ABBÉ D'AILLY
« Précepteur des enfants de Mme de Longueville, a dit de lui V. Cousin, ecclésiastique mondain, attentif à faire sa cour à la marquise en flattant ses goûts parce qu'elle était toutepuissante sur la princesse. C'est d'Ailly qui, après la mort de Mme de Sablé, s'empressa de recueillir et de mettre au jour les maximes qu'elle avait laissées *, avec un éloge de l'aimable auteur et en ayant bien soin d'y joindre ses propres pensées. Il s'en excuse dans un petit avant-propos, parce que, dit-il, « ces pensées sont d'un de ses amis particuliers et que « c'est elle en quelque façon qui les a fait naître ».
En 1697, d'Ailly, chanoine de Lisieux, donnait une nouvelle édition de ses pensées, mises en vers 2, et l'avertissement du libraire s'exprimait ainsi: « Ces pensées, qui furent d'abord bien reçues, ont été depuis fort goûtées par des personnes très intelligentes ; et c'est ce qui a engagé l'auteur, qui n'est rien moins que ce qui s'appelle auteur, à les revoir, à les augmenter et à leur donner une forme toute nouvelle. Car, étant l'année passée à la campagne durant les beaux jours, il se fit un amusement et un plaisir de mettre en vers tous ses sentiments sur ce qui se passe dans la société civile.
« Comme il a beaucoup de discernement et de pénétration, avec un grand usage du monde; que toute sa vie il a étudié le cœur humain ; qu'il a même du goût pour la poésie et de la facilité à faire des vers sans se piquer d'être poète, il n'a pas manqué de réussir dans son entreprise ; et pour peu
1. Maximes de M106 la, marquise de Sablé et Pensées diverses de M. L. D. Paris, 1678, in-12 (Sébastien Mabre Cramoisy, éditeur).
2. Sentiments et Maximes sur ce qui se passe dans la Société civile, Sans nom d'auteur. Paris, 1697.
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qu'on y rqg&nde de près on verra qu'il a trouvé le secret de renfermer eu chaque quatrain presque j>1 us de choses que
de mois. »
A la vérité, il ne semble pas que les maximes de l'abbé d'Ailly aient beaucoup gagné à être mises en quatrains, même, et surtout, à y regarder de près.
— L'amour-propre fait tous les vices et toutes les vertus morales, selon qu'il est bien ou mal entendu.
— Ceux qui se donnent mille peines, et essuient mille périls pour étendre leur réputation après leur mort aux siècles à venir, sont, ce me semble, bien chimériques : toute cette gloire, à laquelle ils ne donnent point de bornes, se termine toutefois à leur imagination, qui leur représente comme présents des honneurs futurs dont ils ne jouiront jamais.
— Presque tous les maîtres disent que tous les valets sont fripons et des ennemis domestiques : si les valets devenaient les maîtres, ils diraient la même chose. C'est que bien souvent c'est la fortune et non pas les sentiments qui les distingue.
— On ne se soucie pas tant d'avoir raison, que l'on se soucie de faire croire qu'on a raison : c'est ce qui fait que l'on soutient son opinion avec opiniâtreté, après même qu'on a reconnu qu'elle est fausse.
— Le dernier degré de la perfection de l'esprit humain est de bien connaître sa faiblesse, sa vanité et sa misère : moins on a d'esprit et plus on s'éloigne de cette connaissance.
— Il est très rare que la raison guérisse les passions ; une passion se guérit par une autre. La raison se met souvent du côté du plus fort ; il n'y a point de violente passion qui n'ait la raison pour s'autoriser.
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— Cet amour purement dans l'esprit que quelques personnes s'imaginent est une illusion et une chimère ; le corps y a beaucoup plus de part que l'esprit.
— Le secret de plaire dans les conversations est de ne pas trop expliquer les choses, les dire à demi, et les laisser un peu deviner : c'est une marque de la bonne opinion qu'on a des autres, et rien ne flatte tant leur amour-propre.
— Le dernier point de la sagesse est de connaître qu'on n'en a point.
— La plupart des héros sont comme de certains tableaux ; pour les estimer, il ne faut pas les regarder de trop près.
— La femme à qui le temps a ravi la beauté, Qui voit en cheveux gris changer sa tresse blonde, Pour faire encore quelque bruit dans le monde Est dévote par vanité.
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