‹ La pensée grecque et les origines de l'esprit scientifique ... 1923Chapitre 21 sur 117 · ANAXIMANDRE · texte numérisé non relu

ANAXIMANDRE

Après Thalès, la direction de l’école milésienne passe, vers le milieu du vi siècle, aux mains d’Anaximandre. De sa vie nous ne savons rien qui ne soit suspect de confusions. Entre plusieurs ouvrages qui lui sont attribués, un seul semble authentique, qu’il aurait publié étant âgé déjà de soixante- «quatre ans. On l’intitule De la nature (repi gÜoeswc) ; mais il èst probable que ce titre appartient à un temps postérieur à Aristote, ainsi que tous les titres semblables dont il sera question à propos des autres présocratiques. Ce livre, dont il nous est resté un fragment, paraît avoir subsisté assez tard ; si Aristote et Théophraste l’ont eu sous les yeux, on s’explique ainsi qu’ils aient parlé de la doctrine d’Anax:imandre plus abondamment que de celle de Thalès.

Parmi les contributions spéciales au progrès de la science qui lui sont attribuées, plusieurs ne sont pas très sûrément garanties : l'invention, ou l'introduction en lonie, du gnomon ou horloge à ombre, dont l’usage réfléchi comme instrument astronomique laurait conduit à découvrir Pobliquité du zodiaque ; la construction d’une sphère céleste, etc. Il est probable du moins que, le premier, il eut l’idée, dont l’exécution suppose un travail préparatoire collectif accompli dans l’école, de dresser une carte de la terre. Quelle que puisse être la place de cette entreprise dans l’ensemble de son activité scien-

L'ÉCOLE DE MILET ns Ne EE

Ÿ tifique, ce qui intéresse l’histoire de la pensée c’est plutôt son effort pour construire une représentation systématique du monde. — La terre, au lieu de reposer sur un support, comme chez Thalès, est suspendue au milieu du ciel, à égale distance de tout le reste. Sa forme est celle d’une colonne, dont la hauteur est à la largeur (ce qui doit en assurer la stabilité) comme À est à 3 ; nous en occupons la section supérieure. Quant aux astres, ce sont, dans l'air environnant la terre, des cercles, ou plutôt des cylindres aplatis pareïls à des roues de chariot (ou sans rayons). L'intérieur en est plein de feu. Au travers d’un /eutrage d’air foulé, qui enveloppe ce feu, sont pratiqués sur la jante, mais dans le plan de la roue, des conduits pareils à des luyaux de flûte, par lesquels s’échappe, comme d’embouchures, d’évents ou de souffiets, le feu intérieur. C’est cette expiration ignée que nous voyons. Toute éclipse de la lumière des astres, y compris les phases de la lune, s’expliquerait donc, soit par une obturation totale ou partielle des orifices, soit par la révolution de la roue, qui ne les présente pas toujours tournés vers nous. Lepremier, Anaximandre aurait fait des recherches sur les distances et la grandeur relative des astres, ou plutôt des cercles qui constituent les orbites du soleil, de la lune, du ciel des fixes et de celui des planètes. Quelles que soient, au sujet de ce système astronomique, les incertitudes et les lacunes de nos témoignages, il semble pourtant, d’abord, que le cercle du soleil est le plus éloigné ; ensuite, que les calculs concernaient le rapport à la section du cylindre terrestre, à la fois de lorifice où apparaît le feu, et de la circonférence de la roue sidéraie en deçà de la jante, cette circonférence étant, par exemple, pour le soleil 27 fois plus grande que celle de la terre, tandis que l’orifice même lui est égal ; enfin, que les nombres obtenus ne se fondaient pas sur l’observation, mais que c’étaient”des nombres sacrés, 3 (la circonférence terrestre), 9, 18, 27, qui, d’autre part, sont fort en honneur dans les cosmogonies.

Quoi qu’il en soit de cette rencontre, dont au surplus la signification n’est pas exempte de toute équivoque, le caractère |

scientifique de linvestigation d’Anaximandre, déjà apparent, se manifeste à nouveau dans son effort pour expliquercomment

s’est constitué notre monde, et quelle place il tient dans l’en-

D à ol pr pt ile RME ASE DS

semble des choses. Mais, comme l’ensemble des choses dérive : du principe, il faut auparavant parler de celui-ci et aborder par …

conséquent la doctrine philosophique. Ce principe, c’est l’Infini |

(rd &rerpov), une réalité qui ne peut, sans que l'existence de tout le reste soit mise en péril, être aucune chose particulière, ni l’eau par exemple, ni le feu, etc.; qui ne semble pas non

plus être, quoi qu’on en ait dit (1), une substance intermédiaire …

entre tel ou tel élément, puisque, pour les physiciens inconnus auxquels Aristote a prêté cette conception, le processus de la

dérivation des choses à partir du principe est nettement opposé :

à celui que conçoit Anaximandre. C’est, d’une part, un prin-

cipe originaire, inengendré el impérissable, qui contient et | dirige toutes choses, la condition de Pindéfectible perpétuité : des générations ; bref, un infini de grandeur, qui est en même |

temps qualitativement indéterminé, mais qui, en tant que.

contenant universel, ne saurait être caractérisé uniquement

comme virtualité absolue. Il est, en outre, ce dont sortent toutes

choses et en quot elles reviennent selon le mouvement éler-

nel (2), qui paraît bien être, à considérer autant les oppositions |

que les rapprochements établis À ce propos par Aristote, un

processus de séparation et de réunion des contraires, dont la | forme originelle serait un tourbillonnement chaotique. Par là, sans nul doute, Anaximandre est sur la vois qui conduira .

plus tard à une conception mécaniste du devenir. Mais d’un autre côté, en tant que son principe est une substance unique,

infinie en grandeur et dépouvue de spécification, il est dyna- |

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