PRÉMONTVAL
D'Alemberl écrivit dans son Essai sur les gens de lettres : « Chaque siècle, et le nôtre, surtout, aurait besoin d'un Diogène ; mais la difficulté est de trouver des gens qui aient le courage de l'être et des gens qui aient le courage de le souffrir. » En écrivant son recueil de maximes1, de Prémontvai entreprit cette tâche. Il semble s'en être assez bien acquitté. Les cent dernières pensées, c'est-à-dire un tiers du volume, ont trait à la religion.
« Avec toutes les hardiesses, dit-il, que je me suis permises en exposant des doutes considérables, je ne passe encore que pour une espèce de superstitieux parmi les impies, et, malgré ce fard de religion qui éclate dans tous mes ouvrages, pour un impie parmi... tranchons le mot..., parmi les superstitieux. Gela signifierait-il que je suis religieux à peu près comme il faut l'être? Peut-être... »
Prémontvai (André-Pierre Le Guay de) était né à Charenton, en 1716. Ses parents le destinaient à l'Eglise ou à la magistrature. Se sentant peu de dispositions pour ces deux carrières, il s'enfuit de la maison paternelle et vint à Paris où il enseigna d'abord les mathématiques avec succès. Des
1. Le Diogène de d'Alembert ou Biogène décent. Pensées libres sur l'homme et sur les principaux sujets des connaissances de l'homme, par M. de Prémontvai. Nouvelle édition revue et augmentée de plus d'un tiers. Berlin, aux dépens de S. -H. Scheinder, 1755.
L'ouvrage est précédé de cette épigraphe :
Son cœur est le flambeau où son esprit s'éclaire.
d'Arnaud.
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démêlés avec le Père Tourneraine lui firent perdre ses élèves. Grâce à Fontenelle qui lui avança quelque argent, il pul éehapper à ses créanciers ei se réfugier à Genève, en 17-44, en enlevant la fille de Jean Pigeon *, mécanicien habile à qui Ton doit une pendule remarquable qui figure encore au Conservatoire des Arts ei Métiers.
De Prémonlval gagna Baie, embrassa le protestantisme et épousa sa maîtresse. Sa femme, peu après, ayant été nommée lectrice de la princesse Wilhelmine de Prusse, il se rendit à Berlin. Il mourut dans cette ville, en 1764, après avoir l'ait partie de son Académie.
Outre son Diogène, de Prémontval a laissé : Discours sur les mathématiques, Il VA: Mémoires, 1749: Pensées sur la liberté. 1750; La Monogamie ou V Unité dans le mariage, 1751, 3 vol. in-8; Préservatifs contre la corruption de la langue française en Allemagne, Berlin, 1759-1764, 2 vol. in-8 ; L'esprit de Fontenelle, La Haye-Paris, 1744, 1753, 1767, in-12; Du hasard sous l empire de la Providence, 1754, in-8 ; plus, divers mémoires dans le recueil de l'Académie de Berlin et divers autres opuscules mathématiques, philosophiques et littéraires.
— Les hommes sont d'ordinaire si méchants et si trompeurs qu'il y aurait toujours cent degrés de probabilité de plus qu'un accusé est criminel s'il n'y en avait tout autant que celui qui l'accuse est calomniateur.
— Diogène cherchait un homme, il y a deux mille ans passés. Croit-on qu'il se mît en quête, à présent que l'espèce est mieux connue?
— Il faut se fier aux hommes comme on se fie au temps.
1. Marie- Anne- Victoire Pigeon, femme de Prémontval, née à Paris, en 1724, et morte peu après son mari, a publié la Vie de son père sous ce titre : Le Mécaniste philosophe ou Mémoires concernant la vie et les ouvrages de Jean Pigeon. La Haye, 1750, in-8.
l'M) LA PBJfBRE FRANÇAISE
— Pour bien juger de la portée de la vue d'un homme, il faut voir presque aussi loin que lui. Il faut être presque aussi savant qu'un autre pour juger de son savoir.
— La haine est le microscope des défauts ; l'amour, celui des bonnes qualités.
— Pourquoi la plupart des livres de morale ont -ils le don d'ennuyer beaucoup et de profiter si peu? C'est que tout le monde sait de bonne heure ce qu'ils renferment.
— Tel sent qu'il a de la vanité ; il se dit à lui-même qu'elle est ridicule, mal placée ; il s'en humilie, et puis il va s'enorgueillir de s'être humilié.
— L'amour de la vérité n'est que l'amour de nos opinions.
— On pourrait valoir mieux que les autres hommes et valoir très peu.
— Il y a deux sortes d'ingratitude : l'une qui consiste à ne point reconnaître les services qu'on nous a rendus ; l'autre, à n'en point accepter de ceux à qui nous avons eu le bonheur d'en rendre.
— Il en est de l'absence en amour comme de certaines liqueurs propres à fortifier l'estomac ; quelques gouttes font un effet admirable ; la quantité tue.
— Bibliothèques, boutiques d'apothicaires : beaucoup de poisons et peu de remèdes.
— Je suis bien moins ennemi des fausses opinions que des mauvaises raisons par lesquelles on les combat, ou qu'on emploie à soutenir la vérité.
LA I'i nskk FRANÇAIS! \'M