LAMENNAIS
Fils d'un armateur de Saint-Malo, FéliciLé-RoberL de Lamennais l naquit dans cette ville en 1782. Après la mort de sa mère, il abandonna les sentiments de piété dans lesquels il avait été élevé, et ne fut ramené à la religion que par l'intervention de son frère aîné, J.-M. de Lamennais. Il fut ordonné prêtre en 1816. L'année suivante, il commença la publication de son Essai sur V indifférence en matière de religion, qui suscita de nombreuses polémiques. En 1825, à la suite de la publication de La Religion considérée dans l'ordre politique et civil, il fut traduit en police correctionnelle et condamné, malgré la plaidoirie de Berryer.En 1829, il fut censuré par l'Archevêque de Paris pour son livre : Des progrès delà Révolution et de la guerre contre V Eglise, et censuré par le pape lui-même dans une lettre encyclique de 1832. C'est alors que Lamennais fit paraître les Paroles d'un croyant (1834), les Affaires de Rome (1836), Le livre du peuple (1837), Y Esclavage moderne (1839), le Pays et le gouvernement (1840), puis il donne une traduction des Evangiles et l'esquisse d'une philosophie (1841-1846) en quatre volumes. En 1848, il fonde le Peuple constituant, collabore à la Réforme et est élu membre de l'Assemblée Constituante. Il n'y exerce aucune influence et meurt oublié en 1854.
Ses œuvres complètes ont été publiées en 12 volumes (1836) et en 10 vol. (1844).
1. Lamennais. Pages et pensées catholiques extraites des œuvres et de la correspondance de l'auteur (1806-1833) par Lucie Mangin Enlart. Paris, Bloud, 1911.
LA PKNSÉii EBANÇAISB 231
— Chaque chose a son moment que la sagesse prépare et que l'habileté saisit.
— Voulez-vous attacher fortement l'homme ? Imposez-lui de grands sacrilices.
— Il suffit souvent de changer d'existence pour croire à la vérité qu'on niait.
— Tout ce que nous n'avons pas encore éprouvé, tout ce qui nous est inconnu devient pour nous une sorte d'infini que l'âme saisit avidement comme un objet proportionné à l'étendue de ses désirs.
— La vérité semble être plus à nous quand nous l'avons découverte ; elle inspire moins de défiance et plus d'attachement.
— Otez Dieu de l'univers et l'univers n'est plus qu'une grande illusion.
— La vérité qu'on a fuie devient importune ; elle blesse Famour-propre et réveille le remords.
— Il y a des reproches qu'il est plus dur de faire qu'il n'est dur de les entendre.
— Combien petite est la distance qui sépare l'homme de peur de l'homme de crime.
— Les circonstances ne forment pas les hommes, elles les montrent.
— Les événements commandent, les hommes exécutent et, après cela, ils comprennent, s'ils peuvent.
— On corrige l'esprit, mais on ne refait point le cœur.
— La philosophie ne connaît d'autre consolation que l'oubli.
— Il y a de la délicatesse, et beaucoup, à se laisser rendre heureux par ceux qu'on aime.
— Que me fait à moi un empire qui tombe ? Un passereau qui meurt me touche davantage ; pauvre petite créature de Dieu qui, après avoir aspiré, comme un globule de rosée sur la fleur, sa goutelette de vie, s'en va et ne revient plus.
l \ PI \H i PB UVÇAUN 233