‹ La pensée françaiseChapitre 113 sur 155 · NUMA BOUDET · texte numérisé non relu

NUMA BOUDET

Numa Boudet naquit le 28 janvier 1827 et mourut le 1er avril 18(J7dansla même maison, sise à Castelsagrat (Tarnet-Garonne). M. Joseph Serre, qui a consacré à ce « penseur inconnu ' » une belle et vibrante étude, et a publié, avec le concours de MUie Hello et de If. Pierre Jay. quelques-unes de ses pensées, reproduit dans son ouvrage une notice nécrologique que consacra à Numa Boudet, au lendemain de sa mort, l'abbé Bayronnat. En voici un extrait :

« Tout jeune encore, M. Numa Boude! lit paraître un volume de poésies intitulé : Adolescence qui fut honoré d'une lettre très élogieuse de Lamartine et, en même temps, il écrivait sur les sujets les plus divers des pensées détachées qu'il se proposait plus tard de compléter et de coordonner. Il entretint des relations amicales avec Ernest Hello qui l'avait en très haute estime comme penseur ; avec M. Lasserre, l'auteur de yotre-Dame de Lourdes ; avec M. l'abbé Perreyve dont la mort prématurée l'agita vivement. Parmi les lettres de Lacordaire à des jeunes gens, il en est qui lui sont adressées et dans ses papiers intimes on trouvera sans doute de précieux autographes. Réduit à l'immobilité par des douleurs continuelles, il a travaillé jusqu'à la fin de ses jours avec une sérénité parfaite, une constance admirable, et il laisse en mourant de nombreux manuscrits que des amis dévoués publieront peut-être quand le moment sera venu. »

M. Joseph Serre fut un de ces amis et la belle élude

1. Joseph Serre. Un penseur inconnu, Xuma Boudet. Sa vie et ses Pensées. Paris, librairie académique Perrin et C'% 185S.

qu'il a consacrée à Numa Jîoudet sauve de l'oubli ce maximiste.

— Le blasphème est ce qu'il y a de plus savoureux dans la volupté : il remplace l'espérance perdue.

— On se livre à des espérances petites pour se détourner de la grande.

— L'idolâtrie est un signe de médiocrité dans l'amour.

— Une émotion de joie haute et vraie devient sérieuse ; elle donne à l'âme ébranlée l'attitude, le vêtement, le sentiment de la douleur.

— Toute erreur n'est qu'une affirmation insuffisante.

— Le fond des choses est solennel et triste : solennel, sans doute, parce qu'il contient la joie ; triste, parce qu'il la cache.

— On n'exerce bien et pleinement un droit que lorsqu'on l'exerce par devoir.

— Toutes les âmes fortes, les âmes nobles, les âmes de dévouement, les âmes capables de grandes choses et dignes du premier rang, comprennent, acceptent et subissent sans trop de peine la subordination.

— Il y a une manière grande de s'occuper des petites choses.

— Trois choses ont besoin d'être excessives pour être suffisantes : la piété, la propreté et la probité.

— Rien n'est grand que ce qui nous mène à compatir et à pleurer notre grandeur perdue.

MADAME DE KXORR

La baronne Joséphine de Knorr. chanoinesse honoraire du chapitre de Brùnn, est née en 1827 et mourut dans château de Gresten Basse-Autriche1, en 1908. M06 Louise Head qui préfaça la première édition de ses Pensées l. é que M™ • de Knorr était « devenue presque Française par ses « Longs séjours à Paris et son amour pour la France ». Mlle Read la connut chez Mme Ackermann qui disait de M~e de Knorr : « C'est la meilleure âme qui soit au monde, a

— Telle est la vertu de l'eau que la plus sale lave encore quelque chose.

— Ce qui manque au monde c'est la charité ; mais il y a plus d'amour qu'il n'en faut.

— Quelle crédulité chez les menteurs I Ils croient qu'on les croira.

— C'est encore quelque chose, Fàpre joie des larmes.

— 11 y a une préséance fâcheuse, c'est celle que donne l'âge.

— L'initiative de la jeunesse vaut l'expérience des vieillards.

1. Baronne de Knorr, Pensées du soir. Paris, Lemerre, 3» êditien, 1908, petit in-12.

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— Méfiez-vous toujours de l'expérience d'autrui.

— Pour arriver, il faut être bien avec tout le monde, mais éviter les amitiés particulières.

— Les promesses sont ce qui fait le plus de dupes.

— Faire éclater la joie d'une bonne conscience, c'est la perdre.

— Il y a des êtres que tout le monde aime et qui n'ont cependant jamais été aimés.

— D'aucuns s'imaginent avoir rayé leur passé, mais les autres ne voient que la rature.

— Souvent, on se fait mieux comprendre en parlant moins.

— Une femme sans beauté est comme un guerrier sans armes.

— Si les femmes meurent jeunes, on les oublie ; si elles parviennent à la vieillesse, on les délaisse.

— Quand l'amitié et l'affection s'en vont, il est toujours bien de les remplacer par la politesse.

— Même entre amis, pour se supporter toujours, il faut la pitié.

— Les pensées qui nous plaisent le mieux, ce ne sont pas les plus profondes en elles-mêmes, ce sont celles auxquelles notre expérience donne raison.

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