‹ La pensée grecque et les origines de l'esprit scientifique ... 1923Chapitre 46 sur 117 · LEUCIPPE ET DÉMOCRITE · texte numérisé non relu

LEUCIPPE ET DÉMOCRITE

jusqu’à ces réalités intelligibles que sont les atomes et le vide. Peut-être latomisme alléguait-il que ces poussières qui voltigent dans un rayon de soleil sont pour nous un signe du mouvement incessant des atomes et aussi de lPexistence des âmes dans Pair (1). Encore faudrait-il expliquer par quelle imagerie la pensée, dans ce cas ou dans un autre, dépasse la sensation donnée, et même toute sensation.

Bien que la morale de Démocrite soit la partie de son œuvre dont il nous est resté le plus de fragments, il ne semble pas qu’il y ait lieu de s’y arrêter. De ces fragments se dégage mal une vue d’ensemble, dont on puisse saisir la liaison avec les principes généraux du système. De plus, ils ne renferment rien qu'on ne doive retrouver plus tard sous une forme moins décousue, soit chez les premiers Socratiques, soit chez leurs héritiers, comme l’idée que le bien est l’objet d’une connaissance universelle (fr. 69), ou encore que lignorance de ce bien est le principe de nos fautes (fr. 83), qu’il vaut mieux appeler le châtiment sur celles qu’on a commises que sur celles dont on est la victime (fr. 60), que le bonheur ne réside pas dans les plaisirs sensibles (fr. 37 et 189), mais dans la mesure et la convenance, dans la sérénité imperturbable (&au6ix), dans la paix tranquille du cœur (ebôupie, ebecré) (fr. 4). Ce sont de belles maximes, rien de plus pour nous qui en ignorons la liaison. ; |

Avec le Scepticisme et l’Épicurisme, on aura l’occasion de saisir dans les faits le développement et l’action de la pensée proprement démocritéenne, d’une pensée qui joint l’ancien naturalisme à cette sorte d’humanisme qui caractérise un nouvel âge. Cependant le problème auquel s’était attaqué | Leucippe et devant lequel avait échoué Empédocle, c'était d'échapper au monisme immobiliste des Éléates, aussi bien qu’au pluralisme mobiliste d’'Héraclite. Dans l’étendue,

(1) AR., De an., I 2, 4048 1 sqq.; le passage est obscur et il y a peut-être confusion avec Popinion pythagoricienne signalée p. 82.

avee toutes ies déterminations quantitatives qu’elle com-

porte, il concevait Pun et le multiple, la possibilité du mouvement et. le mouvement réel, comme deux opposés corrélatifs qui s’appellent l’un Pautre et ne peuvent se séparer. Cette solution originale et cohérente, où se eonciliaient les éléments du problème posé par le naturalisme ionien, aurait pu, si la philosophie des Idées et son finalisme n’avaient pas prévalu, fournir à la science de ia nature, avec le mécanisme, une hypothèse méthodologique propre à délimiter et à organiser ses recherches, sans la subordonner à telle ou telle philosophie et sans l’isoler non plus dans la spécialité technique. Mais l’effort de Straton, dans l’école d’Aristote, pour éviter ce divorce ou cette subordination devait rester un épisode sans portée, et le mécanisme, servir seulement d’instrument à l’empirisme moral d’Épicure.

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