CHAPITRE HI LE RAYONNEMENT DE L'ESPRIT SOCRATIQUE
Les hommes qui ont cru trouver en Socrate exemple d’une nouvelle vie, et, em outre, une orientation nouvelle de la réflexion philosophique, ont tous, sauf Eschine, du vivant du maître ou après sa mort, enseigné, dans les écoles qu’ils dirigeaient déjà ou dans de nouvelles écoles, une règle de vie et une doctrine qui se réclamaient de linspiration socratique. Tous, sans exception, ont écrit de ces libres compositions socraliques, où ils mettaient dans la bouche de leur maître leur interprétation personnelle de sa pensée. Entre eux la tradition a établi cependant une étrange hiérarchie : Platon en*est la tête, et tous les autres sont les petits Socraliques. Est-ce équitable? Le lieu de l’école, la variété des enseignements qwelle est en état de donner, ses ressources matérielles, les circonstances politiques sont des facteurs de sa fortune, qui comptent à côté de la valeur personnelle du fondateur. De plus, entre Platon, dont on a l’œuvre entier, et des hommes qu'on connaît seulement par de très rares et pauvres fragments, par des traces conjecturales, par des témoignages contemporains partiaux, et dont l'identification est toujours incertaine, ou par d’autres dans lesquels ils n’apparaissent qu’à travers leurs héritiers, 1l n’y a pas commune mesure pour le jugement de lhistorien. Notons spécialement cette nécessité, pour réussir à avoir une gros-ière idée de leurs tendances, d'en suivre la réfraction chez leurs successeurs et d’élargir par conséquent, jusqu’au milieu du mme siècle et même bien au delà, le cadre historique de cette étude, jusqu’au moment où leurs écoles