MARQUISE DE LAMBERT
Née en 1647, morte le 12 juillet 1733, Anne-Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert, était la fille d'un maître ordinaire en la Chambre des Comptes qui mourut alors que sa fille n'avait que trois ans. Restée veuve après vingt ans de mariage, elle conserva son bien à force de ténacité, malgré de longs et ennuyeux procès, où toute sa fortune était en jeu. C'est alors qu'elle établit à Paris une maison qui devint le rendez-vous de tous les gens du grand monde « la seule, dit Fontenelle, à un petit nombre d'exceptions près, qui se fût préservée de la maladie épidémique du jeu ; la seule où l'on se trouvât pour se parler raisonnablement les uns les autres, et même avec esprit, selon l'occasion ».
La marquise de Lambert ne destinait pas à la publicité les ouvrages qu'elle écrivait. On les imprima et elle se crut déshonorée, dit-on. Outre les Avis à son fils, les avis d'une mère à sa fille, et les œuvres citées ci-dessous ', on a d'elle des Discours, des Portraits et une nouvelle intitulée la Femme ermite.
« Tous les écrits que renferment les œuvres de Mmede Lambert sont remarquables par la pureté du style et de la morale, l'élévation des sentimants, la finesse des observations et des idées et, comme dit Fontenelle, par le ton aimable de vertu qui y règne partout. » (Auger.)
1. Traité de l'amitié, Traité de la vieillesse, Réflexions sur les femmes, sur le goût, sur les richesses ('Amsterdam, 1732, in-12) Réflexion! nouvelles sur les femmes, Paris, 1737, in-12.
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— Il n'y a que deux temps dans la vie où la vérité se montre utilement à nous : dans la jeunesse, pour nous instruire ; dans la vieillesse pour nous consoler. Dans le temps des passions la vérité nous abandonne.
— La plupart des jeunes gens croient toutes leurs obligations remplies dès qu'ils ont les vertus militaires, et qu'il leur est permis d'être injustes, malhonnêtes et impolis. N'étendez pas le droit de l'épée, il ne vous dispense pas des autres devoirs.
— La naissance fait moins d'honneur qu'elle n'en ordonne, et vanter sa race, c'est louer le mérite d'autrui.
— Quand on aspire à se faire une grande réputation, on est toujours dépendant de l'opinion des autres ; il est difficile d'arriver aux honneurs par les services, si les manières et les amis ne les font valoir.
— Un homme de qualité ne peut être aimable sans la libéralité.
— Les vertus des femmes sont difficiles, parce que a gloire n'aide pas à les pratiquer.
— Nous avons bien plus à nous plaindre des fausses opinions que de la fortune ; ce ne sont pas souvent les ïhoses qui nous blessent, c'est l'opinion que nous en ivons.
— Ce ne sont pas toujours les fautes qui nous perdent, ;'est la manière de se conduire après les avoir faites.
— Ce sont les qualités du cœur qui entrent dans le Commerce ; l'esprit ne lie point aux autres, et vous voyez
ouvent des gens fort haïssables avec beaucoup desprit.
— Approuvez, mais admirez rarement ; l'admiration îst le partage des sots.
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— Je crois que le goût dépend de deux choses : d'un sentiment très délicat dans le cœur et d'une grande justesse dans l'esprit.
— L'amour est le premier plaisir, la plus douce et la plus flatteuse de toutes les illusions.
— Ce qui s'appelle le terme de l'amour, c'est peu de chose pour un cœur tendre.
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