STENDHAL
Marie-Henry Beyle naquit à Grenoble, le 23 janvier 1783. 11 prépara l'Ecole polytechnique, mais renonça bientôt à cette préparation et, au commencement de 1800, devint surnuméraire au ministère de la Guerre. En compagnie de Daru, il gagna Genève et Milan. La vie de bureau l'excédait. Nommé maréchal des logis, il devint rapidement sous-lieutenant. Puis, il se lassa de la vie militaire et démissionna le 20 septembre 1802. Il s'établit à Paris en 1803 et y vécut quelque temps, étudiant et lisant. Nommé adjoint aux commissaires des guerres en 1807, puis auditeur au Conseil d'Etat en 1810, il devint, la même année, inspecteur du mobilier de la couronne. Il prend part à la campagne de Russie (1812), à celle d'Allemagne (1813), comme intendant. En 1814, il quitta Paris pour Milan où il commença d'écrire Y Histoire de la peinture en Italie. De 1821 à 1830, il voyage et écrit notamment les Promenades dans Rome. En 1830, il est nommé consul de France à Trieste et de là, en 1831, à Civita-Vecchia. Il mourut d'apoplexie, le 22 mars 1842, sur le trottoir de la rue Neuve-des-Capucines, à la porte même du ministère des Affaires Etrangères. Outre les deux œuvres qui viennent d'être citées, Stendhal écrivit : Les Vies de Haydn, Mozart et Métastase (1814); Rome, Naples et Florence (1817) ; De V Amour (1822) ; Racine et Shakespeare (1823- 1825) ; Vie de Rossini (1824) ; Armance (1827) ; le Rouge et le Noir (1831) ; La Chartreuse de Parme (1839) ; VAbbesse de Castro (1839). Mérimée publia ses Œuvres complètes (1853-1855). Depuis parurent : la Vie de Napoléon
(1856) ; Le Journal de Stendhal (1888) ; Vie de Henry Brulard (1890); Souvenirs d'Egotisme ; Lucien Lemoen, etc. Stendhal n'a jamais, à proprement parler, écrit de Maximes. Son ouvrage De V Amour, conçu sous forme d'aphoriemes distincts, constitue bien cependant un recueil de pensées.
— L'homme n'est pas libre de ne pas faire ce qui lui fait plus déplaisir que toutes les autres actions possibles.
— L'amour est comme la fièvre. Il naît et s'éteint sans que la volonté y ait la moindre part.
— Les femmes préfèrent les émotions à la raison et c'est tout simple ; comme, en vertu de nos plats usages, elles ne sont chargées d'aucune affaire dans la famille, la raison ne leur esl jamais utile, elles ne l'éprouvent jamais bonne à quelque chose.
— La plupart des jeunes Français de dix-huit ans sont élèves de Jean-Jacques Rousseau ; cette condition de bonheur est importante pour eux.
— Les femmes extrêmement belles étonnent moins le second jour.
— L'amour aime, à la première vue, une physionomie qui indique à la fois, dans un homme, quelque chose à respecter et à plaindre.
— Les femmes, avec leur orgueil féminin, se vengent des sots sur les gens d'esprit et des âmes prosaïques à argent et à coups de bâton sur les cœurs généreux.
— Le plus grand bonheur que puisse donner l'amour c'est le premier serrement de main d'une femme qu'on aime.
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— Tout le monde a va des petites filles de trois ans s'acquitter fort bien des devoirs de la galanterie.
— La différence de l'infidélité dans les deux sexes est si réelle qu'une femme passionnée peut pardonner une infidélité, ce qui est impossible à un homme.
— A seize ans, une jeune fille doit songer à se trouver un mari et recevoir de sa mère des idées justes sur l'amour, le mariage et le peu de probité des hommes.
— La fidélité des femmes dans le mariage, lorsqu'il n'y a pas d'amour, est probablement une chose contre nature.
— On peut tout acquérir dans la solitude, hormis du caractère.
— La pruderie est une espèce d'avarice, la pire de toutes.
— Avoir le caractère solide, c'est avoir une longue et ferme expérience des mécomptes et des malheurs de
a vie. Alors, Ton désire constamment, ou l'on ne désire pas du tout.
— Il n'y a qu'une grande âme qui ose avoir un style >imple. C'est pour cela que Rousseau a mis tant de rhétorique dans la Nouvelle Héloïse ce qui la rend illisible
trente ans.
— Plus on plaît généralement, moins on plaît profonément.
— Les gens heureux en amour ont l'air profondément ttentif, ce qui, pour un Français, veut dire profondément riste.
— C'est une réflexion commune, mais que sous ce pré- 2xte Ton oublie de croire, que tous les jours les âmes
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qui sentent deviennent plus rares et les esprits cultivés plus communs.
— Les grandes âmes ne sont pas soupçonnées ; elles se cachent; ordinairement, il ne paraît qu'un peu d'originalité. Il y a plus de grandes âmes qu'on ne le croirait.
— Les pauvres gens qui peuplent la Trappe sont des malheureux qui n'ont pas eu tout à fait assez de courage pour se tuer. J'excepte toujours les chefs qui ont le plaisir d'être chefs.
— Ce qui avilit les femmes galantes c'est l'idée qu'elles ont et qu'on a qu'elles commettent une grande faute.
— L'empire des femmes est beaucoup trop grand en France ; l'empire de la femme beaucoup trop restreint.
— Toute l'Europe, en se cotisant, ne pourrait faire un seul de nos bons volumes français : les Lettres persanes, par exemple.
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