COMPARAISONS GÉNÉRALISÉES
Le superlatif relatif, — Il arrive souvent qu'au lieu de comparer à un ou à plusieurs, on compare à la totalité des êtres ou des objets de Tespèce (1). Ce comparatif généralisé s'appelle ordinairement superlatif relatif.
En a. f. on disait, avec l'adjectif simple : sur toz reis curunez (PeL, 158). On pourrait comparer le tour moderne entre tous : vous êtes bénie entre toutes les femmes; — Suivi d'un seul housard qu'il aimait entre tous (v. h., Lég,y Après la Bat. ; cf. par dessus tous). Mais le sens n'est pas très net.
La forme la plus ordinaire est faite du comparatif, à l'aide de l'article : le plus respecté des hommes ; — c'est V homme le plus respecté qu'il y ait.
Cette forme est une création française. En latin, maximus signifiait à la fois très grand et le plus grand.
L'article dans le superlatif relatif. — La langue a mis longtemps à la fixer. Anciennement ce n'est qu'un comparatif avec plus, comme les autres. Mais Malherbe a posé la règle. Il faut dire non pas : le cœur plus dévot, mais : le cœur le plus dévot. Sa règle fut sanctionnée par Vaugelas (h. l., III, 434-5). Elle entra peu à peu dans l'usage général. Corneille corrigea : Ainsi détruit le temps les choses plus solides (Suit, du Ment,, 970).
Le VARIABLE ou INVARIABLE. — Uuc fois ccci acquis, restait à séparer adverbes et adjectifs : Une nymphe qui était la plus près d'elle, ou le plus près d'elle. Des règles intervinrent au XYIII^ s.
L'article du superlatif relatif est invariable, si la locution a un caractère adverbial : Les gens qui ont le plus souffert ne sont pas ceux qui se plaignent le plus ; — c'est là que la rivière coule le plus vite.
Quand il s'agit d'adjectifs, deux cas se présentent : A) On compare un être ou une chose aux autres : Le Rhône est le plus impétueux de nos fleuves ; — cette tête est la plus élevée de la chaîne des Vosges, Il y a accord.
B) On compare dans une même personne, une même chose, le degré atteint à tous les degrés que la qualité a pu, peut ou pourra atteindre :
(1 ) On a pu voir dans le chapitre consacré aux hauts degrés des expressions qui sont rclaUves. Rappelons aussi une expression détournée : Et c'est une folie à nulle autre seeonde De vouloir se mêler de corriger le monde (mol., Mis., 157).
lifiLATlOXS XOX l.OGIQVES
C*e$( te 16 que Jeanne a été le |}lus enflée : — Il est difficile de savoir où lei Allemands se sont montrés îe plus barliares. Le reste invariable (1).
Complément du superlatif. — Le complément du superlatif relatif est introduit pnr de, entre ; te stfstème le ptus perfectionné de tOQS; — le meilleur d'entre vous. Ce sont là, en somme, des compléments partitifs.
Modalités daBS le complémexit des superlatifs relatifs. — Par
tradition, l'a. f, employait le subjonctif derrière le seul suivi d'une proposition eonjonctive. De même en langue classique et moderne : le seul conseil que j'aie à vous donner. rVsf de rentrer bien vite (did., A>^^ de Ram., 77); — j'entrai chez un patfsan dont ta maison n'twait pus belle apparence, mais c'était la seule que je visse auv environs (koi^ss,, Conf.. liv. iv) ; — Zaïre est la première pièce de ttiéùtre dans taipiette j'aie OSé m* abandonner à toute ta sensibilité de mon cœur; c'est la setile tragédie tendre que J'aie faite... Vous trouverez vingt comédiens qui plairont dans le rôle d' Andronic et d*Hippotyte, et à peine un seul qui réussisse dans ceux de Cinna et d'Horace (volt.. A M. de la Hoque. 1732> ; — /> perds le seul être qui me restât sur la terre (51USS,, Con/., 1*' ]}.. cil, i\} ; — Hé f ma foi, oui ! faime mon métier. C'est le seul qui eonvienne à an tfentiîtwmme ruiné (aic, Gend. de M. Pair., i, 2). Voiei des phrases où on retrouve le sens exprimé pur seul : Mais apprenez. Que je garde aux ardeurs, uilv soins qu'il me fait voir. Tout le ressentiment qu'une âme puisse avoir (MOL., Don (iarc.^ i(»27); — il n'y a que moi qui n*aie point ta joie de voir une fillr si par/aitetnent aimée (séy.» LetL^ cccxxxv); — U n'y a qu/» la représentation qnon 5 ^aperçoive d'an défaut (murger. Vie Boh., 57).
Les superlatifs relatifs ont suivi runalogîe. Maupas, dès 1607, considérait le subjonctif comme de règle. «Le verbe, disait -il, doit être de mode optative ou eonionclive. pour le mieux : f 'n tel est le plus sçavunl homme que je cognoisse > (u- r - ni, 574) ; - Les plus parfaites beautés qui y soient ne se peuvent non plus comparer à ta sienne que le bronze et febenc à Vor et à l* y voire
(VOIT.. Lett., xxxiu): — je ta troure... une des plus grandes folies qui soit parmi les hommes (MtïL*. Mal. Imag., m, H) ; — capable des plus hauts desseins où cette princesse puisse s'élever (ho s s.. Henr. d' AngL).
Il en est de même avec des adjectifs dont la valeur peut être comparée à celle de superlatifs : premier, dernier : C*est la première idée qui lui SOit venue (crREL. yout\ fd., i, 1) ; - — Vous êtes te premier qui me tranquillisiez vraiment (mihb,, Fog., m, 2> ; — La dernière parole qu'il ait pu me dire a été cetteci {a. cap., Ange, i, 6).
Toutefois les exemples d'indicatifs sont constants à tous les âges de la langue (h, l., i, 472) : Vng... des plus entendus que je mngntJX jamais (comm.,
(1) Le principe est If* mf-in4» quf> quand U ?<'flgit dp repréiMMitaUon. U y a indlviduatiao, on ncccïrdc?; il fut question d'un tk-j^rt- d'flUjittIt.on n'accordr pm»* Kou» avons fait la criticiue de c<!rLlc convpnUun, p. â7X