Chamfort, Maximes générales
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hommes qui ont possédé à fond l'expérience et médité longuement les leçons de la vie.
Elles confirment le plus souvent la belle théorie élaborée par M. Jules de Gaultier en nous montrant la tendance générale de l'homme « à se concevoir autre qu'il n'est », meilleur, quand il s'agit de lui-même, pire, quand il s'agit d'autrui. Elles apportent la plus éclatante vérification à la conception maîtresse de La Rochefoucauld, « maître de tous les moralistes ■ » établissant que l'homme est possédé de l'amour de soi et que ce sentiment est le principe de tous ses actes et de toutes ses pensées. Encore, La Rochefoucauld a-t-il flatté l'homme dont on pourrait dire bien souvent qu'il obéit davantage à la simple vanité qu' a l'amour-propre.
Enfin, constatation dernière, les maximes, sagesse condensée et stylisée, ne modifient, en général, en rien la conduite de leurs lecteurs. Meliora videntes, détériora sequuntur ! Est-ce parce que, comme l'insinue La Rochefoucauld « nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre raison? » ou bien, comme l'indiquait malicieusement Mme de Grignan, parce « nous n'avons pas assez de raison pour employer toute notre force » ? Peu importe : cette contradiction même ne constitue pas une objection dirimante. Dès 1840, Sainte Beuve 2 constata : « La Rochefoucauld dit : « On pardonne tant que l'on aime. » On pourrait dire aussi bien : « On ne pardonne pas, tant que l'on aime. » Hermione s'écrie :
« Ah î je l'ai trop aimé pour ne point le haïr ! » Au reste cette contradiction possible à l'égard des maximes en
1. Jules de GauLtier, Notes sur le cynisme. Mercure de France I-IX 1909. /