‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 94 sur 586 · CHAPITRE VIII D. — AUTRES DÉTERMINATIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII D. — AUTRES DÉTERMINATIONS

Les compléments les plus divers, soit seuls, soit en groupe, servent à rindi\iduation. Ils peuvent apporter des notions de toutes sortes. Ils peuvent consister en adjectifs, participes, compléments, relatives : l'ancien régime, le brevet supérieur, le budget de demain, les matières premières que nous tirons de nos colonies, etc.

Nous parlerons plus loin des caractéristiques spéciales de lieu, de temps, d'origine, de prix, de manière ; or, caractéristiques à un endroit, elles sont déterminations dans un autre.

Ce qu'il importe de remarquer, c'est qu'il existe des compléments de détermination qui ne se rapportent véritablement à aucune de ces caractéristiques.

Une détermination parfaite est celle qu'on obtient par le rapport d'identité : si je dis : vous avez la même robe que vous aviez dimanche, cette robe est strictement déterminée ; — j*ai déjà trouvé la même opinion chez Rousseau,

GoxnplôxnentB et propositionB de dôterznination. — 1^ Pendant toute la période de l'a. f., le complément déterminatif se construisait, en certains cas, sans préposition. Le nom se mettait alors au cas objet (héritier des fonctions du génitif latin) : le rei gunfanuniers (le gonfanonier au roi, RoL, 106) (1) ; — renseigne Carie n'i devum ublier (Ib., 1179) : — a feste Seint Miehiel (Ib., 37). ~ On trouve généralement, dans cette construction, le nom déterminant après l'autre : Mère Dieu ; la meson son père ; — A la grand feste Seint Miehiel de TPeril (RoL, 152). — Elle s'étendait même aux féminins, qui n'avaient point de cas distincts : li fllz Sainte Marie. On trouve aussi le pluriel : les demoiselles les reines.

Il nous en est resté des noms tels que V Hôtel- Dieu, V Église Notre-Dame.

20 On se servait d'un complément construit avecla préposition rf«. Au latin Urbs Romae succéda à la décadence Villa de Roma (en f. la ville de Rome). Ici nous avons affaire à une apposition, de est simple copule. Ailleurs, il y a dépendance : le chemin de Rome; mais la préposition n'a pas pour cela un sens plus particulier: si recevrez la lei de cbrestlens {RoL, 38) ; — branches d'olive en voz mains porterez (Ib., 72).

En f. m., de a continué à Otre d'usage constant, le fond de la rivière; —

(1) V. Foulet, o. r., 15 c *.

les arbres de la forêt ; — les tragédies de Racine ; — Vhahitude de se contraindre ; — les rôles d'ingénue ; — le maître d'écriture ; — le théâtre de la Foire ; — les rêves de la Jeunesse ; — l'instinct de la conservation ; — Vinstrument du crime. — Eh bien, oui, j'ai retrouvé l'ami de ma leunesse (DUMAS, L'Jé/f , X, 112).

30 En f. m., un adjectif tient très souvcntla place du nom en dépendance : critique musical, morceaux historiques, convention postale. Cet emploi a été souvent critiqué, sans que le développement en pût être arrêté. Il est devenu très important. On entend dire : la question ferrugineuse, le réseau ferroviaire. Si l'adjectif n'existe pas, on l'invente.

40 On se sert souvent de propositions conjonctives : le livre que vous réclamez vous a été rendu en juillet dernier ; — la situation & laquelle vous prétendez n'est pas digne de vous ; — le chemin par lequel il faut passer prend à côté de l'Église ; — l'honneur qui VOUS échoit est bien mérité.

Rapports entre déterminatifs et déterxninéB. — Ces rapports ont été longtemps assez mal réglés, et il arrivait qu'ils fussent peu clairs.

Malherbe exigeait que le possessif eût un antécédent bien déterminé, auquel on pût le rapporter grammaticalement et avec lequel on le fît accorder. En examinant ces vers : Mais quel autre nuage, en si grande jeunesse. Peut troubler votre esprit, sinon quelque maîtresse ?... Leur cœur est variable, il feint de ne pas comprendre. Le cœur de qui ? demande-t-il. Le poète devait dire : Le cœur des femmes est variable (Comm. s. Desp., iv, 401). L'accord par syllepse se trouverait ainsi condamné. A dire vrai, on en trouverait des exemples jusque chez Malherbe lui-même : C*est mal vivre que de commencer toujours à vivre, pour ce que leur vie est toujours imparfaite (Épître xxiii. Leur vie est mis pour : la vie de ceux qui commencent) ; — ces salles à festin étaient alors inconnues... Deux pieux fourchus soutenoient les deux côtés de leurs loges (Épître Sénéq., xc, Leurs loges désignent les loges des hommes du I^^ siècle). Néanmoins, dès ce moment, la lutte contre les équivoques commença. Vaugelas poursui\'it le travail (II, 368) ; il était fort nécessaire. Depuis le XVIII® s., on en use fort ctroitement (h. l., m, 692). Seul un Lamartine, avec sa négligence ordinaire, brouille les son et les sa : Un réseau noir serrait ses cheveux dans sa maille ; Deux tresses seulement descendant sur sa taille. Où quelques blanches fleurs des prés s* entremêlaient. (Joe, 6 juil. 1793) ; — Comme Pygmalion, contemplant sa Statue, Et promenant sa main sous sa mamelle nue (Réc. poét., A. M. Fél. Guillem.)

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