‹ La pensée françaiseChapitre 23 sur 155 · LA MARQUISE DE SABLÉ · texte numérisé non relu

LA MARQUISE DE SABLÉ

Madeleine de Souvré, fille du maréchal de Souvré, gouverneur de Louis XIII, épousa, à l'Age de seize ans, le marquis de Sablé. Pendant la première partie de son existence, aile mena une vie assez aventureuse. Dans ses salons se réunissait l'élite de la société et l'occupation favorite était de faire des maximes. Une pensée était proposée par l'un des habitués, formulée de diverses manières, retouchée, polie, aiguisée et enfin revêtue de sa forme définitive. Les Maximes 1 de Mme de Sablé étaient très goûtées dans ce cercle et il en est souvent question dans les correspondances de ses amis, notamment dans les Lettres de Mme de la Fayette.

« Toute la littérature des maximes et des pensées, dit M. Cousin, est sortie du salon de cette femme aimable, retirée dans le coin d'un couvent, qui, n'ayant plus d'autre plaisir que celui de revenir sur elle-même, sur ce qu'elle avait vu et senti, sut donner ses goûts à sa société dans laquelle se rencontra par hasard un homme de beaucoup d'esprit qui avait en lui l'étoffe d'un grand écrivain. »

On présume, en effet, qu'une bonne partie des Maximes de la Rochefoucauld virent le jour dans le salon de Mme de Sablé.

Mme de Sablé mourut à Port-Royal, en 1678.

La même année, l'abbé d'Ailly publiait les Maximes de

1. Maximes de M*' la Marquise de Sablé. A Paris, chez Sébastien Mabre Cramoisy. Imprimerie du Roy, rue Saint-Jacques-aux-Cigognes, 1678.

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il/"" la Marquise de S&blé, « moins peut-être, dit Jouaust (qui, en 1870, les réédita fort bellemenl d'après l'édition originale), pour rendre hommage à une ancienne amie que pour glisser les siennes à la suite de celles de la marquise ». Les Maximes de M""' de Sablé ont été aussi réimprimées à la suite d'une édition des Maximes de la Rochefoucauld publiée à Amsterdam en 1712.

— Il est quelquefois bien utile de feindre que Ton est trompé : car, lorsqu'on fait voir à un homme artificieux qu'on reconnaît ses artifices, on lui donne sujet de les augmenter.

— Etre trop mécontent de soi est une faiblesse. Etre trop content de soi est une sottise.

— Les esprits médiocres, mais mal faits, surtout les demi-savants, sont les plus sujets à Fopiniâtreté. Il n'y a que les âmes fortes qni sachent se dédire et abandonner un mauvais parti.

— Les richesses n'apprennent pas à ne point se passionner pour les richesses. La possession de beaucoup de biens ne donne pas le repos qu'il y a de n'en point désirer.

— On aime tellement toutes les choses nouvelles et les choses extraordinaires qu'on a même quelque plaisir secret par la vue des plus tristes et des plus terribles événements à cause de leur nouveauté et de la malignité naturelle qui est en nous.

— On loue quelquefois les choses passées pour blâmer les présentes et, pour mépriser ce qui est, on estime ce qui n'est plus.

— Savoir bien découvrir l'intérieur d'autrui et cacher le sien est une grande marque de supériorité d'esprit.

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— On se rend quasi toujours maître de ceux que Ton connaît bien parce que celui qui est parfaitement connu est en quelque façon soumis à celui qui le connaît.

— 11 ne faut pas regarder quel bien nous fait un ami, mais seulement le désir qu'il a de nous en faire.

— Il se cache toujours assez d'amour-propre sous la plus grande dévotion pour mettre des bornes à la charité.

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