XIV AVANT-PROPOS
qui succèdent à la critique, et où par une dialectique puissante se déploie l’ambition de Pesprit. Il a toutes les audaces et loutes les grâces : il manifeste pleinement le géniegrec, « à la fois hardï el mesuré, inturtif et raisonneur, mystique el posthf, artiste el géomètre » (1).
Les Grecs se sont enivrés de dialectique. C’est un spectacle singulièrement captivant que donne L. Robin en faisant défiler celte multitude de philosophes, les uns penseurs profonds ef sincères, les autres jongleurs d’idées et prestidisilateurs de mols; en fixant la physionomie de ces « sco- ‘ larques », les uns attachés à une cité, les auïres qui voyagent, cherchant à la fois à recruter des disciples et à acquérir une connaissance plus étendue des hommes et des choses ; en évoquant ces groupements el ces écoles, qui consiituent tantôf de véritables confréries (Pyihagoriciens, Épicuriens), tantôt de véritables Universités (Académie, Lycée). Il montre la Grèce « raisonnante, raisonneuse », qui s’abandonne à celte griserie où la jeune raison découvre son pouvoir, sans reconnaître ses limites.
Une période viendra cependant, celle du moralisme, où la préoccupation de la conduite — qui est impliquée dans la spéculation apparemment la plus désintéressée — passera au premier plan ; où, par suite d’une lassitude intellectuelle et aussi de circonstances politiques (2), ce ne sera plus à l’organisalion de la Cité, mais au meilleur emploi de sa vie que travaillera le Sage. Soit sur le scepticisme que produit le pullulement des systèmes, soit sur quelque doctrine éclectique se greffe une loi du souverain bien. Jusqu'au jour où la crise morale s'accentue. Alors, le mysticisme oriental, qui avait filiré déjà dans certaines sectes de la Grèce, étend son influence : el c’est la période hellénistique. Et voici enfin, aux débuïs de l’ère chrétienne, que la vague de foi montante
(1) RoBin, p. 283. - (2) Ibid., pp. 275-276.