‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 524 sur 586 · DONNÉES SPÉCIALES · texte numérisé non relu

DONNÉES SPÉCIALES

Sans que. — La langue classique construisait volontiers des propositions conjoixtionnelles renfermant une donnée négative à l'aide de sans que : je sautai les degrés à moitié endormie et me serois cassé te cou sans qu*/7 me soutenoit (m**« de montp., Mém,, 359) ; — vous m'avez écrit la plus aimable lettre du monde ; j*y aurois fait,., réponse, sans que j'*ai su que vous couriez par votre Provence (sÉv., Let., cix).

Si ce n'est, si ce n'eut été, si ce n'était que. — Jusqu'à la fin du XVI I^ siècle, quand il y avait doute sur la réalité des faits, on employait .si ce n*est que avec le subjonctif : je ne comprens pas ce qui a pu donner lieu a de si estranges imaginations, si ce n*est peut estre qu'on ait pris pour un bandeau de certains petits cristaux que Je leur mets au devant des yeux,., (PERRAULT, Rec. de div. Ouv., 15).

N'eut été que, n'était que. — Dans la langue classique, ils remplacent souvent les locutions précédentes : N'estoit que je suis seure que vous raymez et que vous supporterez facilement cette petite imperfection,,, je me fusse bien gardée de vous en entamer le propos (A, th. fr., vu, 152) (1).

30 Données en g^roupe. — A) Une suite de données peut être présentée p r la même forme répétée : oh ! s'il te reste un cœur, duc, ou du moins une <inie, Si tu n'es pas un spectre échappé de la flamme... Si Dieu n*a point encor mis sur ton front. Jamais ! Si tu sais ce que c'est que ce bonheur suprême D'aimer... Si jamais femme aimée a tremblé dans tes bras. Attends jusqu'à demain (v. h., Hem., v, 5).

B) On pouvait aussi en a. f., ne pas répéter la conjonction, on gardait nlors le subjonctif au second terme, si on l'avait au premier : s'adont seust Guillelmes son talent. Et il volsist prendre Vacordement, Ja trovast pais assez legierement (Cor. Looys, 876).

Il arrivait aussi qu'en s'abstenantde répétersz, on mettait les deux verbes à rindicatif : et se c'est fille qui fust marie du père ou de la mère ou des II ensemble et ele muert sans oir de son cors (ph. de beaum., Coût,, 503).

On trouve la conjonction remplacée par que, comme aujourd'hui, et suivie du subjonctif. Mais les exemples de ce mode ne se multiplient vra-iment qu'en m. f. Malherbe blâma le tour sans que. Il ne voulait pas que Ton écrivît : Si du porteur d'Europe aux Jumeaux il arrive, et sortant du printemps il croisse les chaleurs (iv, 307).

Ce fut lentement aussi que derrière ce que le subjonctif devint obligatoire. Il arrive encore au xvii® s. qu'on trouve le verbe à l'indicatif : si nos sens ne s'opposoyent pas à la pénitence, et que nostre corruption ne s'opposoyt pas à la pureté de Dieu, il n'y auroit en cela rien de pénible pour nous (pasc, Pens.^ cd. Molin., Il, 49-50).

(l) Voir TOBLER, Verm. Beitr., iv, 75.

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