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L'ANCIENNE ACADÉMIE

encore. Comment, disait-on, peut-être avec Platon, est-il possible de sauvegarder les apparences, c’est-à-dire d'expliquer les inégalités observables des mouvements planétaires, tout en concevant ceux-ci comme circulaires, uniformes et concentriques à la terre ? Avec une ingéniosité à laquelle on n’a pas toujours assez rendu justice, Eudoxe imagina une hypothèse, purement géométrique sans doute dans sa pensée, et qui permettait de se « représenter » les faits. La terre est supposée le centre d’un système de huit sphères homocentriques, dont une seule, celle qui donne la révolution diurne du ciel entier, a pour diamètre l’axe même du monde, tandis que les sept autres ont des axes différents. Mais, comme cela ne suffisait pas pour représenter tous les mouvements observés, il construisait de la même façon autant de sphères supplémentaires qu’il fallait, deux de plus, respectivement, pour le soleil et la lune, trois pour chacune des cinq autres planètes, et de sorte que tout se passait comme si les sphères enveloppées obéissaient au mouvement des sphères enveloppantes. Vingt-sept sphères suffisaient ainsi à Eudoxe pour figurer les mouvements observés de son temps. Jusqu’à Képler, l’astronomie a vécu sur cette hypothèse, en la compliquant toujours davantage. . Héraclide d’'Héraclée, ordinairement appelé Héraclide du Pont, paraît avoir été une des têtes de l'Académie, dont, à la mort de Platon, il faillit devenir le scolarque. Géométrie, astronomie, musique, poétique, rhétorique, dialectique, éthique et politique, séographie, histoire, légendes, démonologie, divination, il a touché à tout et, semble-t-il, avec tant d’originalité et de verve, qu’on déplore d’avoir perdu ces romacs où il faisait descendre sur la terre un habitant de la lune et où se lisaient les miracles d’Abaris l’'Hyperboréen, ces dialogues où il faisait converser des animaux, ou bien des hommes du peuple avec des philosophes. Sa physique, mécaniste comme celle du 7imée, mettait en jeu des masses incomposées (vapor üyxo), considérées, à la différence des atomes, comme

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des centres de force. L’atomisme théologique d’Ecphante, et aussi les théories d’Hicétas de Syracuse sur l’immobilité du ciel et la double rotation de la terre, le soleil devenant le centre du monde, ne sont peut-être (1) que les idées dont Héraclide gratifiatt ces personnages pythagoriciens de ses dialogues. Du moins, selon lui, Mercure et Vénus tournatentelles comme des satellites autour du soleil, et chaque planète était un monde ayant sa terre et son atmosphère, le tout dans un éther infini. Les astres demeuraient d’ailleurs des êtres divins, comme lPâme elle-même, bien qu’elle fût un corps de la nature de la lumière et de léther, venu du ciel et spécialement de Ja voie lactée. |

Après Platon, les deux chefs de PAcadémie ont été, au seuil de leur vieillesse, d’abord Speusippe, le neveu du maître, puis Xénocrate de Chalcédoine (339/8-315/4), le seul des deux dont la doctrine nous soit un peu connue. Chez l’un et chez l’autre se révèle une tendance commune à mettre au premier plan du Platonisme les spéculations « métamathématiques » (2). Mais, tandis que Speusippe faisait du nombre mathématique, comme tel et isolé de la grandeur, un nombre transcendant, Xénocra‘e, mettant, comme dit Aristote (3), les mathématiques sens dessus dessous, identifiait le nombre mathématique au nombre idéal de Platon, la grandeur géométrique à la grandeur atomique ou indivisible, dont le principe est la ligne insécable. C'était sacrifier radicalement la quantité. Quant à Speusippe, il tentait de remédier aux difficultés de sa propre position par la possibilité de prendre sur PÉtre des points de vue différents, mais analogues, faisant de la nature, comme dit Aristote (4), une rhapsodie d'épisodes, dont le savoir systématique devait cependant découvrir les similitudes. La hiérarchie de ces points 2? (1) Hypothèse de P. TANNERY, 2£G, XII, 305, rejetée LXVIIT, note au ch. 37, acceptée XXEIT, 281 sqq.

(2) Ar., Met., À 9, 9922 % : Les malhémaliques sont devenues la philo-

sophie pour les gens d’à présen!.

(8) CXX. 281, n. 2631, — (4) Met. À fin ; N 3, 1090 19,

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