‹ La pensée françaiseChapitre 77 sur 155 · DUC DE LEVIS · texte numérisé non relu

DUC DE LEVIS

Fils de François, duc de Lévis, maréchal de France, Pierre- Marc-Gaston, duc de Lévis, naquit en 1755. Elu membre de l'Assemblée Constituante, il émigra en 1792. Il prit part à l'expédition de Quiberon et y fut blessé. Sous l'Empire, il s'occupa de travaux économiques. Après le retour des Bourbons, il devint membre du Conseil du Roi, fit partie de l'Académie française, fut nommé pair de France.

Constituant dès 1789, le duc de Lévis, qui passa par toutes les phases de la Révolution et de l'Empire, toujours en étudiant les hommes et en cherchant dans leurs actes des maximes de conduite pour lui-même et pour les autres, qui augmenta son recueil, d'année en année, d'observations nouvelles jusqu'à ce que, en 1825, il se trouvât, comme homme d'Etat, un des défenseurs les plus éminents de la Restauration, le duc de Lévis a donné lui-même, dans son œuvre, une excellente formule de l'art du moraliste :

« Il faut, a-t-il dit, pour qu'une pensée mérite d'être publiée, qu'elle soit juste, qu'elle renferme le germe d'une conséquence utile et qu'elle soit tellement claire que le jugement

1. Maximes, préceptes et réflexions sur différents sujets de morale et de politique, par M. le duc de Lévis, de l'Académie française (1808). Cinquième édition revue et augmentée, Paris. Charles Gosselin, libraire de S. A. R. Monseigneur le duc de Bordeaux et de S. A. R. Mademoiselle, 1825.

Avec cette épigraphe :

Si non nova, note.

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L'accueille à l'instant sans cependant que la mémoire la reconnaisae. »

A ce compte...

Outre sc< Maximes dont la première édition porte la date de 1806, le due de Lévis a éerit des Souvenirs et portraits { I813,in-8),defi Considérations morales sur les finances (1816), des Considérations sur la situation financière de la France (1814 et une élude sur L'Angleterre au commencement du \\\" siècle (1814).

— Il y a des gens pour qui Fhonneur est un calcul ; ne les troublons point, le public est intéressé au succès de cette spéculation.

— Lorsque vous écoutez, regardez si vous devez croire.

— Il est encore plus facile de juger de l'esprit d'un homme par ses questions que par ses réponses.

— Conduisez-vous avec la fortune comme avec les mauvaises payes : ne dédaignez pas les plus faibles acomptes.

— On ne prise tant ceux qui travaillent pour la gloire que parce que Ton est sûr de leur désintéressement.

— Il ne faut pas trop regarder à travers les bonnes actions.

— Si vous avez été offensé par un lâche, soyez sûr quil voudra éternellement votre perte, car il craint votre ressentiment et la crainte ne pardonne pas.

— Il n'y a de mérite à être fidèle que lorsqu'on commence à être inconstant.

— La faveur a ceci de commun avec Famour que, si elle n'augmente pas, elle décroît.

— De tous les besoins factices, le plus dangereux est celui des émotions.

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— Les femmes sont comme les princes: souvent elles cèdent à Fimportunité ce que la faveur n'aurait point obtenu.

— Comment résister aux femmes ? Quand on s'est défendu contre leur colère, elles cèdent et vous êtes vaincu par leur douleur.

— Vous croyez que vous êtes modeste... Je ne vous savais pas si orgueilleux.

— Depuis quelques années, je suis devenu bien plus sage. — J'entends : vos forces ont diminué.

— Il y aurait de quoi faire bien des heureux avec tout le bonheur qui se perd dans ce monde.

— S'il pouvait exister un pays où la religion permît le vice, les athées y prêcheraient dans le désert.

— La plus commune des inconséquences est de ne pas vouloir les moyens de ce qu'on veut.

— Quant à la force, tout le monde a celle d'être amoureux puisque, pour prouver la violence de votre passion, l'on ne vous demande que des faiblesses.

— En administration, toutes les sottises sont mères.

— En général, on ne fait pas une assez grande part à la sottise dans les combinaisons de la prévoyance.

— Les cœurs sensibles demandent qu'on les aime ; les personnes vaines veulent qu'on les préfère.

— De tous les sentiments, le plus difficile à feindre, c'est la fierté.

— L'ingratitude ne décourage pas la bienfaisance, mais elle sert de prétexte à Fégoïsme.

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— La curiosité qui porte sur les choses annonce l'élévation de l'esprit ; celle qui porte sur les personnes est une marque de petitesse.

— Dans l'infortune, un Turc se résigne, un Allemand se soumet, un Espagnol se tait, un Anglais se tue, un Français espère.

— Voulez-vous savoir ce qui fait les bons ménages ?

— La conformité des goûts et des humeurs sans doute... ?

— Erreur : les sens dans la jeunesse, l'habitude dans l'âge mûr, le besoin réciproque dans la vieillesse.

— Jusqu'à la sincérité, tout est calcul à la Cour.

— Celui qui promet, de bonne foi, un éternel amour et celui qui croit à de pareils serments sont également dupes, l'un de son cœur, l'autre de sa vanité.

— Tout ce que les femmes peuvent raisonnablement promettre, c'est de ne pas chercher les occasions.

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