‹ La pensée grecque et les origines de l'esprit scientifique ... 1923Chapitre 53 sur 117 · ÉCOLES D'ÉLIS ET D'ÉRÉTRIE · texte numérisé non relu

ÉCOLES D'ÉLIS ET D'ÉRÉTRIE

sont absorbées par de plus puissantes. Enfin, on ne peut davantage, sans cercle vicieux, appeler ces hommes des demr- Socratiques : la vérité sur la pensée socratique est ce qui est en question, et l’on ne saurait présupposer que le seul Platon représente le Socratisme pur et intégral.

ÉcoLEes D’ÉLIS ET D’ÉRÉTRIE.

Phédon d’Élis, le disciple bien-aimé, est un tout jeune homme au moment de la mort de Socrate. Après la dissolution du cercle socratique il revient dans son pays et réunit autour de lui quelques disciples. Son interprétation de la doctrine du maître peut être conjecturée, sans plus, d’après un fragment de Timon le Sillographe où il est rapproché d’Euclide et des Mégariques (fr. 28), et d’après la filiation de Pécole d'Érétrie, ‘dont la parenté doctrinale avec ces derniers est plus assurée. Ménédème d’Érétrie, mort vers la trentième année du mi siècle, et son ami Asclépiade ont été en effet sucessivement élèves de Stilpon de Mégare et, à Élis, des successeurs de Phédon. Une dialectique redoutable, une extrême subtilité logique semblent avoir été, chez Ménédème, des moyens de la calture morale. Du moins, la noble indépendance de son caractère et la dignité de sa vie, en lui conférant en son temps une grande autorité personnelle, ont-elles fait de lui un excellent exemplaire du Sage, moins les brutalités du Cynisme. Or il paraît bien s’être proposé d’êfre une image de Socrate: ila voulu n’agir que par l’exemple et par la parole; point d'appareil magistral non plus dans son enseignement : l’écoute qui veut, et le temps qu’il veut.

L’ÉcoLe DE MÉGARE.

Il est très difficile de savoir quelle était au juste la doctrine d’Euclide, le chef de l’école de Mégare. Qu’il fat premièrement attaché aux principes de l’Éléatisme, cela n’est pas douteux ; mais il ne l’est pas non plus que sa pensée a subi l’influence de Socrate. Le témoignage de Platon à cet égard, au début du Z'héétète, n’est pas équivoque. Si d’autrepart Euclide n’avait pas appartenu au groupe socratique, les disciples athéniens, fuyant la ville après la mort du maître, auraient-ils cherché asile auprès de lui? Ce fait au moins prouve que déjà il tenait école. Le Bien, lui fait-on dire, est un, la vertu est une; mais on les désigne sous des noms différents, tantôt celui de prudence (opévnois), tantôt celui de pensée (vois), tantôt celui de Dieu, ou d’autres analogues; il est pourtant, en vérité, unique et immuable ; hors lui il n’y a rien de réel (1). Est-ce à dire qu’il n’y ait qu’une seule essence, celle du Bien? Alors Euclide est un pur éléate, comme on l’a dit au reste des Mégariques en général (2), socratique seulement en ce que l’Étre pour lui serait le Bien, une réalité d’ordre moral. Mais, à considérer les doctrines ultérieures de l’école, une autre interprétation est possible: le Bien unique est l’être de chaqueessence, qui est ainsi en elle-même une et immuable, indépendante et excluant tout l «autre» à la façon d’un non-être, ne pouvant enfin être connue que par la pensée. L'unité du Bien n’est pas plus incompatible avec la pluralité des essences que l’unité de l’Étre avec la pluralité des atomes ; à ’Atomisme, monnayage matérialiste de l’Étre éléatique, ferait antithèse et pendantun atomisme logique. Ce serait, quoi qu’en aient dit les critiques récents, contre la dialectique morcelante de ces Socratiques éléatisants,

(1) D. L. II, 106 ; Cic., Acad., II, 42, 129 (2) ARISTOCLÈS, XIV, n. 289.

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ces amis des Idées qui sont en guerre contre le matérialisme, que Platon, usant des ménagements que comporte l’amitié, défend dans le Sophrste (246 b, 248 a ; cf. 252 a), avec la réalité de l'Autre et du Non-être, la légitimité de la relation des essences dans le jugement. Ce serait la réplique aux objections de Parménide, c’est-à-dire d’Euclide, contre les Idées platoniciennes dans le Parménide.

Euclide, dit-on (1), avait renoncé à la dialectique inductive de Socrate, fondée sur des exemples : ce ne sont pas les prémisses de l’adversaire, ce sont ses conclusions qu’il faut attaquer. Îl argumentait donc sans doute à la façon de Zénon par . voie de réduction à l’absurde. Et, bien qu’on la rapporte surtout à son second successeur Eubulide, l’adversaire acharné d’Aristote, et à Alexinus, qui combattit Zénon, il avait probablement pratiqué cette dialectique, qui a valu à son école une fâcheuse popularité. Les prétendus sophismes des Mégariques semblent n'avoir été pourtant que des façons comiques de prouver par l’absurde les deux parties de leur thèse. Les uns, dont le vorlé, le menteur, l'Électre, le cornu sont des échantillons, tendent à montrer que la connaissance commune confond dans une fausse universalité des notions qui sont distinctes, c’est-àdire des essences qui ont chacune leur individualité et dont aucune n’est ambiguë. Si, par exemple, vous dites avec vérité que vous mentez, il faut que vous mentiez en disant vrai. Les autres, dont /e as (sôros) est le type, consistent à montrer inversement que la connaissance commune distingue arbitrairement entre des termes, tels que le beaucoup et le peu, dont l’indistinction apparaît au contraire dès qu’on les replace dans la continuité du devenir,avèec le nombre infini d’intermédiaires qu’on peut insérer entre chacun d’eux. Un grain de blé, ditesvous, est le contraire d’un tas de blé, et deux grains, trois grains ne font pas un tas. Quar:d donc commence le tas? Et

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