‹ La pensée grecque et les origines de l'esprit scientifique ... 1923Chapitre 22 sur 117 · LXXI · texte numérisé non relu

LXXI

(2) L’infinité de grandeur étant admise, ce ne peut être le mouvement diurne, comme l’ont pensé LIV, 575 sqq. et LXX, 88.

L'ÉCOLE DE MILET or mn A

miste de tendance. La distinction précise et l'opposition de ces deux conceptions du devenir supposent une an de conéépts dont on est encore loin.

Disons maintenant comment les choses se sont formées à partir de l’Infini, comme à partir d’un nouveau Chaos. La premièreséparation quis’opère ausein de /’éfernelfait apparaître le Chaud et le Froid. En conséquence, une sphère de flamme s’est formée, comme lécorce autour de l’arbre, autour de l’air circumterrestre. Puis cette sphère de flamme se rompt, et les morceaux produits par la rupture vont s’enfermer dans des cercles, qui sont les astres. Vue hardie, mais si fragmentaire et appuyée sur des

| connaïissancessi pauvres, qu’on ne peutsérieusement la comparer

à Phypothèse de Laplace, bien qu’elle fasse songer à la partie de cette hypothèse qui concerne les anneaux de Saturne. Il y a d’ailleurs bien des obscurités dans les témoignages : si la terre

et lair qui entoure, qui sont antérieurs à la sphère de jiamme,

proviennent du Froid comme celle-ci du Chaud, Peau à son tour ne doit-elle pas leur étre antérieure P Ainsi se comprendrait Vassertion d’un doxographe (1) que le mouvement éternel est

plus ancien que eau de Thalès. L'action du Chaud aurait

déterminé dans cette eau des exhalaisons d’où résultent Pair et le mouvement des vents, tandis que le résidu, en voie de desséchement progressif, constitue la terre avec la mer (2). Cette différenciation croissante dans le changement, caractéristique d’une doctrine de lévolution, apparaît encore dans Ja remarquable explication que donne Anaximandre des origines de la vie ét du processus par lequel les êtres ont réussi à s’adapter peu à peu aux changements de leur milieu : lointain pressentiment du transformisme. Les premiers vivants se sont formés dans l’humidité primitive en conséquence de lPévaporation, donc dans un mélange de terre, d’air et d’eau. Au début, tous étaient semblables à des poissons et enveloppés d’une

(1) LXVIIT, ch. 2, À 12. — (2) fbid., À 27.

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membrane écailleuse. En avançant en âge, ils s’élevaient 1 jusqu’à la région déjà asséchée, où, débarrassés de leurs. écailles, ils continuaient à vivre, mais pendant peu de temps. | L’homme provient donc d'animaux spécifiquement différents. S'il avait été à l’origine tel que nous le voyons, incapable de : pourvoir à sa subsistance, comment aurait-il survécu? Donc | d’autres animaux, de la nature des poissons, doivent pendant longtemps lavoir porté en eux, à la façon dont certains squales garderaient dans leur bouche leurs petits, jusqu’au jour où il a pu paraître sur la terre et y subsister par ses | propres moyens.

À la vérité, toute cette évolution ne concerne que notre monde, et ii est très problable que, selon Anaximandre, l’Infini a donné naissance, au sein de léternel mouvement, à d’autres | cieux et à d’autres mondes, en nombre infini et, semble-t-il, coexistants, mais séparés par de si grands intervalles qu'ils naissent et périssent à l’insu les uns des autres (1). S’il les a | appelés dieux, ce n’est donc pas au même sens que PInfini, ! leur principe inengendré et impérissable, siège de l'éternel mouvement, et qui embrasse et gouverne tout. Ainsi incorporée au principe, comme chez Thalès, la puissance divine se transforme en une nécessité naturelle. Elle ne se dépouille pas cependant tout à fait de son caractère mythique, de même que le rythme cyclique des générations et des corruptions garde . un aspect social, celui des compensations qu’appelle l'injustice : Ce don! naît ce qui existe, disait Anaximandre en un langage dont le ton poétique doit retenir l'attention, esf aussi ce vers quor procède la corruption selon le nécessaire ; car les êtres se parent les uns aux auires la peine et la réparation de leur injustice, suivant lordre du lemps. Autrement dit, le conflit des contraires Chaud et Froid donne lieu à tout un . système équilibré de compensations : la chaleur, par exemple,

() Cf. LXXI,S$ 18, dent la discussion semble probante.

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