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métiques dérivent de l'inspiration religieuse ; c’est un approtondissement de cette inspiration mystique qui a détaché définitivement larithmétique spéculative des calculs utilitaires. Néanmoins, et surtout avec l’ancien Pythagorisme, découvrir quelque propriété des nombres, c’était toujours en découvrir quelque qualité symbolique ou quelque éprthète divine caractéristique (1). Aïnsi 3 est le premier nombre qui ait commencement, milieu el fin, le premier parfait, celui par lequel se
définissent l’'Harmonie et le Tout. Mais le nombre véritable-
ment parfait, parce que, dit Philolaüs (2), il manifeste le mieux la vertu (5ôvauxc) du Nombre, c’est la Décade : car elle est
grande, elle parfait et réalise toutes choses : principe et suide
de La vie, aussi bien divine et céleste qu’hamaine….. ; sans elle, out est indélerminé, mystérieux, obscur. En elle, pour la première fois, est enfermé un nombre égal d’impairs et de pairs, l’unité avec le premier pair, le premier impair avec le premier carré. C’est le fondement de tous les nombres. 7 est
Minerve, en tant quil est, dans la décade, le seul nombre qui ne
soit engendré par aucun de cèux qu’elle comprend et qui n’en engendre aucun. Il forme en outre, avec 4, une moyenne proportionnelle entre 1 et 10 (3). Un autre nombre privilégié est 9, le premier carré impair. Quant à la fameuse Téractys, dont il a été déjà question (4) et qu’il ne faut pas confondre avec le 4, elle est, en principe, la série des quatre premiers mea dont la somme fait 10 et se représente par le triangle se liqu C’est aussi la progression, de raison 2 et 3, de quatre nombres à partir de lunité ; or les deux derniers nombres, dont Pun .
est le premier cube pair et le second, le premier cube impair, additionnés entre eux et avec l’unité, donnent la somme des huit premiers nombres, quatre pairs, quatre impairs.
(1) Cf. LXX VII, étude 4 et, dans Pédition des Theologumena de Jamblique par De Falco (Teubner), l'index des Epithela numerorum.
(2) PxiLoL, Fr. 11, début. — (3) 1+3 = 4 +3 =7 + 3 = 10.
(4) P.66.Cf. LX XVII, 8° étude.
La contribution du Pythagorisme à la constitution d’une
géométrie autonome est marquée du même caractère. Quand Pythagore, dit-on, eut découvert la démonstration abstraite du rapport, déjà connu des Égyptiens (p.39), de l’hypoténuse du triangle rectangle avec ses côtés, une tradition veut qu’il ait remercié les dieux de cette révélation en leur sacrifiant un bouc. Sans insister sur d’autres théorèmes ou problèmes, dont Pécole auraïît trouvé la solution démonstrative, sur les termes qu’elle aurait introduits dans la langue de la géométrie, on signalera seulement des études, non douteuses, sur quelquesuns au moins des polyèdres réguliers, et surtout du tétraèdre et du dodécaèdre. Or, c’est de cette dernière figure, coupée par moitié en deux pentagones, qui se décomposent à leur tour en six figures semblables, que les Pythagoriciens tiraient le fameux emblème mystique du Pentalpha; ce qui suppose la division de la droite en moyenne et extrême raison. Enfin, même si la tradition n’est pas vraie, d’après laquelle la trahison d’Hippase serait d’avoir révélé le mystère de l’incommensurabilité de la diagonale, il n’est pas impossible que, en voulant représenter en pointsunités le rapport de Phypoténuse aux côtés d’un triangle rectangle, quand ceux-ci sont l’unité, ils aient été conduits à réfléchir sur les irrationnelles.
La considération des accords musicaux, qui fut peut-être, comme on l’a vu, le principe de la doctrine. et vraisemblablement aussi celle du canon de la statuaite (1), ont fourni aux Pythagoriciens loccasion de découvrir et d’étudier les médiéiés ou proportions : arithmétique, géométrique, harmonique. Philolaüs a fait (fr. 6, $ 2) une analyse très précise de loctave, qu’il appelle harmonie. Soit le rapport de longueur des quatre cordes d’une lyre, la basse, la ierce, la moyenne,
(1) H. Diels rattache (LXVIIL, ch. 28) à l'inspiration pythagoricienne le canon de Polyclête.
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la haute, représenté par des nombres entiers, 6, 8, 9, 12. Il calculait les intervalles et les divers rapports numériques des consonances : de la syllabe (la quarte), entre la première et la seconde ou entre la dernière et la troisième; de celle qur passe par les cordes aiguës (la quinte), entre la première et : la troisième ou entre la seconde et la dernière; enfin de celle qu: passe sur loutes les cordes (octave, à dia rasüv). C’est alors le rapport double, 12 : 6, ou 4 : 2. Or ce rapport 12 : 6 est précisément égal au rapport de l’excès de la dernière sur ia seconde à l'excès de celle-ci sur la première, 12—8 : 8 —6. Onse contentera, sans poursuivre cette analyse en détail, de faire deux remarques. Les rapports numériques dans lesquels on exprime les faits de l’expérience permettront ensuite d’aller au devant de ceux-ci, de retrouver par exemple la longueur relative d’une des cordes par létude d’une proportion. Cet usage de la mathématique est pour le progrès de la science d’une importance considérable. D’autre part, quand Philolaüs - appelait le cube l’harmonie géométrique, parce qu’il a douze arêtes, huit sommets et six faces (1), il montrait par une audacieuse analogie comment la relation numérique, isolée de sa matière, devient capable de s’étendre à une pluralité de choses diverses.
La cosmologie pythagorique est mal connue, surtout sans doute parce que lPattention des témoins s’est de préférence portée vers les spéculations mathématiques de lPécole, peutêtre aussi parce qu’elle différait peu de celle d’Anaximandre, et principalement d’Anaximène. Étant une harmonie, le monde est une chose qui a commencé et dont la génération doit être analogue à celle de Pharmonie du nombre, c’est-à-dire une détermination d’un espace vide indéterminé. Le monde en effet s’est constitué par une sorte d'aspiration de Pair illimité (xvedpa), qui est en dehors du ciel, de sorte que, le ciel ayant
(1) Ibid. ch, 32. À 24.
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absorbé en lui ce vide, celui-ci y sépare désormais les choses. . Quant à l’agent de cette aspiration et de la détermination qui
en résulte, c’est un mystérieux feu central, que les Pythago-
riciens appelaientsymboliquement la mère des dieux, autrement dit des astres, le foyer de l'univers, le poste de Zeus, son trône ou sa {our, le point d’aïtache et l'unité de mesure de la nature. Si donc Hippase a considéré le feu comme premier principe, rien ne prouve que ce doive être sous l'influence d’'Héraclite. Les choses particulières se produiraient ensuite par des condensations et des raréfactions. Ceci implique le vide, et il en serait de même dans la théorie d’Ecphante, pythagoricien de la deuxième génération, pour lequel les unités étendues seraient de véritables atomes. Quoi qu’il en soit, le monde, ainsi constitué et plus ou moins sur le type d’un vivant, s’organise progressivement, et le bien ne s’y réalise que peu à peu (1). Mais, loin d’être un progrès sans fin, cette évolution s’achève, au moins selon Philolaüs, avec la grande année, pour recommencer ensuite, parfaitement identique à ellemême (2). Enfin il y a une pluralité de mondes, mais en nombre fini; on mentionne même un calcul de Pétron sur le nombre de ces mondes, disposés en triangle.
C’est autour du feu central que tout s’ordonne et que se fait la révolution circulaire des dix corps célestes. La partie
la plus élevée, et enveloppe de PUnivers, étaitappelée Olympe :
elle comprend le ciel des fixes, dont peut-être le mouvement propre d’orient en occident aurait été pour la première fois reconnu par Pythagore, et, en outre, un autre feu opposé au feu central et dans lequel les éléments existent dans toute leur pureté. Au-dessous se trouve le Cosmos, où se meuvent les cinq planètes, dont le mouvement est inverse de celui du ciel des fixes, le soleil et la lune. Enfin l’Ouranos proprement dit est la région sublunaire et circumterrestre, celle du deve-
(1) Ar., Melaph., À 7, 10726 50-84 ; ct. CXX, p. 510 n, 455,1 (2) Comme plus tard chez les Stoïciens.
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nir désordonné et de Pimperfection. Sans s’arrêter à lobscure question de savoir pourquoi il en est ainsi malgré le voisinage du principe directeur, on remarquera seulement que, si la terre n’est plus au centre, elle devient alors un astre comme d’autres, se mouvant autour du feu central, ce qui produit la succession des jours et des nuits. Mais à quoi servait désormais aux Pythagoriciens la révolution diurne, dont c’était la fonction propre dans lPhypothèse géocentrique? Ce problème, depuis longtemps débattu par les historiens de lastronomie, sernble provisoirement inextricable. Ce qui est du moins très sûr, c’est que, entre le feu central et la terre, tournant avec celle-ci sur une moindre orbite et du côté de l’hémisphère que nous n’habitons pas, ce qui explique son invisibilité, ils plaçaient une anjrlerre, dont lexistence complétait ainsi la série décadique des corps célestes. Le rôle de ce dernier corps, et peut-être aussi d’autres corps pareillement invisibles, semble avoir été d'expliquer les éclipses de lune, et pourquoi elles sont plus fréquentes que les éclipses de soleil. Car c’est du feu central que, semblables à des miroirs, la lune et le soleil même reçoivent leur lumière, et ce dernier sa chaleur, qu’ils réfléchissent ensuite vers nous. Aussi doit-on distinguer trois soleils, dont l’un est l’astre lui-même, c’est à dire le miroir, les deux autres, les rayons incidents qui viennent du feu central, et les rayons réfléchis de notre côté. Au lieu de supposer, pour expliquer le jour et la nuit, une révolution d’occident en orient de la planète terre, qui alternativement lui permette ou l'empêche de recevoir ces rayons, cer ains Pythagoriciens auraient, diton, admis une rotation de la terre sur son axe, soit, comme Hicétas de Syracuse (qui n’est peut-être pas seulement l’interprète fictif de l'opinion personnelle d’'Héraclide du Pont, dans
un dialogue de ce platonicien), en laissant le feu au centre du monde, soit, comme aurait fait Ecphante, en y plaçant la terre (1). Quant au soleil, avant l’incendie de Phaéthon, sa
(1) LXVIII, ch. 37, 1 (cf. ici, p. 286); ch. 38, 1 fin et 5.
ON re SCIENCE ET PHILOSOPHIE L) “
‘route était, non le zodiaque, mais la voie lactée, considérée d’ailleurs par certains Pythagoriciens comme la poussière d’un astre embrasé, puis dispersé. Enfin, selon Philolaüs (1), la lune aurait, en rapport avec une longueur plus grande deses jours, des animaux et des plantes plus grands et plus beaux que ceux de la terre. Il était naturel que Pesprit mathématique de Pécole mît sa marque sur cette cosmologie. Chaque astre est en effet le lieu propre d’un nombre: le feu central étant celui de l'Un- principe, Pantiterre est le lieu du premier 1 dela décade, la terre, le lieu de 2 ou de lopinion, le soleil celui de 7, parce que, à partir des fixes, il occupe le septième rang, et aussi du éemps critique, puisqu'il règle le cours des saisons, etc. Rien de plus - célèbre, d’autre part, que la doctrine de Pharmonte des sphères, dont le fond subsisterait, même si, contrairement à de nombreux témoignages, on devait croire que les premiers au moins des Pythagoriciens étaient restés fidèles à la représentation que s’étaient faite des astres Anaximandre et Anaximène. Ce qui prouverait en tout cas l'ancienneté de cette doctrine dans la tradition de la Société, c’est, dans le catéchisme des Acousmatiques, Pidentification de l’oracle delphique à la tétractys et à harmonie, dans laquelle sont les Sirènes (2). Si un corps, en se mouvant assez rapidement, rend un son, par analogie il doit en être de même pour les astres. Or leur vitesse variera avec leur distance, comme la vitesse des vibrations avec la longueur des cordes de la lyre, On doit donc retrouver dans le système céleste les consonances de la lyre. Pourquoi n’entendons-nous pas cette harmonie P C’est précisément parce que jamais nous n’avons cessé de l’entendre, et qu’un son n’est perçu que par rapport à des silences. À la vérité, il est difficile, en présence du désaccord des témoignages, de se faire une idée précise du détail de cette astronomie musicale (3).
(1) Zbid., c. 32, À 20. — (2) LX XVII, 132 sq., 260 sq., 276. (3) On La retrouve plus ou moins transformée dans la mythe d’Er, au X°livre de la Répuëlique ; cf. ici, p. 238.
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Il 'est impossible de détacher les conceptions biologiques et médicales des Pythagoriciens de leurs relations avec l’école de : médecins de Crotone (1), et surtout avec Alcméon (2). Aussi y a-t-il in érêt à intercaler ici un bref exposé des théories de ce dernier en matière de physiologie et de psychologie.
Tandis que, avant lui et encore par la suite, le cœur était regardé comme le sensorium commun et le siège de la pensée, cette fonction est attribuée par lui au cerveau, auquel des conduits, ou pores, transmettent les modifications qui se produisent danslesorganessensoriels. Toutdérangementdanslecerveau, — et Alcméon Paurait reconnu par la dissection, qu’il serait le premier à avoir pratiquée, — altère en effet la sensibilité. Chaque espèce de sensation avait été, à l'exception peut-être du toucher, étudiée par lui, dans son organe et dans son fonctionnement. Il y a, par exemple, sensation de son quand le creux de Poreille, qui est vide, résonne au contact de Pair extérieur. Il avait, diton, étudié le trajet des nerfs optiques et reconnu dans la vision (3) trois facteurs : la lumière ou le feu extérieur ; le feu intérieur à œil, et dont l’existencé est rendue manifeste par ce fait que l'œil frappé s’illumine ; enfin, et comme moyen de cette opposition, l’eau qui est dans les membranes qui entourent le globe. — Au-dessus de la sensation, qui est commune à l’animal et à l’homme, est l’intelligence, qui n’appartient qu'à ce dernier. Toutefois la pensée, en tant que science, n’est pour lui que le mode stable de la mémoire et de l’opinion, dont la sensation est la base. — Quant à Pâme, c’est le principe même de la vie : les hommes meurent, disait-il (fr. 2), parce qu’ils ne peuvent unir le commencement à la fin ; âme au contraire est immortelle parce que, pareille aux astres dont le mouvement est éternel, en tant qu’il est circulaire et revient toujours sur
(1) Milon, une des têtes du parti, avait épousé la fille de Démocédès qui ‘ut médecin de Darius et guérit sa femme Atossa.
(2) Son livre était dédié à trois Pythagoriciens, dont Brotinus.
(3) Comparer PLATON, T'im., 45 b sq., Soph., 266 c.
lui-même, elle se meut toujours. Des recherches embryogéniques très variées montrent qu’il s’est préoccupé de savoir comment ce principe de vie donne naissance à un être individuel. La mort, d'autre part, proviendrait d’un reflux du sang dans les veines, surtout peut-être dans celles du cerveau, plus complet seulement que celui qui détermine le sommeil. — La santé résulte de l'équilibre (icovouta) et du mélange proportionné (xoûoic) de qualités (Guvéuex) qui, selon une loi générale (dont on ne sait si l’inspiration première appartient aux Pythagoriciens. ou bien à Alcméon et à l’école médicale qu’il a illustrée), s’opposent deux à deux : humide et sec, froid et chaud, amer et doux. La maladie, au contraire, est la suprématie d’un seul des termes de tel outel couple. En outre de cette cause déterminante, il importe de connaître la circonstance qui y a donné licu, par exemple l'excès ou le défaut de nourriture, puis le siège du déséquilibre, enfin les causes externes, comme la nature des eaux ou la configuration du pays (fr. 4).
C’est vraisemblablement sous cette influence que s’est con- ‘stituée, chez les jeunes Pythagoriciens, les {savants», et notamment chez Philolaüs (1), une médecine bien différente de celle que le catéchisme des Acousmatiques appelle /a plus sage des choses humaines et qui n’était sans doute qu’une méthode religieuse de purification. Cette médecine nouvelle s’inspire en effet de l'observation des faits, tout en cherchant à le: interpréter à la lumière d’une doctrine générale. — Par analogie avec le monde et son feu central, le corps humain semble avoir son principe dans le Chaud, chaleur de la semence, chaleur dela matrice, et dans le désir qu’a cette chaleur d’être tempérée par le froid ; elle attirè donc à elle Pair extérieur (c’est la naissance), pour le restituer par lexpirätion, sans quoi elle se détruirait elle-même. L’excès ou le défaut du refroi-
(1) Ses idées sur ce sujet nous sont connues par l’Anonyme de Londres, com-
pirateur de PHistoirede la médecine du péripatéticien Ménon. Cf. LX VIII, ch. 32, À 27. —— (2) S6 bc. |
DT DE ee Ve EG RE
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dissement, en agissant sur le sang, sur les humeurs, sur la bile, causent indirectement les maladies. Ainsi la vie normale est une harmonie, un accord des contraires. On reconnaît la la thèse de Simmias de Thèbes, quia été Pélève de PRAIRIES dans le Phédon de Platon.
Dans cette thèse, il y a cependant quelque chose de plus : c’est que l'âme est précisément cet accord, cette harmonie d. corps. Celui-ci est comparable à une lyre, mais l'opposition du chaud et du froid, etc., y remplace celle de l’aigu et du grave; en tant que contraires ils le « tendent », en tant que corrélatifs ils en maintiennent l’unité ; si la tension se relâche ou qu’elle soit démesurée, accord s’évanouit, et c’est la mort de l’âme, avant même que soit achevée la destruction du corps (1). — Nul doute que cette thèse ne soit pythagorique :
elle a eu, dit Platon, l’assentissement d’Échécrate, qui se rat. 2 s q
tache à Philolaüs et à Eurytus ; on la retrouve chez Aristoxène et, avec quelques différence:, chez Dicéarque, qui tous deux ont reçu empreinte du Pythagorisme. D’autre part, le remarquable quaternaire : intelligence et cerveau, sensibilité et cœur, vie embryonnaire et nombril, génération et organes sexuels, dont il est question dans le fr. 13 de Philolaüs, semble bien se rattacher à une conception analogue (2). Et pourtant, comment se concilie-t-elle avec une autre doctrine, attribuée au même Philolaüs (fr. 14) P Si en effet l’âme a été, en punition de ses fautes, ensevelie dans le corps comme en une tombe (oüux, ciux), c’est qu’elle est une réalité indépendante du corps. De plus, le second pythagoricien du Phédon, - Cébès, pareïllement élève de Philolaüs, apporte une autre théorie : âme n’est pas une résultante, car c’est elle qui se tisse successivement plusieurs corps mortels, mais elle finit par s’user à la tâche, et elle meurt avant le dernier de ses
(1) Ibid, 86 c d.
(2) La Lime dAristote, De an., 1 4, 4082 19:13, paraît se rapporter à cette conception.
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vêtements (1). Enfin Aristote, qui ne nomme pas les Pythagoriciens quand il parle de lPâme-harmonie, ne leur attribue expressément que deux opinions : d’après lune, dont il ne manque pas de signaler les rapports avec l’Atomisme, l'âme, ce sont les poussières qui voltigent dans l’air, et qu’un rayon de soleil nous fait apercevoir, perpétuellement mobiles même par le temps le plus calme; d’après l’autre, elle serait le principe même de leur mouvement (2). Peut-être, en rappro- . chant de cette dernière indication la thèse de Simmias, trouverait-on la vraie pensée de Philolaüs dans cette proposition : qui lui est attribuée (3), que âme est ce qui apporte dans le corps le nombre et l'harmonie. On voit du moins à quel point il est malaisé de dégager de tout cela les traits, même simplement probables, d’une théorie philosophique de l’âme.
Par contre, il est possible de dire quelque chose de plus défini au sujet de la croyance fameuse des Pythagoriciens à la migration des âmes, mélensomalose, et non, comme on le dit communément, mélempsycose. — Trois choses seulement, | disait Porphyre (4), sont bien connues des enseignements de Pythagore : que l’âme est immortelle ; qu’elle passe en des animaux d’espèces différentes, et que, selon certaines périodes, les êtres recommencent (comme le monde lui-même) leur vie antérieure ; enfin, que tous les êtres animés sont congénères. À ces thèses, qui sont vraisemblablement de souche orphique, se rattache l'affirmation de Pythagore, qu’il est la cinquième réincarnation d’un fils d'Hermès, à qui son père avait donné la faculté, dont Pythagore a hérité à son tour, de se rappeler toute la série de ses états antérieurs. Ces privilégiés se souviennent aussi des séjours que, entre leurs incarnations successives, ils ont faits dans l'Haidès, où les âmes des morts
(1) Phédon, 86 e-87 e. — (2) De an., [ 4, début et 2, 49%a 1620,
(3) LX VIII, c. 32, B 22. Que le Ilept fuou&v xat perosv, d’où la tire Claudien Mamert, soit inauthentique, cela ne prouve pas que le fond n’en puisse être
exact. Cf. 11, 553 (tr. fr., 1, 424).
(4) V. P., 19 (cf. 18), peut-être d’après Dicéarque.
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subissent les peines auxquelles elles ont été condamnées. C’est
à cela que se rapportent les descentes aux enfers de Pythagore et de plusieurs autres. Cette mémoire, qui est pour eux le signe de la continuité de leur existence, leur rappelle en outre les plantes.et les animaux par les corps desquels leurs âmes ont passé. Car, de toute façon et même à défaut de peines
infernales, l’incarnation signifie toujours que l’âme n’a pas
achevé le cycle de ses purifications ; c’est une étape de la
. palingénésie, un moyen de la rédemption finale. On connaît
… les vers où Xénophane, qui est contemporain de Pythagore,
raille celui-ci arrêtant le bras d’un homme qui bat son chien: Cesse de le bétonner, dit-il ; car, sans nul doute, £’est Pâme d’un de mes amis : en entendant sa voix J'at reconnu cette âme (1). Aristote parle aussi de ces mythes pythagoriques, d’après lesquels n'importe quelle âme peut entrer dans n'importe quel corps (2). Or cela ne se comprend que si enfin une parenté spécifique unit tout ce qui a vie.
Il se peut que ces dogmes, et sans doute en relation avec certaines traditions du folk-lore, soient à la base de quelquesunes des interdictions pythagoriques. Si lon doit s’abstenir des fèves, c’est que la tige de cet‘e plante, n'ayant pas de nœuds, est un passage naturel pour les âmes qui de l’'Hadès remontent vers la lumière. Si ‘els animaux sont plus particulièrement sacrés, c’est peut-être qu’ils sont, plus que d’autres, désignés pour recevoir les âmes au sortir de PHadès, en raison de leur rapport avec les divinités infernales (3). Est-ce à dire que toute atteinte portée au corps retentisse sur l’âme, comme si celle-ci était quelque chose du corps ?P La raison est plutôt
même ordre que celle au nom de laquelle les Pythagoriciens condamnaient l'atteinte de l’homme à sa propre existence (4) : nous sommes la propriété des dieux et il ne nous appartient pas, hors la cérémonie religieuse du sacrifice, de troubler
(1) Fr. 7 D. — (2) De an., 13, s. fin.
(3) Sur tout ceci, cf. LXX VII, 36-38, 289-293. — (4) Phédon, 62 b.
l’ordre que nos maîtres ont fixé à l’incarnation des âmes, et en. vue des expiations nécessaires. On voit donc que, si quelques. Pythagoriciens savants ont admis, par la théorie de l’âme harmonie du corps, que celui-ci mourait par la mort même de son.
âme, cette doctrine n’a pu manquer d’être, pour les Pythagoriciens dévots, un objet de scandale et d’horreur.
On vient de signaler en passant une des propositions capitale;
de la théologie pythagorique. Tout entière, elle se lie à la! prescription morale qu’il faut avoir commerce avec le divin et: suivre Dieu. Cette dernière formule pose la question du mono- !
théisme pythagorique. Certes la pensée refléchie tendait alors vers l’unicité du divin, vers une souveraineté complète de
Zeus. Mais, à l’exception d’un fragment très suspect de Philo-
laüs (fr. 20), aucun texte n’autorise à attribuer aux Pythago-,
riciens cette dubai: e métaphysique, dans laquelle l’Un primi- À tif serait identifié à Dieu, à titre de cause transcendante, efficiente et organisatrice, par opposition à l’Illimité qui serait la matière. Tout ce qui nous est dit dans ce sens (1) n’est qu’une .
transposition platonicienne du Pythagorisme primitif. Ce qu’on
trouve en effet dans les fragments vraisemblablement authen-
tiques de Philolaüs, c’est non pas que Dieu est une cause première, dont le pouvoir efficient serait borné par la résistance
de la matière, mais au contraire que le Nombre et l’'Harmonie |
sont premiers par rapport à Dieu, puisque la Décade fixe sa
loi à la vie divine comme à la vie humaine, et que lessence :
éternelle (4 ëor&) des choses se laisse seulement pénétrer plus facilement par la pensée divine que par la nôtre (2). Tout ce qu’ont fait les Pythagoriciens, c’est doncd’épurer le polythéisme
populaire et de l’accommoder à leur morale et même à leur :
mathématisme.
En résumé, le Pythagorisme est à la fois une secte religieuse, qui apporte à ses fidèles, avec un crédo, une règle de vie en vue
(1) Même par Théophraste, cf. LX VIII. ch. 45, B 14, (2) Fr. 11$ 1 et fr. 6 déb,.
LE PYTHAGORISME 85
de la purification et du salut, et une école philosophique, à
laquelle la pensée doit ses premiers succès dans son effort pour
| dégager l’essence abstraite des choses et pour assigner aux phénomènes des lois simples et intelligibles. Ils ont été des physiologues, cela n’est pas douteux. Mais, par la façon dont ils . Vont été, en prenant le nombre pour principe des choses et en
cherchant la loi suprême dans une harmonie d’oppositions notionnelles, ils ont dépassé de beaucoup la physique de Pécole de Milet et posé les fondements d’une métaphysique.