BALZAC
Honoré de Balzac, né à Tours, le 20 mai 1790, d'abord clerc d'avoué de M'' Guyonnet de Merville, publie quelques romans qu'il désavouera plus tard, et s'improvise sans succès, éditeur, imprimeur et fondeur. Pour faire face aux dettes contractées, il reprend la plume et prélude à cette admirable série de chefs-d'œuvre que sera la Comédie humaine par le Dernier chouan (1820, 4 vol. in-12). En 1833 il commence à correspondre avec Mme Hanska qu'il épousera le 14 mars 1850. Après un voyage dans l'Europe orientale, Balzac revint à Paris et y mourut le 18 août 1850 *.
1. En 1852, parurent chez Pion frères, éditeurs à Paris, les Maximes et Pensées de H. de Balzac.
Barbey d'Aurevilly publia le 19 juillet et 7 août 1854, dans le Pays, des Maximes extraites de l'œuvre de Balzac sous ces deux titres : Religion et Politique. Barbey, dans la lettre-préface qui précéda la parution des maximes, déclara :
« Il reste prouvé que Balzac n'est pas seulement un grand poète, un faiseur dans le sens antique du mot, un vrai génie de création et de découverte, tel que la monumentale Comédie humaine nous l'a révélé, mais que, de plus, il est aussi, et il est surtout, un penseur d'une force et d'une variété infinies qui se joue dans les généralités les plus hautes et ne se diminue pas dans les aperçus les plus fins. Pour tout dire, en un mot, il restera prouvé qu'en hachant, n'importe où, une page de Balzac, en tronquant cet ensemble merveilleux d'une page, on aura, avec des teintes nouvelles et l'originalité la plus profonde, quelque chose comme les Caractères de La Bruyère, les Maximes de La Bochefoucauld, les Pensées de Vauvenargues et de Joubert et les Aphorismes de Bacon. »
Les Pensées et Maximes de H. de Balzac, recueillies et classées par J. Barbey -d' Aurevilly , ont été rééditées en 1909, chez Lemerre, par les soins de MUe Louise Bead.
— Le sentiment le plus violent que Ton connaisse, l'amitié d'une femme pour une femme, n'a pas encore l'héroïque constance de l'Eglise.
— La croyance et l'habitude valent mieux pour les peuples que l'étude et le raisonnement.
— Les protestants ont fait à l'art autant de blessures qu'au corps politique.
— Le malheur fait dans certaines âmes un vaste désert où retentit la voix de Dieu.
— Avec le peuple, il faut toujours être infaillible. L'infaillibilité a fait Napoléon. Elle en eût fait un Dieu si l'univers ne l'eût entendu tomber à Waterloo.
— Que de sottises humaines dans le bocal étiqueté liberté !
— Si la prose n'existait point, il ne faudrait pas l'inventer.
— Le hasard est le plus grand romancier du monde ; pour être fécond, il n'y a qu'à l'étudier.
— Le propre d'un grand homme est de dérouter les calculs ordinaires.
— La gloire est un poison bon à prendre par petites doses.
— La société ne perd jamais ses droits : elle veut toujours être amusée.
— Savoir s'ennuyer à propos est une des conditions de toute espèce de pouvoir.
— Une haine avouée est impuissante.
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— On amplifie également le malheur et le bonheur. Nous ne sommes jamais ni si malheureux ni si heureux qu'on le dit.
— Les gens faibles se rassurent aussi facilement qu'ils se sont elîrayés.
— Plus le livre est beau, moins il a de chances d'être vendu. Tout homme supérieur s'élève au-dessus des masses. Son succès est donc en raison directe du temps nécessaire pour apprécier l'œuvre. Aucun libraire ne veut attendre.
— Il y a des gens qui ne peuvent compter sur rien, pas même sur le hasard, car il y a des existences sans hasard.
— Les vocations manquées déteignent sur toute l'existence.
— Persister, c'est le fonds de la vertu.
— La plus grande faute que Ton puisse commettre dans la vie est de se brouiller avec un homme supérieur.
— La résignation est un suicide quotidien.
— Gomment expliquer la perpétuité de l'envie ? Un ice qui ne rapporte rien !
— La gloire est Fégoïsme divinisé.
— La finesse qui réussit toujours est peut-être la )lus grande de toutes les forces.
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