‹ La pensée françaiseChapitre 21 sur 155 · PIERRE MATTHIEU · texte numérisé non relu

PIERRE MATTHIEU

Pierre Malihieu naquit à Salins, le 10 décembre 1563. Successivement principal du collège de Verceil, en Piémont, avocat à Lyon, conseiller du roi et historiographe à Paris, il fut surtout poète et auteur dramatique. A ce titre, il composa d'insupportables tragédies, Clytemnestre, Histoire tragique (THester, etc. Il écrivit une Guisiade non moins ennuyeuse. Henri IV le pensionna. Il suivit Louis XIII au siège de Montauban. Atteint par la maladie qui décimait le camp royal, il se fit transporter à Toulouse où il mourut le 12 octobre 1621.

Ses quatrains moraux l, non dépourvus de valeur, renferment deux cents pièces qui furent réimprimées plus tard avec celles de Pibrac.

Rien n'est loyal ; le frère à son germain est traistre ; Un phantosme est la foy qui les sots entretient ; L'amy trahit Famy, le serviteur son maistre, Et le lierre abbat le mur qui le soustient.

Ceste vie est un arbre et les fruicts sont les hommes ; L'un tombe de soy mesme et l'autre est abattu : Il se despouille enfin de feuilles et de pommes, Avec le mesme tems qui l'en a revestu.

1. Tablettes de la vie et de la mort. On les vend à Lyon chez Pierre Rigaud, 1610, petit in-12 à l'italienne. (Un exemplaire à la Bibliothèque de F Arsenal : B. L. Réserve, 8060.)

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La vie que tu vois n'est qu'une comédie, Où l'un fait le César et l'autre l'Arlequin ; Mais la mort la linit toujours en tragédie, Et ne distingue point l'Empereur du faquin.

Si du cours de tes ans tu retranches la somme Des soucis et ce feu qui brusle peu à peu, Ce qu'en prend un amy et ta femme en consomme, Les douleurs, les procez, il t'en reste bien peu.

Il tarde au Pèlerin d'achever son voyage ; Le marinier voudrait n'estre plus sur les eaux ; Tout ouvrier s'esjouit au bout de son ouvrage ; L'homme pleure approchant de la fin de ses maux.

D'un éternel repos la fatigue est suivie ; La servitude aura une ample liberté, Où se couche la mort, là se lève la vie, Et où le tems n'est plus, là est l'éternité.

Ne perds pour l'amy mort le manger ni le somme ; Telle douleur ne doit l'entendement partir ; Qui plaint un homme mort se plaint qu'il estait homme Et qu'entrant dans la vie, il promit d'en sortir.

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