GUI DU FAUR DE PIBRAG
Gui du Faur de Pibrac naquit à Toulouse, en 1528. Il étudia le droit, voyagea en Italie où il connut le célèbre juriste Alciat. Nommé conseiller au Parlement toulousain, puis juge-mage, il fut député par le Tiers-Etat du Languedoc à l'assemblée d'Orléans. En 1562, il représenta Charles IX au Concile de Trente. En 1567, il est nommé conseiller d'Etat. Henri III, dont il avait été le chancelier en Pologne, le fit président à mortier. Il mourut le 12 mai 1584 et fut enterré aux Grands-Augustins. En 1574, il avait publié ses quatrains moraux » « dont le succès devinl si éclatant qu'il provoqua les imitations* ».
Ce que tu vois de l'homme n'est pas l'homme ;
C'est la prison où il est enferré ;
C'est le tombeau où il est enserré,
Le lit branlant où il dort un court somme.
1. Cinquante quatrains contenant préceptes et enseignements utiles pour la vie de l'homme composés à l'imitation de Phocylide, d'Epicharmus et autres anciens poètes grecs par le S. de Pib. A Paris, chez Gilles Gorbin, 1574, in-8°. La suite des Quatrains fut donnée en 1575 par Frédéric Morel et l'édition complète des 126 pièces parut en 1576. La meilleure réédition est celle de M. Jules Claretie : Les Quatrains de Pibrac suivis de ses autres Poésies. Paris, A. Lemerre, 1874, in-12.
2. Henri la Maynardière. Poètes chrétiens du XVP siècle, Paris, Bloud, 1908.
•iO LA PENSÉE FRANÇAISE
Recognoy donc, homme, ton origine, Et brave et haut dédaigne ces bas lieux, Puis que fleurir tu dois là haut es cieux Et que tu es une plante divine.
L'oiseleur caut se sert du doulx ramage Des oysillons et contrefait leur chant : Ainsi, pour mieux décevoir le meschant, Des gens de bien imite le langage.
Aie de toy plus que des autres honte, Nul plus que toy par toy n'est offensé : Tu dois premier, si bien y as pensé, Rendre de toy, à toy-même le compte.
Plus n'embrasser que l'on ne peut estraindre ; Aux grands honneurs convoiteux n'aspirer ; User des biens et ne les désirer ; Ne souhaiter la mort et ne la craindre.
Haïr le vray, se feindre en toutes choses ; Sonder le simple, afin de l'attraper ; Braver le faible et sur l'absent draper, Sont de la Cour les œillets et les roses.
Ne voise au bal qui n'aymera la danse, Ny au banquet qui ne voudra manger, Ny sur la mer qui craindra le danger, Ny à la Cour qui dira ce qu'il pense.
Il est permis souhaiter un bon Prince ; Mais, tel qu'il est, il le convient porter : Car il vaut mieux un tyran supporter Que de troubler la paix de sa Province.
LA PENSÉE 1 ttANÇ \l>r \ I
L'homme se plaint de sa trop courte vie, Et cependant n'employé où il devrait Le temps qu'il a qui suffir luy pourrait, Si pour bien vivre avait de vivre envie.
FAVRE l (1557-1624)
Favre, Faber (Antoine), célèbre jurisconsulte, né en 1557 à Bourg fut successivement juge-mage de Bresse, sénateur, premier président du Sénat de Savoie et enfin gouverneur de Savoie et de tous les pays en-deçà des monts. Il mourut en 1624 à Chambéry.
Ses principaux ouvrages juridiques ont été recueillis à Lyon (1658-1661). Il a écrit également une tragédie les Gordians et Maximin, en 5 actes et en vers (1589), et Centuries de quatrains moraux dédiées à Mlle Marguerite, princesse de ■Savoie (1601).
A ton ami qu'auras su bien élire Ne crains d'ouvrir le secret de ton cœur. Mais, pour jamais n'offenser son honneur, Grains de penser ce qu'il doive redire.
A quoi te sert tant de vaines louanges ? Après ta mort tu ne les sentiras :
Garde plutôt que là où tu seras, Tu ne sois ri du diable et de ses anges !
1. Les quatrains du Président Favre. A Amsterdam, chez Jacques X>esbordes. MDGGXXXV.
i \ riNsi'i fbauçaisi 13
Rien ne te sert de pleurer tes misères, Qu'à faire voir que tu n'as point de cœur : Veux-tu tirer profit de ta douleur?
Lave un péché de tes larmes amères.
Ne dis jamais : tel m'a fait misérable. Autre que toi ne peut [tej faire mal : De ton bonheur es-tu si libéral Qu'au gré d'autrui tu le rendes perdable ?
l..\ PENSÉE FRANÇAISE