CHAPITRE V CRÉATION DE LIGATURES CAUSALES SPÉCIALES
La langue avait perdu les ligatures spéciales du latin. Klle en a fiut :
• A CAUSE DE. — Mon oncle V aimait à cause de sa difformité rare (v. h.. ' Bug-Jarg,, ii) ; — En commençant^ chacun mangeait silencieusement... à : t^ause d'une certaine intimidation causée par le service de ces messieurs en
habit noir (a. daud., Jack, 602) (1).
, I A CAUSE QUE. — Cette locution, qui n'est plus guère usitée aujourd'hui,
* l'était beaucoup dans l'ancienne langue, et le fut jusqu'au XYII© s. : Vous I ne lui voulez mal et ne le rebutez Qw'à cause qu*// vous dit à tous vos vérités ! (mol., Tart.j 75) ; — // appelle Veau le plus excellent de tous les éléments... ' à cause que d'elle se forment les autres (hac. Rem. sur Pind.^ Ode i). On a
I'' I ' eu tort de la déclarer vieillie (2), et Littré Ta soutenue. De bons écrivains
.'; 1 du XIX« s. l'ont reprise : 7/ advint qu* Edward... se trouvant fort embarrassé
Il . à cause qu'// n'avait pas d'argent (a. karr, Tilleuls, 47). Mais en général on
, # ^ : considère à cause que comme populaire.
; { Les exposants de motifs. — Dans ces formations, une place spéciale
;,j ; est à faire aux expressions telles que : vu, attendu, considéré, etc. Nous ; avons parlé de leur origine. Elles remontent à peu près toutes au m. f. C'est
I ** ' l'époque où se constitue la langue administrative et judiciaire. On a éprouvé
j j le besoin de donner des « exposés de motifs » dans les jugements.
y. ' Aujourd'hui que la vie publique a pris une grande intensité, elles se
7 ' vulgarisent de plus en plus : Moi, fe ne puis aller à Nohant, parce que mon
• V temps, vu l'étroitesse de ma bourse^ est calculé (flaub., Leit. à G. Sand.
i it <:cxvi, 304).
^ Attendu que. — Vaugelas ne l'acceptait qu'avec répugnance (Andry
préférait vu que ; h. l., m, 397). Il est tout à fait entré dans la langue parlée : Les femmes aiment les mauvais sujets et elles ont extrêmement raison, attendu que les mauvais sujets sont beaucoup plus aimables que les bons (feuill., Morte, 56) ; — i7 vit que l'ordinaire ne pourrait se composer que de deux repas de pommes de terre... attendu que la viande était trop chère (a. karr. Tilleuls 10) (3).
En raison de, par, pour raison de. — On est tenté de mettre au rang
(1) Cf. Fermé pour cause de décès.
•<2) Dict. du L. vie, 6.
(3) Considéré que n'a pas réussi. Il était regardé au XVIl* s. comme du Palais.