X VIT AVANT-PROPOS
fait (1). Orientés vers les formes éternelles, les Grecs se soni délournés de la matière. Ils la considéraient comme une dégradation de l'être, et ils estimatent serviles les activités qui s’y appliquaient (2). D'autre part, « l’idée d’expérimenlation était associée pour eux à celles de sorcellerte, de superstition et de charlatanisme » (3). Enfin à ces préjugés, qui ont duré fort longtemps, la préoccupation morale s’est jointe pour fortifier le mépris de toute industrie (4). Il a manqué longtemps à la science expérimentale un milieu sympathique, une organisation, des laboratoires (5).
Ilne faut pourtant pas exagérer cette « inattention à la matière ».
Paul Tannery a fait ingénieusemeut remarquer le rôle des jouets mécaniques (0aiuata) destinés à amuser le public et où s’amusatit l’inventeur lui-même : « Semblable au petit enfant
dans son berceau, l’homme, en présence des forces physiques,
a commencé à jouer avec elles ; il s’est instruit de son pou-
(1) Voir WEBER, ouvrage cité, p. 291. HÔFFDING, dans la Penséelhumaine, exprime ‘la même idée dans les lermes suivanis: « La pensée antique croyait aux apothéoses, mais non aux incarnaltions » (p. 129).
(2) Voir GiNA LomBroso-FERRERO, Pourquoi le machinisme ne fut pas adopté dans l'antiquité, dans la Revue du Mois 10 nov. 1920 : « Archimède, dit riurarque,… considérait la mécanique en général et tout ce qui se faisait de pratique comme un art vil et obscur. Z/ ne s’adonna donc qu'aux sciences liées à la beaulé ef à la perfection, à celles qui ne s’attachaïent à aucune nécessité de la vie. Et Aristote s'excuse de parler de telles choses, justement méprisées par les sages et les philosophes », p. 459. Cf. Meyer- SON, dans le Bulletin de la Soc. fr. de Philosophie, février-mars 1914 (Y a-t-il un rythme dans le Progrès intellectuel?), pp. 100-102 : « Platon, parlant de démonstrations maïhémaïiques où l’on faisait intervenir la mécanique. déclare que c'est là « corrompre la géométrie » et « lui enlever sa dignité », en la faisant passer «comme une esclave fugitive, de létude des choses incorporelles et intelligibles à celle des objets qui tombent sous le sens ef en employant, outre le fraisonnement, des corps longuement et servilement façonnés par le travail de la maïn. » Voir aussi J. BURNET, l’Expérimentation et l’observation dans la science grecque, dans Scientia, fév. 1923, pp. 93-102.
(3) EGGER, Science ancienne et Science moderne, p. 22. — Pour la magie voir {. XI. HE
(4) G. LoMBROSO-FERRERO, art. cité, pp. 461-463.
(6) Voir EGGER, ibid., ef LALANDE, arë. cilé de la Rev. de Synth. hist,