CHAPITRE II
LA SCIENCE INSTRUMENT DE PURIFICATION MORALE LE PYTHAGORISME ET L'ÉCOLE ITALIQUE
Après l’école de Milet, le premier fait que rencontre l’historien de la pénsée grecque, c’est l'apparition de l’école pythagorique. Par son fondateur, cette nouvelle philosophie est ionienne, mais elle prend corps et se développe dans cette partie de Pltalie méridionale que les Romains ont appelée la Grande Grèce, où s’étaient établis vers le début du vire siècle, des colons grecs, Achéens, Messéniens, Locridiens, etc. C’était un milieu relativement neuf, moins soumis aux traditions ef par conséquent plus plastique, intelligent et passionné, dans lequel la culture avait, semble-t-il, suivi le progrès de la prospérité matérielle : depuis longtemps, par exemple, il y avait à Crotone, berceau du AAA OTNREe une célèbre école de médecins.
Quelles raisons ont déterminé le déplacement de l’activité philosophique de lIonie vers ces régions lointaines et, par suite, la naissance d’une école ralique, selon l’heureuse dénomination d’Aristote P Quelle est, dans ces raisons, la part des facteurs sociaux et des facteurs individuels et contingents P Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre. Du reste, il n’est pas de problème plus embarrassant que celui de l’histoire du Pythagorisme. M
En premier lieu, la partie la plus abondante et la plus précise de notre documentation provient du Pythagorisme renouwelé des dernières années de la République et des quatre premiers siècles de Père chrétienne, et par lintermédiaire de
Néoplatoniciens : Alexandre Polyhistor, une des sources de Diogène Laërce, est en eflet mêlé d’assez près aux débuts du Néopythagorisme, et ce sont des Néopythagoriciens, Apollonius de Tyane, Modératus de Gadès, Nicomaque de Gérasa qui sont les autorités immédiates des Néoplatoniciens Porphyre, pour sa Vie de Pythagore (avec, en outre, le roman d'Antoine
Diogène, Histoires incroyables de par delà Thulé), et Jam-
blique, pour sa Vie pythagorique. Dans ces ouvrages il y a, cela n’est pas niable, une absence singulière d’esprit critique, un goût excessif du merveilleux, une tendance à enrichir Pancien Pythagorisme, au moyen d’interprétations symboliques, de tout l'apport de la philosophie postérieure, et surtout platonicienne et stoïcienne. Il faut se rappeler cependant que, entre les derniers Pythagoriciens de lPancienne école, au début du ive siècle, et la renaissance du Pythagorisme à la fin de la première moitié du 1e siècle avant Jésus-Christ, la tradition ne s’est pas éteinte : Diodore d’Aspendus, Héraclide Lembus sont des Pythagoriciens ; il y en a encore au temps de Posidonius ; on célèbre des orgies baccho-pythagoriques. Peut-être n'est-il donc pas impossible, par une critique attentive et prudente, de démêler, sous les apports extérieurs, les étapes successives de
cette obscure tradition (1). C’est ainsi que, par derrière les auto- rités immédiates de Diogène, de Jamblique et de Porphyre, nous atteignons des témoins vraisemblablement bien informés : historien de la Sicile et de la Grande Grèce, Timée de Tauroménium ; Âristoxène de Tarente qui, sans doute avant d’entre: dans l’école d’Aristote, a connu les derniers Pythagoriciens : Xénophile, de la Chalcidique de Thrace, et les Phliontiens Phanton, Échécrate (2), Dioclès, Polymnaste, disciples de Philolaüs et d'Eurytus, et dont le père avait à son tour connu Archytas, auteur enfin d’une Vie pythagorique et d’un livre de Propositions pylhagoriques ; le péripatéticien Dicéarque
- (1) Cf LXZX VIE surtout les études 1, 2.6, 8,9. (2) L’interlocuteur de Phédon dans le Phédon de Platon.
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