‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 97 sur 586 · LA VALEUR DE L* ARTICLE · texte numérisé non relu

LA VALEUR DE L* ARTICLE

mansarde (lam.. Joc., Nouv. Préf., 22). — La neige est tombée sur le Puy-de- Dôme (cf. : il est tombé ieltk neige); — c'est \t Yentqui a déraciné cet arbre. Comment expliquer l'expression : avoir le dos an feu et le ventre à table ?

Comme rartlde a peu de valeur, il arrive qu'il se retranche aussi bien qu'ii s'ajoute. Depuis plus de cent ans on dit : d revoir pour au revoir (wey, Rem,, I, 220).

L'article et les noms propres. — Tliéoriquement les noms propres sont déterminés par eux-mêmes. Point n'était donc besoin de les présenter comme déterminés. En a. f. ils sont sans article, non seulement les noms de personnes, mais les noms de peuples : Frane e paien i fièrent des especs (RoL, 3561) ; — de même les noms de pays : Jo l'en cunqvis e Anjou e Bretagne (/&., 2322).

De même encore les noms d'objets uniques : ciel, /erre, par analogie diable : la faire dianle servir {EuU, 4) ; — quand solels esclarcist (PeL, 443).

Du XIII« au XV* s., l'article commença à s'étendre aux noms de peuples : les Judeus {Evang. Nicodème, 850, cf. 861, 877). On le rencontre désormais assez souvent devant les noms géographiques, surtout devant les noms de neuves : Vi le Nil qui croisi et descroist (christ, de pis., Chemin de Veut., 1321 ; H. L., I, 462). Toutefois il ne s'employait guère avec les noms de montagnes et de provinces : Eina^ Allemagne, Gascogne.

Au XVI* s., nouveaux progrès (h. l., ii, 386). Il devient commun devant les noms propres de rivières et de montagnes : le long de la Gironde» de la Garonne, du Lot; les Alpes. Les poètes cependant l'omettent encore souvent : que Seine embrasse (rons., Franc, m, 167, Bl.).

Au contraire, devant les noms de provinces, il est assez rare au début du siècle : Entre Dauphlné et Provenee (marc, de nav., Heptanu, 73). L'hésitation continue pour les noms de pays ; on le trouve : elle peult faire guerre et à la Grèce et à l'Italie (dolet. Gestes de Fr. de V., 18).

A partir de l'âge classique, l'usage s'est nettement divisé. Les noms propres topographiques ont pris l'article : la Seine, le Tibre, la Tamise (rivières) ; les Alpes, le Puy-de-Dôme, le Vignemale (montagnes).

Les noms de pays sont partagés, des règles contradictoires les régissent. On les a discutées une à une au XVII® s. : aller en Chine, au Portugal? Les décisions ont varié, suivant qu'il s'agit de « grands lieux » ou de «petits lieux» (h. I.., m, 425). Mais alors pourquoi de France et de la Chine ? un gobelet de bois de la Clline (sorel, Berg. Extr., 1. v, i, 348). Dans le cas particulier, la règle a été généralisée : en France, en Chine. Malheureusement loin qu'elle le fût partout, la langue n'a jamais plus échappé anx contradictions : aller tu Meurthe-et-Moselle, dans le Doubs; habiter dans la Meuse, en Corrèzc. Toutefois la contagion n'atteint pas les noms de villes : Paris, Toulouse. Tous ceux qui ne dérivent pas visiblement d'un nom commun, comme la Rochelle, la Ferté sont sans article.

Pour les noms d'homme, les solutions ont été meilleures. On a arrêté

renvabissemcnt : Le Pétrarque fut condamné; on se régla ^ur l'usage Italien : r Arioste (vaug., i, 397). En outre il fut établi que dire.: la Joséphine, la Marie ^tait vulgaire (h. l., iv, 368). I-a règle est restée. Nous ne disons même plus : la BarleU comme autrefois la Champmeslé, la Malibran, sauf pour les danseuses. Est-ce parce que la plupart portent des noms italiens : la Zambelli ? Eb tous cas, l'analogie l'étend à toutes ou presque : la Loïe Fullcr,

Bien entendu, les noms communs qui complètent un nom propre ont pris aussi Tarticle : Jean rËvangéliste, Théon le grammfdrien (amyot. Œuv. mor., ii, 373, v®. G).

On est souvent embarrassé avec les noms propres qui renferment Tarticle : il vient du Havre , il est au Havre est courant. Mais avec les noms de pcrsonneSy les déformations sont impossibles. Alors ? Faut-il écrire : le succès de Le gendre de M. Poirier ou du gendre ? On s'en tire par des détours : de la comédie Le gendre...

Les abstractions personnifiées, de valent tendre à une assimilation avec les noms de personnes : il n'en fut rien. Ils gardèrent leur article : a Paix, la Discorde : la Déroute, géante à la face effarée (v. h., Chat., Exp.); tant il est vrai qu'il n'y avait là qu'une Action d'art. '

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