A. Bougeard. Moralistes oubliés
res (1750-1755), M"10 de Puysieux publia: le Plaisir el la volupté (1752); i Education du marquis de X... ou Mémoires de la comtesse de 'Aurlach (1755) ; Zamor el Almanzine (1755) ; Alzarac ou la nécessité d'être inconstant (1762) ; Histoire de Mi]o de Ter ville (1768) ; Mémoires d'un homme de bien (1768). La Porte clans son tome V de Y Histoire littéraire des femmes françaises a donné une analyse très détaillée des ouvrages de Mmo de Puysieux1.
— La première marque d'indifférence, c'est de ne s'en pas fâcher; la dernière, de ne plus s'en apercevoir.
— Il faut se tromper avec tout le monde plutôt que d'être sage tout seul.
— Les sots ne font point de grandes fautes ; la natur les a dédommagés de la sottise par la circonspection.
— Il ne faut rien montrer d'imparfait. Les femmes ont bien cette politique. Elles ne se laissent voir qu'après leur toilette. Celles qui y souffrent compagnie ont mis ordre à tout auparavant.
— Les femmes ne sont bonnes que pour une chose et ce n'est pas pour vivre en société.
— H y a loin du plaisir à la volupté : ils se joignent quelquefois, mais ils se sentent séparément. La volupté vient de l'âme, le plaisir vient des sens; aussi, tout le monde prend-il du plaisir, parce que tout le monde a des sens. Mais la volupté étant un sentiment délicat, dépendant de l'esprit et du goût, il y a les trois quarts du monde qui n'ont jamais senti la volupté.
— Il ne faut pas être trop aimé pour être respecté.
1. A consulter également sur Mm8 de Puysieux : La, Revue pédagogique du 15 septembre 1910.
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— En amour, la plus belle conquête à mon sens, c'est ?elle qui coûte, et la plus difficile à conserver, celle qui n'a rien coûté.
— Les femmes ne craignent pas d'être soupçonnées de plusieurs amants, et elles ne voudraient pas en avouer un.
— La constance est la seule indiscrétion qui soit excusable.
— Laissez votre fils avec les principes de religion qu'on lui aura donnés. Si, par hasard, il la conserve, tant mieux pour son salut, tant pis pour son avancement ït son esprit ; on ne fait son chemin dans le monde que par des vices que la religion ne permet pas de suivre ; cependant il faut faire son chemin.
— Méfiez-vous de l'avidité de ceux qui refusent ce qui semble leur convenir.
— On doit oublier ses sottises et jamais celles des lutres. Pour les siennes, il est inutile de se les rappe- -er ; et Ton trouve dans celles des autres de quoi se :orriger.
— Quand les hommes croient changer de conduite, ils îe font que changer de tempérament.
— J'aime mieux une erreur qui fait mon bonheur ju'une évidence qui me désespère.
— L'art est une coquetterie du goût qui réveille l'atention ; mais il en faut si peu que rien, pas plus qu'à ine belle femme pour conserver un amant qu'elle aimeait beaucoup.
— On peut rire de rien, mais il faut pleurer de quelpie chose.
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— Les hommes se devraient garder de jouer avec les femmes pour deux raisons : la première qu'on n'ignore pas et qu'on peut dire, c'est qu'elles jouent mal ; la seconde, qu'on n'ignore pas davantage, mais que l'on ne j dit point, c'est qu'elles sont friponnes.
— Une femme dit qu'un homme est ingrat. On entend à merveille qu'elle Ta mis à portée de l'être. Les femmes françaises n'ont qu'un parti à prendre : c'est d'oublier leurs bontés, ou, si elles y tiennent, de s'en venger secrètement, en disant publiquement du bien de celui qu'intérieurement elles voudraient accabler.
— Tous les hommes sont nés pour être utiles et ils le sont tous quand ils veulent ; il n'y en a pas un qui ne soit propre à quelque chose.
— Il y a plus d'habileté à se tirer bien d'une aventure délicate qu'à l'entreprendre : presque tous les commencements sont beaux, les milieux fatigants et les fins pitoyables.
— L'essentiel de la société est de se rendre nécessaire et de l'être.
— Il faut voir les malheureux pour les consoler ou pour les obliger ; mais il ne faut pas être de moitié avec eux dans leurs affaires. Le malheur est une contagion qui se communique.
— Est-il possible que notre bonheur dépende d'une fleur aussi facile à faner que la beauté ? Mais, les femmes d'esprit comme les autres n'entendent pas raison là-dessus, malgré tout ce qui leur reste pour les consoler. L'expérience nous apprend que les hommes ne sacrifient qu'à la beauté et à la jeunesse et nous voulons des sacrifices !
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— Il n'est de bonheur que pour les coquettes.
— Les âmes tendres ne sont pas faites pour être libres.
— Les grandes joies sont indiscrètes.
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l,A PENSEE FRANÇAISE
MADAME D'ARCONVILLE
Le recueil des maximes de Mme d'Arconville * parut en 1760 ; l'auteur, femme de Thiroux d'Arconville, conseiller au Parlement, avait quarante ans. Puis vint le Traité de Vamitié, puis celui des Passions, deux ouvrages qui bientôt furent imprimés sous le titre d'CEuvres morales de M. Diderot.
« Peu de vies, dit Alfred Bougeard* furent aussi laborieusement remplies que celle de cet écrivain : des romans, de nombreuses traductions d'ouvrages anglais, des histoires, un discours sur l'amour-propre qui fut prononcé à l'Académie des sciences de Prusse et ne manqua pas d'être attribué à Frédéric II ; enfin, des traités de chimie et d'ostéologie... »
Mme d'Arconville mourut en 1805, à quatre-vingt-cinq ans.
Marguerite-Geneviève-Charlotte Thiroux d'Arconville, née d'Arlies, naquit à Paris en 1720. Elle avait renoncé de bonne heure à tous les agréments du monde pour se livrer à l'étude des sciences. Elle s'occupa successivement d'histoire, de physique, de chimie, d'histoire naturelle et même de médecine, suivit les cours du Jardin du Roi, et rechercha la société des hommes les plus instruits de son temps.
Enfermée à Picpus pendant la Terreur, ruinée par le ré-
1. Pensées et réflexions morales sur divers sujets par l'auteur du Traité de l'amitié et de celui des Passions. Nouvelle édition revue et augmentée. A La Haye et se trouve à Paris, chez Lacombe, libraire, quai de Conty, 1766. Avec cette épigraphe :
Quid verum atque decens euro et rogo et omnis in hoc summ
Horatius.