CHAPITRE PREMIER LA RELATION DE FINALITÉ
Finalité et conséquence. — Nous avons parlé de la direction : aller vers Paris, partir pour Paris. Le but, au lieu d'être un endroit, peut-être tout moral et inimatcriel : être porté aa mensonge ; oiser au SUCCès.
Il convient de rappeler ici Tanalogie entre les faits dont nous allons parler et ceux dont nous avons parlé déjà, en considérant l'objet des verbes de volonté : vouloir, demander y chercher , etc.. Elle se traduit par des emplois pareils des modes : je veux que tu me comprennes ; je jais en sorte que tu me comprennes.
L'intention qui fait agir peut être favorable ou défavorable, elle est dans ou contre l'intérêt de quelqu'un. D'où: travailler dans V intérêt des masses, en faveur de la rénovation sociale, ou au contraire : contre Vintérêt public.
Le rapport de coiiséqucRce et le rapport de finalité liont très voisins. Cei)endant ils sont impossibles à confondre. Comparez : 5a mère Va élevée de telle sorte qu'elle puisse p/prr avec peu, vi : sa mère l'a bien élevée, de sorte qu'elle peut vivre avec peu. Dans le premier cas, la phrase exprime la fin, le but que se proposait la mère pour l'avenir de sa fille. Dans le second, au contraire, il s'agit d'un fait qui résulte d'un autre plus général, qui n'était pas destiné spécialement à produire le second. C'est une conséquence que la mère n'a peut-être pas voulue expressément, qui se produit néanmoins (2)*
Or ici la consécutive et la finale sont encore très voisines l'une de l'autre, mais ailleurs elles peuvent être tout à fait opposées, si, comme cela se produit, le résultat d'une action est différent, contraire même au but qu'on se
(1) Le vocabulaire nVst pas Xrès riche en ncnis : but, fin, objet, objectif, intention.
(2) Autres exemples : L'n gamin a tendu une ficelle en travers de la rue poar s'amaser. Une femme tombe et se easse la Jambe : conséquence.
L'n maître ua au tableau pour écrire : finalité ; il se blanchit les doigts : conséquence.
proposait. Ex. : // avait combiné son départ de façon à être là à midi (finalité), mais son train a eu du retard, de telle sorte qu*U n'a pu déjeuner avee nous (conséquence),
n n'en est pas moins vrai que la notion de finalité et celle de conséquence ont été lentes à séparer, dans notre langue, leurs moyens d'expression. Voici un exemple contemporain, où l'auteur emploie une expression ordinairement réservée à ia finalité pour marquer un rapport de conséquence : l'envoyer.,, dans une colonie agricole... afin qu'// achève de s'y corrompre (goppée, Coup.y 56). Ce n'est pas l'intention des juges, mais le résultat de leur sentence.
Avec pour, qui exprime si souvent la iinalité, le même fait est commun. On dira : l'ennemi n'a pas poussé à ce point ses préparatifs pour renoncer à son attaque. Il serait absurde qiie l'ennemi ait fait des préparatifs dans l'intention de renoncer à son attaque, et ce n'est pas là ce qu'on conteste. On veut dire que les préparatifs ont été si grands qu'il est impossible qu'il renonce ; c'est une conséquence que l'on tire de l'étendue de son travail.
Causes et fins. — Il y a des rapports étroits entre la relation de cause et la relation de finalité, le but qu'on se propose devenant à chaque instant motif d'action. Quand l'homme du peuple déclare qu*/7 est entré chez le marchand de vins, histoire de s'amuser, il avoue son intention, il déclare aussi la raison qui Ta arrêté là. Nous avons donné à la Causalité (p. 803) d'autres exemples, tels que: Une masse énorme de « traditions i* avait étouffé la Loi, sous prétexte de la protéger et de Tinterpréier (ren., Jés., xx) ; — Us avaient invité Fcmny à diner chez eux... histoire de la distraire un peu de ses vilaines idées (a. daud., Saph., 69).
Entre quels éléments de langage se naarque le rapport de finalité. — Les verbes prennent tout naturellement des compléments de finalité : travailler pour la gloire ; — Il ne vivait plus que pour la Joie de eet avenir (ZOLA, Déb., 235). Mais les noms sont aussi très souvent accompagnés, tout comme les verbes, d'indications de finalité : une demande en Yne d'obtenir l'assistance obligatoire.
Ces noms sont, bien entendu, des noms d'action d'abord : et puis les reeherehes pour le bon Saint- Antoine seront finies (flaub., LelL à G. Sand, CGxvi) ; — ces ingéniosités pour que le Tiers-Ordre chemine sans se briser aux obstacles de la route, ces finesses pour attirer des adeptes.../ouf cet ensemble... a failli de votre cerveau ? (fab., Af "« Fust., 166) ; — Dieu sait quelles instances furent les miennes pour qu'on vous écrivit à Bordeaux (ID., Ib., 46).
Mais de simples noms d'ustensiles comportent aussi des compléments de but, ces ustensiles étant créés, fabriqués pour une fin. Les noms capables de se construire avec ces compléments sont extrêmement nombreux : boîte à lettres, toile à peindre, machine à coudre, tube à expériences.
On a vu à VObfef ce qu'il faut penser de l'infinitif actif employé là. Tantôt