DUFRESNY
Dufresny (Charles-Rivière), petit-fils d'un valet garderobe de Louis XIII, né des amours d'Henri IV avec la belle jardinière d'Anet, fut protégé par Louis XIV. Valet de chambre de ce roi, il en reçut le privilège d'une manufacture de glaces, et, plus tard, le privilège du Mercure. Le goût des plaisirs lui fit vendre l'un et l'autre pour une rente qu'il aliéna bientôt. Son insouciance et son inconduite l'ayant réduit à la misère, il épousa sa blanchisseuse pour la payer de ce qu'il lui devait. Il mourut en 1724.
Charles-Rivière Dufresny, à la suite de la visite de l'ambassade siamoise à Versailles, écrivit les Amusements sérieux et comiques l. Il y a peu à recueillir dans cet ouvrage parce que l'auteur formule rarement ses observations en axiomes ; mais, il est très amusant à lire et c'est ce qu'il a cherché avant tout. Il a supposé, à cet effet, un voyage dans Paris, en compagnie d'un Siamois ; celui-ci l'arrête à chaque pas, comme bien on pense, et la réponse du guide est toujours spirituelle et empreinte d'une vive pénétration des ridicules du temps. Il pourrait bien avoir donné à Montesquieu l'idée des Lettres persanes.
Dufresny a laissé un certain nombre d'ouvrages de théâtre : la Noce interrompue, le Faux honnête homme ; le Faux instinct; le Jaloux honteux de Vêtre ; le Lot supposé; le Dé-
1. Amusements sérieux et comiques par Charles-Rivière Dufresny, Amsterdam, 1705.
10i LA PENSÉE FRANÇAISE
dit ; le Dénonciation normande ; Attendez-moi sous forme, etc., etc., cl aussi des Nouvelles historiques (1692).
Auger, en 1810, publia les Œuvres choisies de Dufrcsny.
— Malgré la différence des rangs, un honnête homme ressemble toujours à un honnête homme.
— La plupart des femmes sont des paons dans les promenades, quelques-unes sont des pies-grièches dans leur domestique et des colombes dans le tête-à-tête.
— On ne peut parler des femmes avec une juste modération : on en dit toujours trop ou trop peu.
— La moitié du monde prend plaisir à médire, et l'autre, à croire les médisances.
— S'il était vrai que les femmes fussent plus faibles que nous, leurs chutes devraient être plus pardonnables.
— Le pays du mariage a ceci de particulier que les étrangers ont envie de l'habiter : et les habitants naturels voudraient en être exilés.
— Dans le pays de la science, on s'égare ; Dans les palais, on se perd ;
Dans les promenades, on se retrouve ;
Et on ne se cherche plus dans le mariage ;
On avance peu à la cour ;
On va loin avec les femmes ;
Et on ne revient guère du royaume de la Faculté.
— Le jeu est une espèce de succession ouverte à tout le monde.
— Une fille qui hait Famour avant de le connaître est en danger de ne le pas haïr longtemps.
la pnrais ut ANÇAisi- 106
— Un génie marié est un génie stérile : il faut opter de laisser à la postérité ou des ouvrages d'esprit ou des enfants.
— Il faudrait au moins un siècle pour connaître un peu le monde et en revivre encore plusieurs pour savoir profiter de cette connaissance.
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