SAINT-EVREMOND
Charles Marguetel de Saint-Denis, seigneur de Saint-Evremond, né en 1613, près de Goutances, fut homme de cour, écrivain spirituel, quelquefois profond, et jouit, pendant sa vie, d'une réputation extraordinaire due autant à sa conversation brillante et caustique qu'au propre mérite de ses Opuscules qui ne furent jamais imprimés de son aveu. Disgracié à la suite d'une lettre satirique sur la paix des Pyrénées, pour éviter la Bastille, il s'exila en Angleterre en 1662 et y resta jusqu'à sa mort, en 1703.
Il brilla à Londres dans les salons et il fit le charme des réunions de la duchesse de Mazarin, qui était venue partager son exil. On louait encore son esprit lorsqu'il était nonagénaire.
Ses principaux écrits sont : Observations sur Salluste et sur Tacite ; Observations sur les divers génies du peuple romain ; Réflexions sur la tragédie et la comédie ; Parallèle de Condé et de Turenne, etc.
La première édition complète et authentique de ses Œuvres fut publiée à Londres (3 vol. in-4, 1705) et Deleyre, en 1761, publia l'Esprit de Saint-Evremond.
— Ayons autant d'amour qu'il en faut pour nous animer, pas assez pour troubler notre repos. Ce cœur nous a été donné pour aimer, ce qui est un mouvement agréable, non pas pour souffrir, ce qui est un sentiment douloureux.
fiS LA PENSÉE FRANÇAISE
— Les voluptueuses sentent moins leur cœur que leurs appétits ; les précieuses, pour conserver la pureté de ce cœur, aiment leurs amants tendrement sans jouissance et jouissent de leur mari solidement avec aversion.
— Les dames galantes qui se donnent à Dieu lui donnent ordinairement une âme inutile qui cherche de l'occupation et leur dévotion se peut nommer une passion nouvelle où un cœur tendre, qui croit être repentant, ne fait que changer d'objet à son amour.
— Le doute a ses heures dans le couvent, la persuasion, les siennes. 11 y a des temps où l'on pleure les plaisirs perdus, des temps où Ton pleure les péchés commis.
— La meilleure de toutes les raisons pour se résoudre à la mort c'est qu'on ne saurait l'éviter. La philosophie nous donne la force d'en dissimuler le ressentiment et ne l'ôte pas : la religion y apporte moins de confiance que de crainte.
— A juger sainement les choses, la sagesse consiste plus à nous faire vivre tranquillement qu'à nous faire mourir avec constance.
— Les belles morts fournissent de beaux discours aux vivants et peu de consolations à ceux qui meurent :
Attendant la rigueur de ce commun destin. Mortel, aime la vie, et n'en crains pas la fin.
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