‹ La pensée françaiseChapitre 121 sur 155 · GUSTAVE LE BON · texte numérisé non relu

GUSTAVE LE BON

Gustave le Boa est né à Nogent-le-Rotrou, en 1841.

Homo multiplex, ainsi que le qualifie exactement son biographe, M. Edmond Picard l, il a publié des ouvrages très variés : depuis des relations de voyages et des écrits scientiiiques divers jusqu'à des œuvres sociales et cosmogoniques. En voici la nomenclature générale : 1° Voyages, Histoire, Philosophie : Voyage aux Monts Tatras ; Voyage au Népaul ; L'homme et les sociétés. Leurs origines et leur histoire {'2 vol.) ; Les Premières civilisations de VOrient, gr. in-4° ; Les Civilisations de Z'/ncfe, gr.in-40; Les Monuments de l'Inde, in-fol. ; Les Lois psychologiques de révolution des peuples, in-18 ; Psychologie des foules, in-18 ; Psychologie du socialisme, in-8° ; Psychologie de l'éducation, in-18 ;

'2° Recherches expérimentales :

La Fumée du tabac; La Vie, traité de physiologie humaine ; Recherches expérimentales sur Vasphyxie, etc. etc. ; V Evolution de la matière ; L'évolution des forces ;

3° De nombreux mémoires de physique, publiés dans la Revue scientifique, sur l'évolution de la matière.

M. Gustave le Bon, est, en outre, le fondateur et le directeur de la Ribliothèque de Philosophie scientifique, et il publie régulièrement des maximes dans le Figaro sous ce titre : Aphorismes du temps présent. M. Gustave le Bon a publié déjà deux recueils de ces maximes, édités chez Flam-

1. Gustave le Bon et son œuvre, par Edmond Pictrd. Paris. Mercure de France, 1909.

.'1 12 i.a PI N-i'i. l'HA.v/.Aisi;

marion, l'une sous le titre : Aphorismes du temps présent (1913) et l'autre, sous le titre : Hier et Demain, Pensées brèves (1918).

— Les variations possibles de la sensibilité n'étant pas très étendues, les bornes du plaisir et de la douleur sont bientôt atteintes.

— Les grands manieurs d'hommes furent toujours des créateurs de désirs. Les réformateurs ne font que substituer un désir à un autre désir.

— La véritable durée de la vie ne dépend pas du nombre des jours, mais de la diversité des sensations accumulées pendant ces jours.

— Les mots et les formules beaucoup plus que la raison créent la majorité de nos opinions.

— Les mots et les formules, puissants évocateurs d'images, n'ont qu'une vie éphémère. Ils finissent par s'user et perdent alors la faculté d'émouvoir.

— Les idées vieillissent plus vite que les mots.

— Certaines formules semblent posséder un pouvoir magique redoutable. Des milliers d'hommes se firent tuer pour des paroles qu'ils n'ont jamais comprises et le plus souvent dépourvues de sens rationnel.

— Synthèse des acquisitions de toute l'existence ancestraie, la patrie est un idéal dont le culte a toujours constitué le plus puissant des ciments sociaux.

— L'homme, confiné par la nature dans l'éphémère, rêve d'éternité. En élevant des temples et des statues, il se donne l'illusion de créer des choses qu'on ne verra pas périr.

LA iTNSi'r in \\r..\isr 3 (S

— L'artiste est médiocre quand il raisonne au lieu de sentir.

— Le véritable artiste crée en copiant.

— Une grande œuvre artistique est toujours inconsciente. Consciente, elle deviendrait plus personnelle et traduirait moins fidèlement le sentiment et les idées d'une époque.

i \ il N8EE FRANÇAISE

LUCIEN ARREAT

Lucien Arréat, né à Pertuis (Vaucluse), le 27 décembre 1841, lauréat du concours Péreire, outre ses pensées1, a publié chez Alcan : Une éducation intellectuelle (1877) : Journal d'un philosophe (1887) ; La Morale dans le drame (3e édit., 1906) : Psychologie du peintre (1902) ; Mémoire et Imagination (2e édit., 1904) ; Les croyances de demain (1898) ; Le sentiment religieux en France (1903) ; Art et psychologie individuelle (1906) ; Dix années de philosophie (1901) ; et chez Giard et Brière : Génie individuel et contrainte sociale (1912).

— La meilleure raison de préférer est toujours que l'on préfère.

— Plus son art est futile, plus l'artiste en tire vanité.

— Rester naïf, c'est plus qu'on ne croit, un signe de force.

— Le plaisir des yeux est cruel toute la vie.

— Souvent, parmi nos motifs diction, il en est un plus puissant que tous les autres : c'est celui qu'on ne dit pas.

1. Lucien Arréat. Réflexions et maximes. Paris, Félix Alcan 1911.

i \ il \si'r in \\<; use .'{ i*>

— Plus d'une fois, la secrète indifférence prend le vêtement d'un chaud discours.

— Rien n'est tragique avec les petites âmes. La tragédie ne vient pas de l'événement, mais du héros.

— Rien ne crie l'ennui de l'homme comme ses plaisirs.

— Si je me mêle à la vie, j'en exagère l'importance ; et, si je m'en éloigne, l'insignifiance.

— La mélancolie des jeunes gens n'est que l'appétit du bonheur ; celle des vieillards en est le regret.

— Les grands hommes commencent à vivre quand ils meurent.

— La source de toute poésie, c'est le sentiment profond de ce qui est inexprimable.

— « La pédagogie ! disait confîdemment Taine,une des plus grosses sottises de ce temps, mais, ajoutait-il, ne le disons pas trop haut, il y a tant de gens qui en vivent.»

— Combien d'hommes se dispensent d'un devoir par une grimace ?

— Les religions sont l'expression de la détresse humaine : là surtout est leur vérité et leur force.

— Pour notre doctrine, pour notre parti, souhaitons le succès, jamais le triomphe 1

— Si le vote universel existait dans la république des plantes, les orties en banniraient les roses et les lis.

— On ne se lasse pas de changer les institutions, ne pouvant changer les hommes,

— L'émotion fait que je pense ; mais elle trouble sans cesse ma pensée.

Page 1