‹ La pensée françaiseChapitre 28 sur 155 · LA ROCHEFOUCAULD · texte numérisé non relu

LA ROCHEFOUCAULD

François VI, duc de La Rochefoucauld, fils de François V, premier duc de la Rochefoucauld et neveu du cardinal, naquit en 1613. Il participa aux intrigues de la Cour vers la fin du ministère de Richelieu et pendant la minorité de Louis XIV. Il joua un rôle actif dans les luttes de la Fronde où l'engagea à corps et à cœur perdus sa liaison avec la duchesse de Longueville, en l'honneur de qui il avait emprunté au poète Duryer cette devise :

Pour mériter son cœur, pour plaire à ses beaux yeux, J'ai fait la guerre aux rois ; je l'aurais faite aux Dieux !

Rentré dans la vie privée, La Rochefoucauld mena une vie mondaine et intellectuelle et eut comme amies dévouées Mmes de la Fayette et de Sévigné. C'est alors qu'il composa ses Mémoires et ses admirables Maximes, l'incontestable chef-d'œuvre du genre. Il mourut à Paris, en 1680.

Ses Mémoires, publiés pour la première fois en 1662, sous le titre de Mémoires de la Régence d'Anne d'Autriche, ont été réimprimés plusieurs fois. Ses Réflexions ou Sentences et Maximes morales, imprimées d'abord en 1665, ont été commentées, revues, mises en ordre par Amelot de la Houssaye, en 1714, par de la Roche, en 1737, par Suard, en 1778, par l'abbé Brotier, en 1789, par Fortia d'Lrban, en 1796, par Aimé Martin, en 1822, etc.

— L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.

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— L'amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde.

— La passion fait souvent un fou du plus habile homme et rend souvent les plus sots habiles.

— La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne à leur humeur.

— Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui.

— Il faut de plus grandes vertus pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise.

— Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.

— Nous promettons selon nos espérances et nous tenons selon nos craintes.

— On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on s'imagine.

— Il n'y a guère de gens qui ne soient honteux de s'être aimés quand ils ne s'aiment plus.

— Il est du véritable amour comme de l'apparition des esprits ; tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.

— Notre défiance justifie la tromperie d'autrui.

— Tout le monde se plaint de sa mémoire, mais personne ne se plaint de son jugement.

— Chacun dit du bien de son cœur et personne n'ose en dire de son esprit.

— On ne donne rien si libéralement que ses conseils.

— Il y a de bons mariages, mais il n'y en a point de délicieux.

— On fait souvent du bien pour pouvoir impunément faire du mal.

— Si nous résistons à nos passions, c'est plus par leur faiblesse que par notre force.

— Le vrai moyen d'être trompé, c'est de se croire plus fin que les autres.

— Le moindre défaut des femmes qui se sont abandonnées à faire l'amour, c'est de faire l'amour.

— On aime mieux dire du mal de soi-même que de n'en point parler.

— Un homme d'esprit serait souvent bien embarrassé sans la compagnie des sots.

— On ne loue d'ordinaire que pour être loué.

— Les vertus se perdent dans l'intérêt comme les fleuves se perdent dans la mer.

— Il y a des héros en mal comme en bien.

— Le désir de paraître habile empêche souvent de le devenir.

— L'honnêteté des femmes est souvent l'amour de Leur réputation et de leur repos.

— L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu.

— C'est une grande folie de vouloir être sage tout seul.

— Il est impossible d'aimer une seconde fois ce qu'on a véritablement cessé d'aimer.

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— Le mérite des hommes a sa saison aussi bien que les fruits.

— On ne trouve guère d'ingrats tant qu'on est en état de faire du bien.

— Il y a dans la jalousie plus d'amour-propre que d'amour.

— On pardonne tant que Ton aime.

— Il y a peu de femmes dont le mérite dure plus que la beauté.

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