Alfred Bougeard. Les Moralistes oubliés
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— Il n'y a pas de faculté plus rare que de croire aux vertus dont on est privé.
— Quand on se trouve homme, on se trouve seul.
— Quand on tient sa parole, on en est économe.
— Il faut que la franchise soit une qualité bien séduisante car ce sont souvent ceux qui la possèdent le moins qui l'affectent le plus.
— Il y a des gens qui ne sont braves que de la lâcheté des autres.
— Il n'est pas strictement nécessaire d'être sot pour en remplir les fonctions.
— La générosité n'a pas besoin de salaire, elle se paie par ses mains.
— Les hommes usent encore plus vite leur vie qu'ils ne sont usés par elle.
— Il est fort difficile de savoir que faire en ce monde. M on dort, on ne vit pas, si on veille, on vit mal.
— A moins qu'on ne soit fou d'une femme, je ne omprendrai jamais qu'on ne le soit pas de toutes.
— A seize ans, une femme en fait plus par sa seule ue qu'à un autre âge par toutes ses séductions.
— Qui sait aimer ne sait point mourir.
— On a beau être entouré de délateurs, on n'en a pas po e meilleur que soi-même.
— On ne sait rien sans Dieu, on sait encore moins vec lui.
— Ce qu'on a de mieux à faire quand on a un cœur, est de n'avoir pas d'esprit.
196 LA PENSÉE FRANÇAI8E
SANIAL-DUBAY
Joseph Sanial-Dubay a écrit 1.264 pensées l. C'est peu être beaucoup. Né au Cheylard (Ardèche), vers 1754, il moi rut à Paris, le 2 juillet 1817. 11 a publié deux éditions c ses Pensées. La seconde parut en 1815, augmentée d< maximes « qui n'avaient pas pu, dit-il, dans sa préface, p; raître sous le règne de la tyrannie ».
— Quelque satisfaits que nous soyons de nous-même: nous ne saurions nous en contenter et la bonne opinio cTautrui nous flatte plus que la nôtre.
— La finesse est une qualité dans l'esprit et un vie dans le caractère.
— Les qualités des hommes ne vont guère mieux au femmes que leurs défauts.
— Les hommes n'aiment pas toujours ce qu'ils est ment ; les femmes n'estiment que ce qu'elles aiment.
1. Pensées sur l'homme, le monde et les mœurs, par J. Sani Dubay. De l'imprimerie de Brasseur aîné. A Paris, chez Le Norma imprimeur-libraire, rue de Seine, 8 ; chez Delaunay, libraire, Pale Royal, galerie de Bois, et chez l'auteur, rue de Ghoiseul, 6; 1813.
Avec cette épigraphe :
Dédit hoc Providentia hominibus munus ut honesta magis juvart
Quintilibn.
I \ Il \-l I FRANC \l-i
— La femme n'entend et ne sert jamais plus ma] ses Intérêts que lorsqu'elle veut être plus que femme.
— On rend volontiers l'amour responsable de l'abus qu'on en fait.
— Il en est des maximes comme des lois; la multipliai ié en prouve moins la pratique que la violation.
— Si celui qui vise à la singularité ne l'atteint pas toujours, il est au moins assuré d'attraper le ridicule.
— L'air qu'on veut se donner ne vaut pas celui qu'on veut quitter.
— On ne refuse pas la pitié aux malheureux pourvu qu'ils n'en demandent pas davantage.
— Si les sots ne sont pas modestes, ce n'est pas leur aute ; ils n'ont pas de quoi l'être.
— Pour se dispenser de reconnaître le mérite d'une iction, on ne manque pas de la mettre sur le compte du levoir.
— Les plaisirs sont comme les aliments : les plus impies sont ceux dont on se dégoûte le moins.
Il est plus difficile d'entretenir l'admiration que de * faire naître.
Par une injustice d'opinion, ce n'est qu'à la beauté u'on tient compte de la chasteté.
— On aime mieux l'esprit chez soi et le bon cœur hez les autres.
— On peut se donner des airs, jamais de la dignité.
— L'autorité de la mode est tellement absolue qu'elle j'^jous force à être ridicules sous peine de le paraître.
— Il en est du commerce des coquettes comme de la aifcture des romans, à laquelle on ne laisse pas de se
vrer, tout prévenu que l'on est que ce n'est que fiction.
I9K LA PENSÉE RLUtÇAISE