‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 408 sur 586 · CHAPITRE IV CONJONCTIONNELLES ET CONJONCTIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV CONJONCTIONNELLES ET CONJONCTIONS

Nous avons déjà parié sommairement des conjonctions. Le langage réunit des mots, des groupes de mots, des propositions, par des outils de liaison qu'on appelle des conjonctions: Je pense, donc je suis. Les phrases se joignent les unes aux autres ; des systèmes se constituent. Une même conjonction peut servir à ces divers rôles. Mais unit deux mots, deux compléments ou deux phrases: sévère mais juste; — Deux liards couvriraient fort bien toutes mes terres, Mais tout le grand ciel bleu n'emplirait pas mon cœur (v. h., Lég,, Aym.).

Conjonctions de coordination et de subordination. — On classe ordinairement les conjonctions en deux catégories, suivant le rôle syntaxique des éléments qu'elles rejoignent. Elles sont ou eoordinatives (si elles servent à la coordination) ou subordinatives (si elles servent à la subordination). En gros, cette distinction est juste. Mais ne précède jamais une proposition subordonnée (1) ; si de supposition ne précède jamais une proposition coordonnée.

Seulement il ne faut pas la faire trop rigoureuse. Nous avons montré dans les Généralités (p. 27) qu'il y a des propositions qu'on peut à volonté considérer comme des coordonnées ou comme des subordonnées.

Conjonctions et adverbes. — Les partisans les plus acharnés des distinctions entre parties du discours ont dû se résigner à admettre qu'il n'y a souvent que des distinctions arbitraires entre adverbes et conjonctions. Si un certain nombre de mots font exclusivement office de conjonctions (par ex. : et, ni, ou, parce que, afin que), cependant, au reste, en effet, aussi, loujours jouent à la fois les deux rôles.

OrigpLne des Conjonctions. — Conjonctions héréditaires. — Un petit nombre de conjonctions sont héréditaires : si (2), quand (3), comme.

Que CONJONCTION uNiVERSELLi:. — La conjonction héréditaire essentielle estçue, à laquelle, dès les origines de la langue, appartiennent les rôles les plus variés, comme à celle qui représentait à la fois des formes latines

(1) En a. t., il existait un maU que - pourvu que.

(2) Si a eu jusqu'au XVI* s. la forme se.

(3) Quand est aujourd'hui artificiellement séparé par Torthographe de quant (à). C'est un artifice d'écriture, les deux se prononcent de même : Quant il viendm.

CONJOSCTIOSNELLES ET COXJONCTIOSS

fort différentes, conjonctionnelles, adverbiales ou conjondtives {quod, quid, quam, quia): Plus curt à piet que ne fait uns cheuals (RoL, 890) ; — Quant Rollanz veit que bataille serai (Ib,y 1110) ; — // est jugiet que nus les ocirum (Ib., 884); — El camp estez, que (afin que) ne seium vencut (Ib., 1046) ; — Caries se dort, qvL*il (de telle façon que) ne s'esveillet mie (Ib., 724) ; — eum fus si os Que me saisis ? (au point que) (Ib., 2292) ; — // fist que pruz qu*i7 (en ce qu'il) nus laissât as porz (Ib., 1209) ; — El cors li met sun bon espiet trenchcmt, Que mort l'abat de sun cheval curant (de telle fsiçon que) (Ib., 1301).

Au XVII« s., on rencontre,dans des textes populaires, des emplois de que très hardis : une cadrature... qui nous reprcsante la paix, précieux gaige que le roy nous a donné, que nous ne pouvons plus dire que nostre bonne fortune soit chancellante (Feu roy., 1618, v. h. l., vi,18).Et parmi ces textes il faut ranger les comédies de Molière : Je ne sais qui me tient, maudite, que je ne vous fende la tête (mol., B. G., iv, 2) ; — allez vite, qu'z7 ne nous voye ensemble (iD., Pourc, III, 1) ; — Et la raison bien souvent les pardonne, Que Vhonneur et V amour ne les pardonnent pas (id., Amph., 1825) ; — Comment voudriezvous qu'ils traînassent un carrosse, qu*z7s ne peuvent pas se traîner euxmêmes ? (iD., Av,, III, 1) ; — Je vous prie... de ne vous point en aller, qu'on ne m'ait apporté mon habit {id., B. G., i, 2) ; — où est-elle, que je ne la vois point ? (id., Ib., III, 5).

Aujourd'hui encore, ^we remplace les autres conjonctions dans les sens les plus divers : approchez que je vous parle (afin que) ; — je parlais qu'z7 n'avait pas encore fini (alors que) ; — il y a trois jours que je n'ai pas vu votre ami ( epuis que) ; — // était beau que cela faisait plaisir (au point que) ; — z7 ne touche pas à un objet, qu'on ne reconnaisse immédiatement sa main (sans que) ; — on m^a prié de ne pas quitter cette affaire que je ne l'aie éclaircie (tant que je) ; — décréter des chutes de dynastie, transfigurer l'Europe au pas de charge, qu'on sente, quand vous menacez, que vous mettez la main sur le pommeau de l'épée de Dieu (v. h.. Mis., Marius, iv, v ; de façon que).

D'analogie en analogie, que finit par s'introduire même là où il n'y a pas un besoin rigoureux de ligature. Comparez : il le dirait, je ne le croirais pas à : // le dirait que je ne le croirais pas (1).

Dans la langue populaire,des incises précédées de que remplacent la forme à inversion : Ils veulent nous manger, que je me suis dit (balzac. Et. phil., 278, El Verduz.) ; — Mais, que vous me dites, il ne faudra pas que vous soyez fait comme un gueux (e. sue, Myst., i, 131) ; - — Oui, commandant, qu'a dit l'autre (id., Ibid., 167) (2).

Que s'intercale entre l'interrogatif et la proposition interrogative : Mais pourquoi qu'z7 n'a pas rendu l'argent ? (e. souv.. Clair., 32) ; — Et combien que vous avez vendu leur fonds ? (e. sue, Myst., i, 15) ; — Mais d'où donc que tu sors ? (id., Ib., 40).

promettrois mille fois le contraire. Que fe ne serois pas en pouvoir de le faire (mol., Mis., 453).

I Voir A V Objet ip. 345). Le peu|>ie dit indlfférenunent : qu'a dit Vautre ou que Vautre a dit.

(l) E( je uous lis., (2)

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