CHAPITRE V PREMIÈRE PARTIE, — ARISTOTE La vie
On à parfois été tenté d’expliquer par la race et l’éducation
lorientation positive et technique du génie d’Aristote, et cette
lourdeur qui contraste avec la liberté et la grâce d’un Platon. Mais Aristote n’est pas un Macédonien : Stagire, sa ville natale, était une très vieille colonie ionienne de la Chalcidique de Thrace, et Chalcis, dans l'ile d’Eubée, était le pays de sa mère. Son père, Nicomaque, était, il est vrai, médecin au service du roi de Macédoine Amyntas II, le père de Philippe, et : d’une famille de médecins. Mais, comme il le perdit étant
encore tout jeune, l’hypothèse d’une influence paternelle directe semble très fragile. A dix-huit ans (366/5), Aristote
entre dans l’Académie. Il y resta vingt ans, collaborant, peutêtre pour la rhétorique, à l’enseignement de lécole ; très attaché, en dépit de racontars suspects, au Maître, dont son élésie à la mémoire de son condisciple Eudème de Chypre
contenait un si bel éloge (fr. 623); estimé, dit-on, de Platon
pour sa pénétration d’esprit et sa vaste érudition. À l’avènement de Speusippe, il s'éloigne, en compagnie de Xénocrate, pour se rendre en Lydie auprès d’Hermias, qui, ?tyran d’Atarnée, recherchait le patronage de l’Académie et l’amitié des Platoniciens de la Troade (Assos et Scepsis). Ce voyage était peut-être une mission de l’école. Trois ans plus tard, Hermias ayant étéli vré aux Perses et mis à mort, Aristote se
réfugiait à Mytilène, où il épousa sa première femme, Pythias, une parente du tyran, pour laquelle il eut, semble-t-il, une profonde affection. Peu après, il revient en Macédoine à la demande du roi Philippe, qui lui confie l'éducation de son fils Alexandre, alors âgé de treize ans (343/2) et près de qui il reste jusqu’en 335/4.
C’est alors que, revenu à Athènes, il ouvre une école dans le Lycée, gymnase voisin du temple d’Apollon Lycien. Comme tous les autres, ce gymnase devait avoir son promenoir (repiraros). Si donc l’école d’Aristote a été appelée péripatétique, cette désignation doit se rapporter plutôt au fait que le maître donnait en se promenant (mepmareiv) une partie au moins de son enseignement. À la rhétorique étaient consacrés, dit-on, les cours de l’après-midi, à la philosophie ceux du matin. À la mort d'Alexandre (323), à qui pourtant Aristote était devenu très suspect depuis que son neveu Cailisthène avait été impliqué dans un complot contre le roi, la prospérité de l’école fut compromise par la réaction antimacédonienne. Accusé d’impiété sur de futiles motifs, Aristote se hâta de laisser le Lycée aux mains de Théophraste, pour se réfugier à Chalcis. Bientôt il y succombait à une maladie d’estomac dont il était depuis longtemps atteint (322). Il n'avait que soixante-trois ans.