‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 402 sur 586 · LES HAUTS DEGRÉS · texte numérisé non relu

LES HAUTS DEGRÉS

scrupules. Ils sont tous deux employés à peu près indifféremment, malgré les distinctions qu'on a pu faire à diverses époques. On a parfoi*; combiné très avec Tadjectif : trébon. Se rappeler les verbes comme tressuer.

Ajoutons : tout à fait : Cette robe est tout à fait jolie.

Il faut remarquer le développement de plutôt en français contemporain. C'est un anglicisme (rather). Ex. Ce discours est plutôt banal. Cela veut dire très banal. Ce sens tend même à faire disparaître Tancien sens tel qu'on Ta dans : une couleur plutôt bleue, (qui semble approcher plus du bleu que d'une autre teinte).

Beaucoup est enfantin ; tout plein est populaire : Je vais me tenir /à, tout plein sage (zola. Une p. d*am., 150) (1).

40 On ajoute une mesure. — Au lieu de faire précéder la caraclérisation d'un adverbe de quantité, on la fait suivre d'une mesure indiquant un maximum : ignorant à vingt et trois earats (vingt-trois est le premier titre). Cf. au premier chef, au premier titre.

50 On combine ou on répète l'adverbe de mesure. — On disait autrefois si très bien (h. l., ii, 307). L'ancienne langueetleXVIes. faisaient encore fréquemment usage de cette expression : qui Vaimoit si très fort (marg. de nav., Dern. po,, 415) ; — Si l'ay trouvé homme si sage. Si très bon et très honneste (bell., la Reconnue, i, 3, A. th. fr., iv, 351).

Au lieu de réunir des adverbes de quantité, nous préférons les répéter parfois pour les renforcer encore : elle est très, très malade ; elle est bien, bien usée.

60 On emploie un adverbe de manière. — C'est le procédé essentiel. On s'étonne quelquefois de voir certains de ces adverbes avoir une valeur abstraite. C'est un phénomène de tous les temps. L'adverbe commence par se joindre à des adjectifs ou à des caractérisations dont le sens s'accorde avec le sien : dégofltamment malpropres ; puis il étend son emploi et se vide de son sens propre, pour ne plus garder qu'une valeur quantitative. On arrive à dire : bien sale ou rudement délicat. Cf. le malade est bien mal.

(Chaque époque de la langue a eu ses adverbes favoris. Au Moyen-Age, l'un des plus employés est durement : E vit une dame ki se baignait en un solier del altre part ; si fud durement belle (Rois, 154, L.) ; — preudom durement (villeh., xxi).

Au XVIJe s., on employait souvent, malgré les railleries, le furieusement des Précieuses : C'est que vous êtes furieusement difficile (dancourt. Bourg, à la Mode, 11, 9) (2). Aujourd'hui on réprouve de même excessivement. Au début, cet adverbe a en effet signifié avec excès : On peult et trop aymer la vertu, et se porter excessivement en une action juste (mont., i, 223, L.). Cette nuance se perdit petit à petit : Et puisqu'il en est question, je vous dirai tout net que cette liberté me déplaît excessivement (beaum., Barb. de Sév., 11, 15).

(1) .4 satiété, à gogo ne se joignent pas aux adJecUfs, pour le moment.

(2) Oudin le blâme, ainsi que rauissamment, étrangement bon.

BRUXOT

MODIFICATIONS AUX CARACTÊniSATfOXS

l£xcesswement est à chaque page dans Balzac, avec le sens de très : QmiqifrUe soit exeessivem6!lt curieuse {Vie Par., L ni, 50); — Une ftmmt en robe excessivement décolletée {Pays,, 251). De même chez Flaubert, de nicinc partout : Tout raisonnable, tout flegnmliqae, froidement Américain que parût le blond général, il était excessivement embarrassant et difficile, au plus nage même des hommes, de voir tant de belles dames pleurer en vain à ses ^rnowx (MICHEL.. Réu., m. 121): — î7i*Mi7... excessivement ^usé^A.¥n^fiCE., Mann., 10), On peut comparer tonsidèrablement.

lï faudraïl citer Inute une kyrielle d'autres adverbes: extrêmement fort: excellemment thoisi: richement Me: fameusement godiche: joliment sage: rudement salé (1) ; absolument nécessaire ; — elle était outrageasement dvcollitir; — Phêmie feinlurière, qui avait été la reine de ta fête, avait l'habitude de dire à ses amies: C'était fièrement beau, il y avait de la bouffie, mû chère {MvnoKn, Vie de Boh., v. 42|.

Ces adverbes sont fort souvent des adverbes de senlimenl, qui traduisent au deJ)ul titie îmjiressïon reçue : un patjsage horriblement triste ; — un passage terriblement dangereux ; — un texte affreusement corrompu.

Puis terriblement, horriblement et tous leurs pareils dégénèrent et descendent ù un emploi banni : une guestictn horriblement rom/î%M<*e.

Plusieurs de ces adverbes sont entrés dans les lextes littéraires : il faut une fièrement jolie femme pour un si beau bouquet (v. H., MU., Marîus» vii) ; — qtiand il fui absolument à f^ec (copp.. Vrais rich,, 7) ; — Mon mari a den idées effroyablement nlrff grades (M. FHÉvusT, Lettres a Françoise mariée, 37); — MM^ les courriers sont admirablement traités par les aubergistes (a. daud,, Tart. Al p.. 110) ; — Ça foUnit richement bien (10., Saplw. 28).

!>'antres sentent la langue po|nil;iire : salement, épatamment.

En réalité ces adverbes sont presque individuels. Chacun a le sien, qui constitue un tic personnel de langage à surveiller.

Au lieu d'adverbes, on ajoute diverses locutions. Au lieu dédire: diable* ment on flira en diable : dissipé en diable. Cf. dans les grands prix,

7" Adjectifs, — On use de fin, beau, bon : fin gras (2), Dés le XVII« s., ce tour ctail considéré comme populaire. Il es! commun ehcsî les burlesques, surtout avec premier : Phineûs le fin beau premier... Marchoit en leste de la troupe (nicHER, Oiude bouff., 509) ; — Daphné fut la fine première Qui luy donna dans la vîsierc (id., /^., 54); — J'ai crû fin fermement qu'il égorgeait Monsieur {pois^oy, Fem. Coq.. îiî, 2). Nous disons encore fort bien : // est arrivé bon premier, bon dernier.

Mais si ces façons de parler se conservent dans quelques expressions toutes faites, elles ne sont en réalité plus de mode (:i).

(DDftnsfe oarde chain pitre. t'ieUA suidai,,, moins TMÛetnent ritatrf qur hs autres (AlcUlU** Miarka, 13), rudement a pcul-C-tH' encore sein sons prt.pre. (2) Cr. h' fin fmd et le fm faîtv.

(3> [\iur fa syntaxe de l'Hcljt-ctir ainsi employé, \oir p. 680.

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