DE BONALD
Louis-Gabriel-Ambroise, vicomte de Bonald, naquiten 1754. Président de l'administration centrale de son département en 1790, il émigra en 1791. Il lit partie quelque temps de l'armée de Condé, puis se retira à Heidelberg d'abord, puis à Constance, où il publia, en 1756, La Théorie du pouvoir politique et religieux dans la société civile démontrée par le raisonnement et par Vhistoire (par M. de B... gentilhomme Irançais). Revenu en France sous le nom de Saint-Sèverin, il passa à Paris les dernières années du Directoire. En 1808, il fut nommé conseiller titulaire de l'Université, en 1815, député de l'Aveyron. Membre de l'Académie en 1816, pair de France, en 1823, il abandonna la vie politique en 1830 et mourut en 1840.
Outre des Pensées sur divers sujets l et sa Théorie du pouvoir politique, il écrivit un Essai analytique sur les lois naturelles de l'ordre social, essai refondu dans La Législation primitive (1801), un Traité du divorce, et une Théorie du pouvoir social. L'abbé Migne publia ses Œuvres complètes en 3 volumes, en 1859.
Dans Y avertissement précédant le recueil de ses Pensées, M. de Bonald déclara : « J'ai écrit ces pensées comme elles se sont présentées à mon esprit : je les publie dans le même ordre, ou, si l'on veut, dans le même désordre qu'elles ont été écrites. Des pensées sont une conversation souvent interrompue, souvent reprise sur toutes sortes de sujets ; et elles
1. Œuvres de M. de Bonald. Pensées sur divers sujets. Edit. définitive. Paris, librairie d'Adrien Le Clerc, 1847.
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ne demandent pas, comme un traité dogmatique, mie division par chapitres, enregistrée dans une table i\c* matières.
« La variété, qui est inévitable dans ces sortes d'ouvrageet qui peut aussi en rendra la lecture moins fatigante, multiplie les parties faibles cl les pumls d'attaque ; et, sous ces rapports, un Recueil de pensées ressemble à ces lignes militaires trop étendues que l'ennemi peut percer en mille endroits...
« J'expose mes sentiments avec ma franchise accoutumée; mais, ce qu'ils paraîtront avoir de tranchant tient uniquemont à la forme brève et sentencieuse d'un écrit du genre de celui-ci. Je les expose avec les égards et les respects dus aux hommes et aux lois : on ne peut en exiger davantage...»
— Une conduite déréglée aiguise l'esprit et fausse le jugement.
— Dans les crises politiques, le plus difficile pour un honnête homme n'est pas de faire son devoir mais de le connaître.
— 11 y a des hommes qui, par leurs sentiments, appartiennent au temps passé et, par leurs pensées, à Favenir. Ceux-là trouvent difficilement leur place dans le présent.
— Un gouvernement ne périt jamais que par sa faute et presque toujours par d'anciennes fautes qui en font commettre de nouvelles.
— Rapprocher les hommes n'est pas le plus sûr moyen de les réunir.
— L'art de l'intrigue suppose de l'esprit et exclut le talent.
— Le tutoiement s'est retranché dans la famille ; et, après avoir tutoyé tout le monde, on ne tutoie plus que
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ses père et mère. Cet usage met toute la maison à Taise : il dispense les parents d'autorité et les enfants de respect.
— Partout où il y aura beaucoup de machines pour remplacer les hommes, il y aura beaucoup d'hommes qui ne seront que des machines.
— L'homme qui a désiré et demandé un emploi public a contracté envers la société l'obligation d'être habile et même l'obligation d'être heureux et le malheur peut lui être imputé à faute.
— La diffusion des lumières n'est pas leur progrès ni même un progrès.
— De petites récompenses pour de grands services offensent Tamour-propre ; mais de grandes récompenses pour de petits services corrompent les mœurs.
— Le gouvernement qui affecte l'indulgence s'expose au danger d'une inflexible sévérité.
— La pensée veut la solitude et l'art de parler, les assemblées. La plupart des hommes de nos jours n'ont vécu que dans les assemblées politiques.
— Les présomptueux se présentent. Les hommes d'un vrai mérite aiment à être requis.
— Les faibles se passionnent pour les hommes et les forts pour les choses.
— 11 y a des lumières qu'on éteint en les plaçant sur le chandelier.
— A un homme d'esprit il ne faut qu'une femme de sens : c'est trop de deux esprits dans une maison.
— Folles douleurs : fausses douleurs et courts regrets..
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— Il n'y a d'hommes d'esprit dans une révolution que ceux qui font fortune ou ceux qui ne veulent pas la faire.
— Les grandes commotions politiques inspirent deux sentiments opposés ; un profond amour du repos ou une ambition effrénée ;elle font des conspirateurs ou des anachorètes.
— Ce ne sont pas les devoirs qui ôtent à un homme son indépendance, ce sont les engagements.
— Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas perdre leur temps tout seuls. Us sont le fléau des gens occupés.
— Premiers sentiments, secondes pensées, c'est, dans les deux genres, ce qu'il y a de meilleur.
— La suffisance n'exclut pas le talent mais elle le compromet.
— Pour gouverner les peuples, lorsqu'il y a tant d'esprit, il faut plus que de l'esprit.
— Il est singulier qu'on choisisse quelquefois, pour conduire les affaires, ceux qui ont le plus mal jugé les événements.
— On nie la vérité, mais on ne croit pas l'erreur.
— Les femmes, partout où elles vivent en société, n'ont pas moins d'esprit que les hommes ; mais elles ont, en général, moins de génie et moins de goût, parce que, chez elles, la nature est plus faible et qu'elles font moins d'études ; et même, chez les femmes qui ont le plus d'esprit, le goût, j'entends le goût littéraire, n'est pas sûr.
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