‹ La pensée françaiseChapitre 53 sur 155 · VAUVENARGUES · texte numérisé non relu

VAUVENARGUES

Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, naquit à Aixen-Provence, en 1715. Il entra dans la carrière militaire à dix-sept ans. Les fatigues qu'il supporta dans la retraite de Prague ruinèrent pour jamais sa santé et il dut quitter le service à vingt-six ans n'étant que capitaine. Il sollicita vainement du roi une place dans la diplomatie. Reveriu dans sa famille, il fut frappé de la petite vérole qui le défigura et le laissa dans un état d'infirmité grave. Il mourut précocement en 1747 âgé de trente-deux ans. Voltaire, chose rare, lui témoigna quelque affection et rendit hommage à sa mémoire dans son Eloge funèbre des officiers morts pendant la guerre de 1741.

La première édition des Œuvres de Vauvenargues parut en 1746, in-12, sous ce titre : Introduction à la connaissance de V esprit humain, suivie de réflexions et de maximes.

— La clarté orne les pensées profondes.

— On proscrirait moins de pensées d'un ouvrage si on les concevait comme l'auteur.

— Lorsqu'une pensée s'offre à nous comme une profonde découverte et que nous prenons la peine de la développer, nous trouvons souvent que c'est une vérité qui court les rues.

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— C'est un grand signe de médiocrité de louer toujours modérément.

— La prospérité fait peu d'amis.

— Personne ne veut être plaint de ses erreurs.

— La coutume fait tout jusqu'en amour.

— L'estime s'use comme l'amour.

— 11 est faux qu'on ait fait fortune lorsqu'on ne sait pas en jouir.

— 11 est difficile d'estimer quelqu'un comme il veut l'être.

— Les grandes pensées viennent du cœur.

— Personne n'est sujet à plus de fautes que ceux qui n'agissent que par réflexion.

— La pensée de la mort nous trompe car elle nous fait oublier de vivre.

— Nous querellons les malheureux pour nous dispenser de les plaindre.

— Il est des injures qu'il faut dissimuler pour ne pas compromettre son honneur.

— Nous méprisons beaucoup de choses pour ne pas nous mépriser nous-mêmes.

— Nous aimons quelquefois jusqu'aux louanges que inous ne croyons pas sincères.

— Nous nous consolons rarement des grandes humiliations ; nous les oublions.

— Les favoris de la fortune ou de la gloire, malheureux à nos yeux, ne nous détournent point de l'ambition.

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— Le sot est comme le peuple qui se croit riche de peu.

— Ce que nous appelons une pensée brillante n'est ordinairement qu'une expression captieuse qui, à l'aide d'un peu de vérité, nous impose une erreur qui nous étonne.

— Il y a point de contradictions dans la nature.

— La médiocrité d'esprit et la paresse font plus de philosophes que la réflexion.

— Le commerce est Pécole de la tromperie.

— Il n'y a rien que la crainte et l'espérance ne persuadent aux hommes.

— L'art de plaire est Fart de tromper.

— Les femmes ne peuvent comprendre qu'il y ait des hommes désintéressés à leur égard.

— On ne loue point une femme ni un auteur médiocre comme eux-mêmes se louent.

— La constance est la chimère de l'amour.

— Il ne faut pas trop craindre d'être dupe.

— Les paresseux ont toujours envie de faire quelque chose.

— Socrate savait moins que Bayle ; il y a peu de sciences utiles.

— On tourne une pensée comme un habit pour s'en servir plusieurs fois.

— Ceux qui méprisent l'homme ne sont pas de grandshommes.

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