LE GUEZ DE BALZAC
Il naquit à Angoulême, en 1594. Après avoir terminé ses études chez les jésuites, il se rendit à Leyde, auprès du professeur Dominique Baudius, et composa pendant son séjour en cette ville un Discours politique sur Vétat des Provinces des Pays-Bas.
De retour à Angoulême, Balzac s'attacha particulièrement à Louis de Nogaret, alors archevêque de Toulouse, et plus tard cardinal de La Valette. Ce fut sous la conduite de ce dernier qu'il prit part, en 1618, à l'entreprise d'Amadis, dont le but était la délivrance de la reine-mère, Marie de Médicis, emprisonnée dans le château de Blois. En 1621, il alla à Rome, comme agent du cardinal. C'est de cette ville qu'il commença à écrire les lettres qui devaient le rendre célèbre *.
En 1631, il publia Le Prince, qui n'eut qu'un faible succès, et fut violemment censuré par l'abbé de Saint-Germain, Mathieu de Morgues.
Balzac se retira alors dans sa propriété des bords de Charente, où il passa le reste de ses jours. Il fît paraître, en 1652, le Socrate Chrétien, sorte de dissertation érudite et pompeuse sur l'excellence de la morale et de la religion. Après sa mort (1654), on publia quelques ouvrages qui ajoutèrent encore à sa renommée : Entretiens (1657), Arislippe (1658).
Il a laissé également un nombre considérable de vers latins, Carminum libri très (1650), et une satire, Le Barbon (1648).
1. Œuvres de J.-L. le Guez, sieur de Balzac, publiées sur les anciennes éditions par L. Moreau. Paris. Lecoffre, 1854.
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— Puisque nous durons si peu, il n'est pas raisonnable que nos passions soient immortelles, ni que ceux-là se soûlent de la vengeance à qui Dieu en a défendu aussi bien l'usage que l'excès. C'est une chose qu'il s'est réservée toute pour soi, et à cause qu'il n'y a que lui seul qui sache bien user de cette partie de la justice, il ne l'a pas voulu mettre entre les mains des hommes, non plus que la foudre et les tempêtes. Arrêtons-nous donc dans nos premiers mouvements, car c'est déjà trop d'avoir commencé.
— Je n'ai garde de m'offenser contre un homme qui me flatte, et en l'amour que je porte à moi-même je souffrirai toujours un rival avec contentement.
— Les sots sont beaucoup plus injustes que les méchants.
— La gratitude est la plus belle vertu des pauvres.
— Les sages ne font que goûter l'erreur de laquelle le peuple s'enivre. Ils ne s'enfoncent pas dans les mauvaises opinions, ils passent légèrement dessus.
— L'innocence même se rend coupable lorsqu'elle attire la persécution.
— Les petites affaires sont plus fâcheuses que les grandes. Un coup d'épée ne fait point tant de mal que cent piqûres d'épingles, et les Arabes disent qu'il y a meilleur gain d'être dévoré par un lion que d'être mangé des mouches.
— Il n'y a que Dieu qui puisse parler de Dieu, parce qu'il n'y a que Dieu qui connaisse Dieu. Tout ce que les hommes en disent d'eux-mêmes, n'est que bégaiement, qu'incongruité, que solécisme en la langue et en la science du ciel.
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— Comme il y a des fous furieux et qui sont habillés en sages, il y a aussi des sottises sentencieuses et qui ont l'apparence d'aphorismes. Le monde se laisse piper le plus souvent à ce faux éclat, et je ne sais si, pour n'être point du monde pipé, il suffît d'être de l'Académie.
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