CARDINAL DE RETZ
Jean-François-Paul de Gondi, cardinal de Retz, naquit à Montmirail, en 1614, de Philippe-Emmanuel de Gondi, général des Galères de France. Vincent de Paul fut son précepteur. Destiné par son père à l'Eglise, il essaya de s'y soustraire par les pires scandales, et n'y parvint point. De guerre lasse, il étudia avec application la théologie. Louis XIII, en mourant, le désigna pour la coadjutorerie de Paris. Ce choix fut ratifié par la régente. Au cours de la Fronde, Gondi qui, dit le président Hénault, « aimait l'intrigue pour intriguer », brava Mazarin, lutta contre Gondé, servit et desservit tour à tour la reine, obtint le chapeau de cardinal et finalement fut enfermé au château de Vincennes. Transféré au château de Nantes, il s'en évada, gagna l'Espagne, puis Rome, où il prit une part active au conclave qui élut le pape Alexandre VII ; il parcourut ensuite la Hollande et les Pays-Bas. Rentré en France en 1661, le cardinal de Retz fit sa paix avec la Cour, renonça à son archevêché et obtint en dédommagement l'abbaye de Saint-Denis, où il vécut vertueux, payant ses dettes qui étaient considérables. Il mourut le 24 avril 1679.
Le cardinal.de Retz laissait des Mémo ires* qui furent imprimés pour la première fois en 1717, des Lettres et la Conjuration de Fiesque qu'il avait composée à dix-huit ans et qu'il avait traduite en grande partie de l'italien de Mascardi.
1. Mémoires d'où ont été extraites les Pensées du Cardinal de Retz, introduction de M. Letourneau. Paris, Charpentier, 188S.
— La fausse gloire et la fausse modestie sont les deux écueils que la plupart de ceux qui ont écrit leur vie n'ont pu éviter.
— L'on est plus souvent dupe par la méfiance que par la confiance.
— Il est bien plus naturel à la peur de consulter que de décider.
— J'ai observé que les gens faibles ne plient jamais quand ils le doivent.
— L'esprit, dans les grandes affaires, n'est rien sans lé cœur.
— Rien ne marque tant le jugement solide d'un homme que de savoir choisir entre les grands inconvénients.
— Il y a de certains défauts qui marquent plus une bonne âme que de certaines vertus.
— Il y a de certains temps où de certaines gens ont toujours raison.
— Rien ne persuade tant les gens qui ont peu de sens que ce qu'ils n'entendent pas.
— Tout ce qui est nécessaire n'est jamais hasardeux.
— Tout ce qui est haut et audacieux est toujours justifié et même consacré par le succès.
— En fait de calomnie, tout ce qui ne nuit pas sert à celui qui est attaqué.
— Il n'y a rien de si louable que la générosité, mais il n'y a rien qui se doive moins outrer.
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— J'ai observé que la plupart des hommes ne font les grands maux que par les scrupules qu'ils ont pour les moindres.
— Toutes les circonstances extraordinaires sont d'un merveilleux poids dans les révolutions populaires.
— Les peuples sont las quelque temps devant que de s'apercevoir qu'ils le sont.
— Qui assemble un peuple l'émeut toujours.
— Ceux qui sont à la tête des grandes affaires ne trouvent pas moins d'embarras dans leur propre parti que dans celui de leurs ennemis.
BUSSY-RABUTIN l
Roger deRabutin, comte de Bussy, cousin de Mme de Sévigné, naquit à Epiry (Nièvre) en 1618 et mourut à Autun en 1693. 11 était lieutenant général et mestre de camp de la cavalerie quand son Histoire amoureuse des Gaules brisa sa fortune. Il fut mis à la Bastille puis exilé longtemps dans ses terres.
Aimez, mais d'un amour couvert Qui ne soit jamais sans mystère.
Ce n'est pas l'amour qui vous perd, C'est la manière de le faire.
Quand vous aimez passablement On vous accuse de folie, Quand vous aimez infiniment Iris on en parle autrement, Le seul excès vous justifie.
Les Amants sont ainsi que les Chartreux, Tout doit être commun entre eux.
1. Maximes d'amour, à la suite de l'Histoire amoureuse des Gaules.
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11 faut qu'une maîtresse honnête, Ait pour être selon mon cœur, De l'emportement tête à tête, Partout ailleurs de la pudeur, Que les apparences soient belles Car on ne juge que par elles.
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JEAN BERNIEK (1G22-1G98)
Naquit à Blois, en 1622, étudia la médecine à Montpellier, exerça dans sa ville natale pendant vingt-deux ans, et vint enfin à Paris en 1674, dans l'espérance d'y faire fortune. Il mourut en cette ville le 18 mai 1698, dans un état voisin de la pauvreté, malgré le titre pompeux de Conseiller et médecin ordinaire de Madame, douairière d'Orléans. Sa mauvaise fortune le rendit chagrin et l'on trouve des traces de son humeur maussade dans toute son œuvre.
On a de lui : Histoire de Blois (Paris, 1682); Essais de médecine (Paris, 1689) ; Supplément au livre des essais de médecine (1691) ; Anti-Menagiana, où Von cherche ces bons mots, cette morale, ces pensées judicieuses et tout ce que V affiche du Menagiana nous a promis (1693) ; Jugement et nouvelles observations sur les œuvres grecques, latines, toscanes et françaises de M. François Rabelais, D. M. ou le véritable Rabelais réformé, avec la carte du Chinonois pour l'intelligence de quelques endroits du roman de cet auteur (Paris, 1697).
Les œuvres de Bernier ne brillent pas par l'exactitude et Ménage, faisant aliusion à son peu d'érudition, l'appelait Vir levis armalurœ.
— Il ne faut pas toujours une fort grande capacité pour faire quelque fortune dans la médecine ; une forte santé,
1. Réflexions, pensées et bons mots qui n'ont pas encore été donnés, par le sieur Pepinocourt. Paris, 1696, in-12.
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de la hardiesse à décider, des secrets et tout ce qu'on appelle du manège, avec un peu de bien pour se mettre sur le bon pied, mènent souvent assez loin à la Cour, à Paris, en Province.
— Comme il y a des femmes qu'on ne voit qu'à cause de leurs maris, il y a aussi de pauvres maris qu'on ne voit qu'à cause de leurs femmes.
— Une femme résolue, entreprenante, adroite est toujours le maître au logis et a toujours raison ; car si le mari est un fat, il souifre tout par force, ou, pour mieux dire, par faiblesse, et s'il a de la prudence, il tolère tout, crainte de pis.
— Le vrai moyen de chasser les femmes incommodes, c'est de dire qu'il y a de la petite vérole au logis, et celui de se défaire des hommes importuns et inutiles est de leur demander de l'argent à emprunter.
LA PIvNSl.i: KRANÇAISK