RAOUL DE LA GRASSERIE
Né à Rennes en 1839. Magistrat honoraire, membre de la Société de linguistique de Paris, a publié en 1911 les Ironiques, volume de maximes.
— Ceux qui comprennent trop veulent moins.
— L'art nuit à la vie, la vie profite à Fart.
— La seule différence entre le touriste et le vagabond c'est que l'un voyage assis et l'autre debout.
— Si l'occasion fait le larron, le larron fait plus souvent encore l'occasion.
— La fierté du prolétaire, c'est l'insolence.
— On peut tout faire, on ne peut pas tout dire.
— L'amour platonique est un plat sans sel.
— Le caractère est la moitié de la destinée.
— On commence par être honteux d'un vice on finit par en être fier.
— L'anthologie choisit le meilleur ; mais elle le coupe et il se fane.
— Le roman qui moralise ne peut le faire sans dépraver.
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DANIEL DARG
Daniel Darc est le pseudonyme de M'ne Régnier, née Marie Serrure, femme du docteur R.-E. Régnier, médecin à Paris. Née en 18i<) elle est morte en 1887. On a d'elle, outre ses aphorismes l : Une aventure d hier, Paris, 1885, in-12 ; Canifs et contrats, Paris, 1885, in-12 ; La Couleuvre, Paris, 1882, in-12 ; Les Folies de Yalentine, Paris, 1880, in-12 ; Le Péché d'une vierge, Paris, 1881, in-12 ; La Princesse Méduse, Paris, 1879, in-4° ; Revanche posthume, Paris, 1878, in-12 ; les Rieuses, Paris, 1878, in-8° ; Voyage autour du bonheur, Joyeuse vie, etc.
— Que de gens croient avoir souffert, parce qu'ils ont fait souffrir !
— Raclez l'épidémie d'un sceptique, presque toujours vous trouverez en dessous, les nerfs endoloris d'un sentimental.
— Ce sont les optimistes révoltés qui font les pires misanthropes.
— Les gens médiocres arrivent à tout, parce qu'ils n'inquiètent personne.
1. Petit bréviaire du Parisien, Paris, 1883, in-32 ; Sagesse de pocher Paris, 1885, in-32.
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— On prend volontiers la laideur pour un brevet de sagesse.
— L'âge qu'on veut avoir gâte celui qu'on a.
— Un mari trahi par sa femme n'a que faire de se venger... L'amant suffira.
— Un père, qui ne se souciait pas de doter sa fille, lui citait cette parole de saint Augustin :
« Se marier est bien, ne pas se marier est mieux ».
— Las, mon père, répliqua la jouvencelle, faisons toujours le bien... fera le mieux qui pourra ! —
— Entre un désir et un regret, presque toujours il y a la place d'une sottise.
LA PENSAI III tNÇAISE 'AM
PAUL COURTY
Paul Courty naquit à Perpignan, le 4 août 1840. D'abord clerc de notaire, il publia, en 1869, un mince recueil de vers, les Heures sombres. Entré à la fin de l'Empire à V Opinion nationale, il écrivit ensuite au Télégraphe, puis au Charivari et au Journal amusant. Ses maximes ', recueillies après sa mort survenue le 12 mars 1892, sont, déclare le préfacier, Edmond Thiaudière, « supérieures à ses poésies. C'est là qu'on peut le mieux juger de la profondeur de son âme et de la vivacité de son esprit ».
— Le sage ne cherche pas à se venger de ses ennemis : il laisse ce soin à la vie.
— Le jeune homme cherche le bonheur dans l'imprévu ; le vieillard, dans l'habitude.
— Le plus grand malheur qui puisse arriver à un homme, c'est de penser et de sentir trop juste. Froissé à chaque instant dans sa délicatesse, il ressemble à un imprudent qui se serait hasardé sans souliers dans une foule.
— Il y a des hommes de beaucoup de talent qui manqueront toujours de la mise de fonds préalable des cinq
1. Paul Courty. Poésies et Pensées, avec un portrait gravé à l'eau orte par Gh Courty et une préface d'Edmond Thiaudière, Paris, Léopoid Cerf, 1894.
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ou six premiers admirateurs qu'il faut à Paris pour faire une réputation.
— Le bonheur se sent à peine dans le présent et ne peut se promettre d'avenir. L'homme ne sait bien qu'il a été heureux que lorsqu'il erre sur les ruines de son bonheur écroulé.
— La femme qui est à vendre n'est jamais à acheter.
— Un seul malheur fait oublier mille joies.
— La femme pleure si souvent, et avec une satisfaction de soulagement si évidente qu'on est tenté de se demander s'il n'est pas charitable de lui fournir de temps en temps une occasion de pleurer.
— Entre civilisés, une nuance est un abîme.
— Les grandes passions ne sont rien auprès des grandes manies.
— Quand deux femmes ont passé une heure à dire du mal d'une troisième, elles s'imaginent sérieusement qu'elles sont amies jusqu'à la mort.
— Le commerce d'un homme d'esprit n'éclaire pas plus un sot sur sa sottise que la vue d'une jolie femme ne révèle à une femme laide sa laideur.
LA PETTO fl \:-
A.-S. DALSÈME (1840-1913)
Dalsème (Achille) journaliste et littérateur, né à Nice en 1840, mort en 1913, publia outre ses aphorismes l, Le cirque à pied et à cheval, in-12, 1888 ; Les péchés de Thérnis, in-12, 1889 ; Paris sous les obus (1882)...
— Il faut n'avoir jamais ouï dire : « Allô ! allô ! » pour prétendre que tout est dit.
— Dès que tout sera dit, tout sera à redire : tout aura été contredit.
— La mort et la vie ont des droits pareils.; elles ne peuvent se passer l'une de l'autre.
— Ayons le regard net, si nous désirons voir la vie telle qu'elle est : elle ne revêt la forme d'une urne lacrvmatoire que pour les yeux brouillés de pleurs.
— Gela frise l'abus de confiance, de rabrouer la vie à tort et à travers : Livide pessimisme, où prendrais-tu, sans elle, les armes que tu brandis contre elle !
— Ne naît pas qui voudrait ; j'aurais pu ne pas naître : Avouons que ce détail a dépendu de peu.
i. Sornettes et rhapsodies : Cahiers d'un optimiste. Paris, 1913.
— La Création nous fit accueil : Soyons polis à notre tour.
— Tout dans la vie est surprenant, à commencer par les aigres propos qu'on déverse sur elle comme Naples sur saint Janvier quand son miracle rechigne à s'accomplir.
— Tel enfant sourit à la vie jusqu'au jour où elle lui répond par une grimace ; alors, il se renfrogne, incapable de s'aviser qu'il serait plus crâne et plus digne de continuer à sourire bravement.
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