‹ La pensée grecque et les origines de l'esprit scientifique ... 1923Chapitre 42 sur 117 · LE MÉCANISME ATOMISTIQUE L'ÉCOLE D'ABDÈRE — LEUCIPPE ET DÉMOCRITE · texte numérisé non relu

LE MÉCANISME ATOMISTIQUE L'ÉCOLE D'ABDÈRE — LEUCIPPE ET DÉMOCRITE

Originaire de Milet ou d’Élée, élève de l’école de Parménide et fondateur d’une école à Abdère, Leucippe est un nouvel exemple, à peu près au temps de Mélissus, des échanges intellectuels de la Grande Grèce avec l’Ionie. C’est, semble-t-il, un contemporain d’'Empédocle et d’Anaxagore, antérieur pourtant à ce dernier par ses écrits, s’il est vrai, comme le dit Démocrite (fr. 5), qu’il ait été plagié par lui. Le développement donné à Pécole par Démocrite d'Abäère, l’activité scientifique de celui-ci, la conStitution même d’une bibliothèque d’école, dont le catalogue en tétralogies, dressé par Thrasylle au début du rer siècle de notre ère, prouve que les ouvrages de Leucippe, le Grand Système du Monde et le traité De l'esprit, n’étaient pas distingués de ceux de son successeur, — tout cela a contribué à effacer la personnalité du maître. Sans doute nous pouvons présumer que ce qui se rapporte aux préoccupations d’une époque postérieure, théorie de la conduite et théorie de la connaissance, appartient plutôt à Démocrite. Mais si rares sont les cas où nous pouvons faire la part de Leucippe, que le plus sage est peut-être (1) d’imiter l’exemple d’Aristote et de ne pas les séparer l’un de l'autre. En le faisant, on n’oubliera pas cependant que Démocrite, vraisemblablement plus jeune que Protagoras d’au moins dix ans, est un contemporain des - Sophistes et de Socrate; que, mort très vieux, il a survécu

(1) Dans XIT, Démocrite est étudié après Socrate, et, dans X, il est joint à Platon.

à celui-ci de vingt ans, sinon plus ; enfin qu'Anaxagore n’était pas mort quand il publia, jeune encore, son Petit Système du monde. Le caractère encyclopédique et didactique de son

f œuvre où la médecine l'a riculture ef d’autres arts ont leur ? L

place, lapparente à celle d'Aristote et est représentatif du temps où il a vécu. Il est étrange que, de cette œuvre immense, il nous reste proportionnellement si peu de chose : elle paraît s'être perdue après le ne siècle de Jésus-Christ, laissant pourtant au nom de Démocrite un extraordinaire prestige, que lui avaient valu ses prétendus voyages en Orient et tant d’anec- - dotes romanesques où il faisait figure de magicien.

La fliation, qui unit probablement en fait Pécole abdéritaine à PÉléatisme, est attestée, entre les doctrines, par Aristote et avec autant de précision que de force. Les Éléates, dit-il en substance, avaient, au mépris des faits et au risque de loucher à la démence, proclamé l'unité et l’immobilité absolues de ’Être. Leucippe se garde de leur ivresse logique, il fait des concessions à l'expérience sensible, il veut sauver la pluralité et le mouvement, la génération et le devenir. Mais d’un autre côté il concède aux Éléates, et que l’Être véritable est exempt de vide, et que sans le vide il n’y à pas de mouvement. Il faut donc, puisque la réalité du mouvement est admise, que le vide çonetitue, en face de l'Être, un Non-être aussi réel que lui ; puisque la pluralité est admise, qu’elle existe dans le non-être du vide, et non dans l’Être, duquel elle ne pourrait sortir. Ainsi P Être est à ses yeux une multiplicité infinie de masses, qui sont invisibles ‘en raison de leur petitesse. Elles se meuvent dans lé vide. Quand elles entrent en contact, elles ne font pas une unité, mais Cest par ces rencontres que, en s’unissant, elles produisent la génération, en se séparant, la corruption (1). Par conséquent, Leucippe et, avec lui, Démocrite ont « monnayé » lV'Être éléatique, en tant que corps homogène, en un mombre

(1) Gen. ei Corr. 1 8, 325% 2-36, Cf. LXVII!, ch. 54, A 8 (Théophraste).

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