‹ La pensée grecque et les origines de l'esprit scientifique ... 1923Chapitre 45 sur 117 · LEUCIPPE ET DÉMOCRITE KA · texte numérisé non relu

LEUCIPPE ET DÉMOCRITE KA

de quelques indications. Sur la forme de la terre, Leucippe et Démocrite en sont encore à la conception d’Anaximène : elle a la forme d’un tambour, ou, pour le second, d’un disque oblong avec des creux pour recevoir les eaux. Une Géographie contenait, dit-on, des itinéraires terrestres et nautiques. L’Uranographie était peut-être de même une description du ciel. La luminosité particulière de la voie lactée vient de ce qu’elle comprend un très grand nombre de petits astres dont la lumière s'étend de lun sur l’autre. La théorie conduisant à admettre que les zones qui entourent la terre se meuvent d'autant plus vite qu’elles en sont plus éloignées, Démocrite avait donné de l'apparence contraire une ingénieuse explication : la lune par exemple, qui est le plus près de nous, paraît rejoindre d'autant plus vite une constellation du ciel extérieur qu’elle est au contraire plus vite dépassée par celle-cis au lieu de mesurer son parcours réel nous mesurons le rapport de son parcours avec celui du cercle zodiacal (1). D’après cette hypothèse, les temps de révolution permettaient de mesurer la distance relative des astres. On admettait enfin, pour chaque monde, une période de décadence, qui Pexpose, au cours de son déplacement total dans le vide, à être désagrégé par le choc d’un tourbillon plus fort, ses débris devant servir d’ailleurs à la formation d’un monde nouveau.

Il est aisé de prévoir quelle place doit tenir dans la physique atomistique la théorie des effluves et des pores. Toute action et passion s’expliqueront par le passage d’un courant d’atomes dans les pores appropriés. On rendait compte ainsi de toutes les propriétés des corps. L’acidité, par exemple, est due à la présence d’atomes anguleux et subtils qui s’insinuent facilement, tandis que les atomes analogues qui constituent Pastringent obstruent les pores où ils s'engagent (2). Il s'ensuit que ces propriétés n’existent pas en elles-mêmes et quelles

(1) Luceèce, V, 621-636. È 42) LXVEIT., ch, 50, À 125 (THEOPHR., De sensu) et 123-130,

résultent d’un rapport contingent, ou, comme dit Démocrite, conventionnel entre les figures, les grandeurs et les arrangements atomiques d’une part, et, d’autre part, la constitution des pores dans le sujet qui les perçoit (1). C’est ce qui a donné lieu d'attribuer à Démocrite la distinction des qualités premières et des qualités secondes. La vérité, c’est pourtant que, d’après lui, ce qui est premier n’est pas proprement qualitatif. Dans Papplication de cette théorie aux sensations, il faut noter Papparition de la théorie des simulacres (Selxeha) : ces émanations, qui conservent les caractères spécifiques des objets dont elles proviennent, agissent à la façon de cachets sur l’air inter posé entre l’œil et l’objet; puis les empreintes ainsi données À l'air, sont réfléchies par l’œil comme par un miroir (épais). Enfin la pensée n’est autre chose, en conséquence des sensa-

tions, qu’un mouvement tout intérieur de ces mêmes images.

Toutefois, selon Démocrite, il existe un rapport entre la vérité ou Perreur et la qualité non seulement du mélange qui constitue le corps, mais de celui qui constitue l’âme et lui donne sa température (2). |

Cette âme est, bien entendu, matérielle et composée d’atomes très subtils et très mobiles. Ceux-ci étant ceux dont se fait le feu, lâme doit être un corps igné, comparable au vif-argent qui, versé dans l’Aphrodite en bois de Dédale, lui

communiquait sa propre mobilité. De telles âmes flottent

dans Pair, dont la pression les pousse dans les corps. Cest ce qui explique que la respiration entretient la vieetcesse avec elle, que Pembryon développe par succion, dans la matrice, les organes en miniature que la semence y a introduits préformés, etc. Principe de la vie, l’âme est en outre le principe de la pensée, puisque celle-ci dérive de la sensation, laquelle est un état du corps vivant. Ce qui reste obscur, c’est le processus par lequel la pensée peut s’élever au delà de la sensation

(1) Zbid., À 135 64et AR., Gen. et Corr., 12,316215q4, Cf, supra, p. 137. : (2) LX VIII, À 13565,

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