‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 409 sur 586 · MOYENS D'EXPRIMEE LES RELATIONS · texte numérisé non relu

MOYENS D'EXPRIMEE LES RELATIONS

Au dernier stade il sert d'introductif à des propositions qui n'en ont que faire : que c'est comme un bouquet de fleurs. C'est du style gendarme, sans doute ; mais le tour est très répandu dans la langue parlée : D*où que je devenais... Je devenais du Roquet... que j'y avais couché... que j'y étais été pour avoir de l'ouvrage. .. q\l*onm*a traité de faignant et qu'on m'a dit que f priais l'hon Dieu d'n'en pas trouver... que j'avais fait neuf lieues... que je n'me sentais pas de froid. ..que j' n'avais mangé qu'un sou d'pain d'ia journée.. que v'ià que j' frappe à la porte de la ferme... qu'on m'ouvre... que j' me couche.. que j' m' endors... qu* on m' réveille... et qu'on m'mène en prison (h. monnier. Se. popul., La Cour d'assises).

Formation de nouvelles Conjonctions. — 1° Des conjonctions s'agglutinent.— Que s'est ajouté à sz, pour former çwesz, quia été très usuel: Que si, quand vous arrivez dans une compagnie l'on vous fait civilité, et qu'on se levé pour l'amour de vous, il faut bien se garder de prendre la place de personne {Civ., ch. v) ; — Que si vous avez cette vérité, ne nous la cachez pas parla manière dont vous nous la proposez (mostesq. y Esp. des lois, Li\. xxv, ch. 13).

2° Que A ÉTÉ AJOUTÉ A UNE PRÉPOSITION OU A UN ADVERBE. Ou H

ajouté que directement, soit à des adverbes, soit à des adverbes-prépositions : ainsi que, bien que, encore que, encore bien que, puis que. avant que, si bien que (1).

3° A d'autres mots. — Ce sont des participes ou des adjectifs, d'où : vu que, attendu que, excepté que, considéré que, sauf que. Considérant que, dont il est fait grand usage aujourd'hui, montre à merveille comment le rôle du participe s'efface, et comment la syntaxe, qui rapportait d'abord l'action de considérer à uq sujet, s'oblitère. L'expression devient synonyme d'attendu que.

40 Que ajouté a une préposition suivie de ce. — C'est le type le plus commun de formation. Une préposition est suivie de ce, puis d'un que : par ce que.

Il faut, pour comprendre cette formation, se reporter au développement des propositions à reprise dont nous avons parlé, et dont le type le plus simple est en a. f. : ço (ce) // peiset que (ceci lui pèse que). La proposition commençant par que développe ce qui est annoncé par ce : ceci lui pèse qu'il (à savoir qu'il) n'eut pas d'enfant ; et ce tour entre en concurrence avec : Qued enfant n'ourent peiset lor en fortment (Al.,\, 22).

Or le ce, au lieu d'être sujet, peut être complément d'une préposition : De ço se sont esmerveillié, Que il mori (Thèbes, 4830; de ceci, ils se sont i merveilles à savoir qu'il mourut). D'où ; ils se sont émerveillés de ce qu'iV mourut. De ce que est encore en plein développement. Il empiète peu à peu sur le simple que. Madame de Sévigné écrivait encore : Nous faisions la guerre au bonhomme d'Andilly qu'i7 avait plus envie de sauver une âme qui était d'un beau corps qu'une autre (Lett.; dlxix); — je fus étonné que, deux

(1) Autrefois : ains que, devant que, parafant que, soudain que, subit çiie»

C()XJO\CriONNKLLES HT COXJOSCTIVHS

jours après, il me montra toute l'affaire exécutée (mol., Éc. cl. /., Préf.). Nous (lirions, au moins dans la première phrase : de ce que.

A ce que se répand aussi. Il a déjà existé en a. f. une forme à ce que, qui ^iviiit le sens de afin que. Il s'en forme aujourd'hui une aulre dont l'origine est claire. De: il y aurait intérêt kcéiSL^ on aboutit à: // y aurait grcmd intérêt à ce qu'on pût dresser le catalogue de sa bibliothèque.

Xous nous servirions d'à ce que, là où le que suffisait au XV 11^ s. : Quel unantage a-t-on qVL^un homme vous caresse? (mol.. Mis., 49) ; — j'aurois une douleur extrême qu'w/ie personne que j^ai chérie... devint un exemple funeste de la justice du Ciel (id., D. Juan, iv. 6). Le simple que est ainsi peu à peu supplanté. Par suite de façon que, de manière que tendent à céder à: de manière à ce que (1).

C'i'st au procédé de formation que nous venons d'examiner que sont dues de noml)reuses locutions : hors ce que, pour ce que, par ce que, sans ce que, en ce que, jusqu'à ce que, grâce à ce que...

Nous en avons gardé un assez grand nombre. Mais, dès le Moyen-Age, elles furent en concurrence avec les formes où que suivait directement la préposition. Pour que est attesté en 1168, et aujourd'hui il est seul employé; pour ce que a disparu .

50 Que AJOUTÉ A UNE PRÉPOSITION SUIVIE D'UN NOM. D'autrCS

éléments linguistiques sont de tout temps entrés en combinaison avec que pour former des locutions analogues à celles que nous venons de voir ; ce sont : chose, rien, tant. On disait en a. f. de tant que, pour tant que. Nous avons encore ; en tant que, pour autant que, d'autant que.

A côté des mots à sens effacé tels que tant, il faut en citer d'autres tels que fin, manière, sorte, etc.. De là sont sorties une foule de locutions conjonctives : afin que, de manière que, de sorte que, du moment que, de peur que, en raison que, à mesure que, au fur et à mesure que, etc..

Comme partout ailleurs, la composition se fait peu à peu, de sorte qu'à distance on ne sait pas toujours si on se trouve en présence d'un vrai composé. C/est le cas dans cette phrase : Par la raison que nous rompons ensemble (MOL., Dép. am., 1393).

Remarques. — a) La préposition vient quelquefois à disparaître. Crainte que remplace de crainte que: crainte qu'o/i n'en cherche ailleurs (sÉv., Lett.,

DLXXXIII).

p) Dans à celle fin que, le nom est accompagné de l'adjectif démonstratif.

60 Conjonctions issues de propositions figées. — Le type de cette formation est: /a soit que (quoique), qui, sous la forme jaçoit que, a vécu jusqu'à l'âge classique. Comme ainsi soit que était encore usuel, au moins chez les pédants, du temps de Molière (h. l., m, 389). Quoi que, nous le verrons, a une origine analogue ; quoique je l'aie vu est une transformation de quoi que faie vu.

(1) V. joiRjoN, Rev. de Philologie, 1915, 205.

Page 1