‹ La pensée grecque et les origines de l'esprit scientifique ... 1923Chapitre 19 sur 117 · L'INFLUENCE DE L'ORIENT LS · texte numérisé non relu

L'INFLUENCE DE L'ORIENT LS

ce sont les inscriptions cunéiformes de Senkereh (calculs de carrés et de cubes), ou celle dite de Hincks, qui nous renseigne sur les singularités de leur système de numération, à base 60 et à,base 10; ou encore ces prédictions d’éclipses, fondées sur le cycle de 223 lunaisons, et dont la relation seule prouve à quel point elles étaient aventureuses. Pour l'Égypte, cest le Manuel du calculateur de Ahmès, qui date sans doute de la première moitié du xvine siècle avant Jésus-Christ (papyrus de Rhind) : partage de rations, problèmes sur les salaires, évaluation du rendement alimentaire des grains, tables de concordance pour les mesures, quelques autres calculs numériques isolés de leurs applications pratiques, tous les procédés du calcul révélant d’ailleurs une maladresse qui témoigne de l’absence de toute conception générale des règles. Cest encore ce fragment de papyrus (de Kahun), qui remonte peut-être à plus de vingt siècles avant notre ère, et où nous trouvons des cal« culs se rattachant probablement aux propriétés du triangle 3, 4, 5. Vraisemblablement la connaissance de ces propriétés était le fond principal de la science de ces mystérieux harpédonapties, ou tendeurs de cordeau, dont il est question dans un texte attribué, peut-être à tort, à Démocrite (1). Le problème était, en vue de lPexacte orientation du temple selon les points cardinaux, de construire la perpendiculaire sur la ligne Nord- Sud. Or ils avaient observé que, si l’angle formé par ie cordeau tendu par les piquets est constitué par deux perpendiculaires, la longueur qui joindra ie dernier piquet de la corde à son point initial doit être dans le rapport de 5 à 4 et à 3. Les Chinois avaient {ait la même observation, et peut-être aussi les Hindous, quoique les Sulva-sutras, où on la rencontre, soient sans doute moins anciens qu’on ne lavait cru.

Or en tout cela y a-t-il rien de plus que des observations suggérées par des problèmes pratiques ? On constate empiri-

(x) /bid., B299.

quement, par exemple, légalité de 5*avec la somme de 4° et 3°,

on a même ja curiosité de faire sur d’autres carrés des calculs analogues. Mais entre cette constatation, avec les récréations mathématiques dont elle a pu être l’occasion, et une démonstration des propriétés du triangle rectangle, il y a un abîme. De même entre les observations inspirées aux astrologues par des intérêts politiques, et la recherche désintéressée d’une explication des phénomènes astronomiques. Jamais, que nous sachions, la science orientale, à travers tant de siècles d'existence, et même après qu’elle eut pris contact avec la science des Grecs, ne paraît avoir dépassé les préoccupations utilitaires ou les curiosités de détail, pour s'élever à la pure spéculation et à la détermination des principes. Platon a vu juste quand, dans un texte souvent cité (1), il opposaït avec force, par rapport aux mêmes connaissances, l’esprit des Égyptiens ou des Phéniciens à celui des Grecs : d’une part le souci du gain ët une espèce d’habileté industrieuse, de Pautre le souci du savoir. Ce que les premiers savants grecs ont donc pu recevoir de POrient, ce sont les matériaux accumulés d’unetrès vieille expérience, ce sont des questions proposées à la réflexion désintéressée. Faute de quoi, la science grecque n’aurait peut-être pas pu se constituer, et, en ce,sens, on ne peut parler de miracle grec. Mais d'autre part, au lieu d’avoir en vue immédiatement l’action, ces premiers savants ont cherché l’explication rationnelle; c’est cn ele et dans la spéculation qu’ils ont trouvé médiatement le secret de l’action. Voilà le point de vue nouveau d’où notre science ést sortie.

(1) Ré IV, 45e sq. ; cf. Lois V, 747 bc.

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