‹ La pensée françaiseChapitre 94 sur 155 · ALFRED DE VIGNY · texte numérisé non relu

ALFRED DE VIGNY

Alfred-Victor de Vigny naquit à Loches, le 27 mars 1797. Tout jeune, il fut conduit à Paris et placé au collège où il ne se plut guère. A l'âge de seize ans et demi, il fut pourvu d'un brevet de sous-lieutenant aux escadrons nobles des gendarmes rouges, et, en 1822, il publiait, sans nom d'auteur, un petit recueil de vers qui ne fut pas remarqué. En 1823, Alfred de Vigny est nommé capitaine et il quitte Paris pour l'Espagne ; mais sa brigade reçoit l'ordre de ne pas franchir la frontière. Déçu dans ses espérances, de Vigny, en 1827, donne sa démission de son grade et rentre dans la vie civile. Atteint de cancer, il mourut le 17 septembre 1863, après d'atroces souffrances.

Ses principales œuvres sont les suivantes : Poèmes antiques et modernes (1826) ; Cinq-Mars, roman historique (1826); Stello (1832) ; Servitude et grandeur militaires (1835). De Vigny avait aussi abordé le théâtre et il fit représenter : Othello (1829) ; La Maréchale d'Ancre (1831) ; Chatterton (1835).

Il était entré à l'Académie Française en 1845.

— Consolons-nous de tout par la pensée que nous jouissons de notre pensée même, et que cette jouissance, rien ne peut nous la ravir.

1. Journal d'un poète. Paris, Lévy, 1867, in-12. Œuvres complètes, éditées par Gh. Delagrave, 8 volumes.

— Un acteur prend un drame comme une robe, le revêt, le chiffonne et le jette pour en mettre un autre. Mais cette robe dure plus que lui.

— Le temple antique est élégant et joyeux comme un lit nuptial ; l'église chrétienne est sombre comme un tombeau. L'un est dédié à la vie, l'autre à la mort.

— J'ai trop d'estime pour Dieu pour craindre le diable.

— La pensée est semblable au compas qui perce le point sur lequel il tourne, quoique sa seconde branche décrive un cercle éloigné. L'homme succombe sous son travail et est percé par le compas ; mais la ligne que l'autre branche a décrite reste gravée à jamais pour le bien des races futures.

— La réputation n'a qu'une bonne chose, c'est qu'elle permet d'avoir confiance en soi et de dire hautement sa pensée entière.

— L'espérance est la plus grande de nos folies.

— L'art est la vérité choisie.

Si le premier mérite de l'art n'était que la peinture exacte de la vérité, le panorama serait supérieur à la Descente de croix.

— La puissance est toujours avec la lumière : de là vient que, dans le moyen âge, le clergé eut la force parce qu'il eut la science ; à présent, il est inférieur en connaissances, de là en empire.

— Le seul beau moment d'un ouvrage est celui où on l'écrit.

— Le monde a la démarche d'un sot, il s'avance en se balançant mollement entre deux absurdités : le droit divin et la souveraineté du peuple.

— Les acteurs sont bien heureux, ils ont une gloire sans responsabilité.

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