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L'INFLUENCE DE L'ORIENT

Un problème connexe (1) concerne les origines historiques de

ce premier effort d'explication de la nature. Ce problème corporte deux questions. Tout d’abord les mythes grecs viennentils des mythes orientaux? Depuis longtemps on a signalé la ressemblance des images cosmogoniques des Grecs avec celles de l'Inde (Rig Véda), dela Babylonie (Poème de la création) ou de? Égypte (Livre des morts). Mais, étant donné que de pareilles ressemblances se rencontrent aussi dans des mythes scandinavés ou polynésiens, il faut bien convenir qu’elles ne s’expli-

. quent pas nécessairement par une influence directe, mais plu-

tôt, comme on l’a vu, par une réaction identique de ‘a conscience collective, selon des lois encore mal connues, en face de réalités naturelles identiques. Il faudrait qu'on püût établir positivement une filiation, et il s’en faut de beaucoup qu'on soit en état de le faire.

Beaucoup plus importante est l’autre question : la transformation d’esprit et de méthodes qui a créé la science grecque est-elle ‘due à linfluence d’une science orientale déjà existante? Qu’on doive répondre affirmativement, et l’on ruinera du coup tout ce qui vient d'être dit sur l’évolution de la science grecque à partir des cosmogonies mythiques de la Grèce ellemême. La question est complexe et particulièrement délicate.

Sans doute, c’est surtout avec les Néopythagoriciens ou les Néoplatoniciens, avec Philon le Juif ou avec les écrivains chrétiens, que l’on voit apparaître les assertions les plus définies sur la dette de la philosophie grecque envers l'Orient et spécialement envers les livres saints des Juifs : Platon, disait Numénius, est un Moïse qui parle grec, et Clément d’Alexaniirie Vappelait le philosophe judaïsant. Mais déjà au temps d’Hérodote (2), puis de Platon et d’Aristote, on parlait volontiers de la sagesse égyptienne, babylonienne ou même indienne : c'est

(4; Voir dans V'Évol/ntion de l’Humanité les volumes sur l'Orient, -@) II 4, 109.

d'elle que venait l'astronomie; l'Égypte, où la caste sacerdo- | tale jouissait des loisirs nécessaires aux études désintéressées, a été, d’après Aristote (1), le berceau des disciplines mathématiques. On tenait pour acquis que les fondateurs mêmes de la science grecque, Thalès et Pythagore, n’ont fait que limporter d'Égypte, comme le dit Eudème pour le premier et Isocrate pour le second (2). Ce dernier, assure Aristoxène, dépositaire des traditions pythagoriciennes, est allé visiter Zaratas (Zoroastre, Zarathustra) (3). Pour expliquer ie savoir encyclopédique de Démocrite on alléguait ses voyages dans Pfnde où il avait connu les Gymnosophistes (fakirs), en Chaldée et en Égypte auprès des Mages et des prêtres, en Perse et dans lÉthiopie (4).

Quoi qu’il en soit de ces assertions, on ne peut contester du moins que les Grecs ont eu le tempérament voyageur et que, par les routes de la mer ou par celles des caravanes, des communications ont pu s’établir entre llonie d’une part et d’autre part l'Égypte, la Phénicie et la Babylonie, comme aussi entre ces dernières régions et l’Inde ou la Chine. Mais tous ceux qui, dans PAntiquité, pendant la Renaissance, à la fin du xvnre siècle ou dans le xix°, ont admis, avec des justifications plus ou moins positives, existence de ces communications, ont négligé deux questions : la civilisation la plus ancienne possède-t-elle nécessairement la science la plus avancée, et, d'autre part, la difficulté de se comprendre ne limitait-elle pas fatalement les échanges à des matières entièrement étrangères à la science? La seule méthode pour juger de ce que FOrient a pu fournir à la science grecque naissante, c’est de déterminer, d’après le monuments qui nous en sont restés, les FArREREES de la science orientale,

Voici quelques-uns de ces monuments. Pour les Babyloniens, (1) Metaph. A 1, 9818 33,

(2) Fr. 84 (LXVIIL, s% 1, À 11; ; ISOCR., Busiris 28 (ibid. ch. 4, A 4), (3) Zbid., À 11. — (4) Jbid., ch. 55, A 1 (35).

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