieusl accablé et assassiné de niches et de sifflemem (CHAPEL., Guzm. d'Alf., 111, (>6).
:iû On place devant l'adjkctif (»u î/adverbe tn adverbb &e quantité. — Il y a une première catégorie d'adverbes, dont c'est la fonction propre, ou du moins une des fonctions. Les deux principaux sont très H fort (4) : une domesiitfue très complaisante ; — /> ctmprends fort bien uos
les
fl) Les ejctri»xim(j sonl rteb Jlgues annoncées per la raaiion P. I!
(2i En pcïliifque, sous la Restaura Uon, pour fiésigiier le purU d'eJitrêm«Hlrolie, on dJ»U
t uitrax. Vn ultra, dans les taljoratoirc^s, c'est ui^ tflintmit-m»vftpe.
(3) In l'picier tiniejie du café portant cette annonce : Lesufter {2 Mal 1918),
(4) ïi. L.. n, 306 ; ni. 285.